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Posts Tagged ‘Jacqueline de Romilly’

« La parité n’est pas une question de vocabulaire. Je suis d’une génération où, en France, les femmes ont commencé à avoir accès à tout, au premier chef le droit de vote. Presque partout, j’ai été la première femme dans les institutions, non parce que j’étais un monstre, mais parce que les classes s’ouvraient. C’était sans doute intimidant, mais je me suis donné du mal et ai œuvré dans le bon sens. Je voudrais que, selon les occasions, il y ait des métiers avec beaucoup plus de femmes que d’hommes, et d’autres avec plus d’hommes que de femmes. Je ne suis nullement contre le féminisme, qui concerne plus directement des pays où l’ouverture ne s’est pas encore opérée. Or voilà qu’au moment même où, par une juste compétition, les femmes arrivent en France aux mêmes résultats que les hommes, on réintroduit une discrimination avec l’instauration de la parité. C’est cela qui me choque. Négative ou positive, je suis contre la discrimination.

Pour ce qui est de la langue, elle est chose vivante, certains usages s’y introduisent, sous contrôle de l’Académie française. Nous accueillons quantité de mots, mais on ne réforme pas une langue par décret gouvernemental, en affirmant qu’on ajoutera un «e», alors qu’il n’est pas conforme au féminin des mots. Il y a des règles habituelles d’évolution. Le féminin des mots en «eur» n’est jamais en «eure» autrement que par la brutalité. «Auteure», c’est horrible. «Ecrivain-écrivaine» n’est pas choquant, cela va seulement contre une tradition de plusieurs siècles, et il n’est pas difficile de dire une femme écrivain. On a malheureusement oublié que le français comprend les trois genres, masculin, féminin et neutre, le dernier étant sous la forme du masculin. Ainsi, l’ancien dictionnaire Larousse expliquait-il plaisamment : «Homme : terme générique qui embrasse la femme.» C’était suggestif. Et voilà que, pour désigner les hommes, on se croit désormais obligés de dire «les hommes et les femmes», ce qui n’a pas de sens. Je serais enchantée qu’on cesse de sexualiser la langue, surtout de façon ignorante, brutale et impérative. »

Jacqueline de Romilly

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