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Posts Tagged ‘ṛṣi’

« Le pacte originaire entre l’esprit et la matière fut paraphé sur les eaux. Les dieux de l’Olympe, eux aussi, ont la terreur de violer un serment fait sur les eaux du Styx. Il y a un lien éternel entre les eaux et la vérité. Mais pour quelle raison ce qui est fluide, toujours changeant, fuyant, devrait-il coïncider avec la précision inébranlable de la parole qui dit ce qui est ? Voilà le mystère de Varuṇa, son obscurité ultime, qui le rend plus ancien que tout autre dieu. Entre la parole et les eaux s’interpose un troisième élément, où toutes les deux se réunissent et se mêlent : la conscience, la sensation brute de qui est éveillé et sait qu’il est vivant. Cette sensation est plus stupéfiante que n’importe quelle merveille que l’œil puisse rencontrer. Sur ce point, les ṛṣi ne furent pas très différents de Wittgenstein : que le monde existe est bien plus stupéfiant que n’importe comment le monde existe.

 Les eaux coulent et reflètent. D’une part : le temps. De l’autre : l’image, le simulacre, le fantasme mental. Ces liṅga opposés, ces « signes de reconnaissance » de la vie consciente, s’annoncent dans les eaux. Et seulement dans les eaux. Si le temps est souverain, et presque le modèle de toute souveraineté, les eaux de la conscience sont les premiers sujets qui peuvent le reconnaître. Même le pluriel – ce pourquoi on ne parle pas de l’eau mais des « eaux », depuis le début d’une multiplicité d’êtres féminins –, cela aussi correspond à un signe de reconnaissance de la conscience : le mouvement par lequel elle n’arrête pas de se ramifier, de pousser ses branches. En naviguant dans les eaux célestes, vagabond parmi ses amantes, Soma était au milieu des ondes le « voyant unique » : l’œil qui regarde l’étendue multiple de la veille dans laquelle il est immergé. »

Roberto Calasso,

Ka, XI (1996)

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Ainsi se termine, avec sa section s’étendant jusqu’à la fin des temps, le poème le plus éminent, vénéré de Brahmā, connu sous le nom de Rāmāyaṇa, œuvre de Vālmīki.

 À ce moment-là, Viṣṇu se retrouvera au sein du monde céleste, comme avant, contenant la totalité du Triple Monde, avec les créatures mobiles et immobiles. Dans leurs séjours célestes, les dieux avec les gandharva, les siddha, et les ṛṣi suprêmes écoutent toujours avec plaisir ce poème de la geste de Ramā. Le sage doit s’appliquer à faire réciter dans les rites ancestraux ce poème digne des Veda, dont l’audition assure une longue vie, un heureux destin et efface les péchés. Celui qui récitera ne fût-ce qu’un seul quart des vers de ce poème engendrera un fils s’il n’en a pas encore, obtiendra de l’argent s’il en est démuni, sera délivré de ses fautes s’il en a commis. La récitation d’un seul vers de ce poème suffit à laver de ses fautes même celui qui en commet chaque jour. Celui qui récite ce poème doit être rétribué en dons de vêtements, de vaches et d’or, car la satisfaction du récitant vaut satisfaction de tous les dieux. Celui qui récite le Rāmāyaṇa, ce poème qui assure une longue vie, jouit d’une grande estime en ce monde et après sa mort, avec ses fils et ses petits-fils. Celui qui fait réciter avec recueillement ce poème, à l’heure où l’on trait les vaches, au milieu du jour ou dans l’après-midi, vers la tombée de la nuit, est préservé de l’erreur. La charmante cité d’Ayodhyā, après être restée déserte pendant de nombreuses années, sera de nouveau peuplée lorsque le dénommé Ṛṣabha en deviendra roi. Brahmā en personne a approuvé ce poème qui assure une longue vie, œuvre du fils de Pracetas, avec son dernier livre qui couvre jusqu’à la fin des temps.

 

Le Rāmāyaṇa de Vālmīki, CXI,

Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1999,

pp.1433-1434.

 

 

 

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