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Côté Jardin, un centaure ithyphallique, très généreusement doté. Il est casqué et armé. Il est en guerre. Son oeil semble projeter un rayon conique vers la gauche.

Côté Cour, un œil d’Horus lui fait face. S’y trouve perché un oiseau qui picore, queue en l’air. Sous l’oeil, un scorpion géant fait face, est-ce à un serpent redressé. Le reptile est créature de connaissance. Il connaît car il vient d’en-dessous, des inferii.
Je discerne en outre des lettres, que mes vagues connaissances en épigraphie ne me permettent pas d’interpréter. Il y a du latin, mais aussi du grec.
Au-dessus, un lambda peut-être, un A et un un L. L’inscription est interrompue par la tête du centaure, dont l’oeil visible est surdimensionné. On s’aperçoit aussi soudain que la patte antérieure gauche du centaure s’apprête sans doute à écraser le scorpion, cependant qu’il frappe nettement de sa lance l’œil d’Horus.
Dans le coin supérieur gauche de l’inscription, on distingue enfin un E suivi par un R.
L’on ne se met à voir que progressivement, dans la lenteur. Puis, les images continuent à forer au-dedans, titillant, inquiétant, fascinant. Plus lentement encore, elles entrent dans l’espace où la mémoire joue avec l’imagination.
L’oeil qui voit et alerte est toujours menacé. On veut le rendre à sa cécité antérieure. Qui sait est toujours menacé. Un jour, en fin de matinée, j’ai vu une pomme verte à Marsaxlokk. C’était jour de marché. Combien de fois pouvons-nous prétendre avoir vu et compris au cours d’une vie? Qui voit et comprend comme Homère?
Je donne ce rébus pour toutes les images surréalistes.

©Armes & bagages, à paraître.

« Quand on interroge le passé, il répond présent. »

Sacha Guitry

« Cortot, avec qui je dînais l’autre jour, m’a raconté une histoire extraordinaire. En 1918, quand Debussy est mort, on a voulu faire une soirée pour Debussy. Cortot est allé voir Madame Debussy, qui était avec sa petite fille, qui avait huit ans. Cortot a demandé à Madame Debussy d’écouter l’interprétation qu’il allait donner des Préludes. Et il a joué sur le piano de Debussy. Madame Debussy était dans un état épouvantable, elle pleurait; son émotion était effrayante. Cortot se tourne vers la petite fille qui était assez calme et lui demande : « Est-ce ainsi que ton père jouait? – Non, non, ce n’est pas comme ça. – Ah! Pourquoi? – Parce que lui, il écoutait plus. » L’instrumentiste qui essaie de faire passer dans la musique tout ce qu’il éprouve lui-même, c’est proprement l’art du dilettante, celui qui veut se vider dans le texte, alors qu’il y a une musique qui existe objectivement. Debussy n’interprétait pas comme ça, il entendait plus. Il faut entendre respectueusement pendant qu’on joue. C’est ce que doit faire l’acteur. »

Louis Jouvet, Tragédie classique et théâtre du XIXe siècle

 

« La vie met longtemps à devenir courte »

André Franquin

« Ne soyez pas intimidé par votre bibliothèque ou découragé par le nombre de livres que vous devriez lire. La liste qui précède est faite pour que vous choisissiez à loisir ; personne n’est supposé tout lire de bout en bout. Mais cependant ne vous arrêtez jamais.

Le but d’une lecture intelligente est votre instruction. Cela fera mieux que de vous aider à passer le temps ; la lecture changera la nature de vos relations à autrui ; elle déterminera en vous des perceptions plus rapides, de nouveaux concepts et de nouvelles formes de pensée, car sa fonction principale est de vous éveiller. Et grâce à la lecture vous découvrirez en vous-même et dans le monde des possibilités nouvelles. »

H. P. Lovecraft
Suggestions pour un guide du lecteur (1936)

« La vaillance, l’hygiène de l’esprit, la rigueur dans l’apprentissage du savoir, le don sans retour, la maîtrise de soi, les nécessaires sacrifices, l’étude sacrée, la sévérité, la simplicité ; le refus de la cruauté, le vouloir du vrai, la patience, l’effort sur soi, le calme, l’intégrité, la sympathie envers toutes les créatures, le désintéressement, la douceur, la pudeur, la détermination équanime ; la force, l’endurance, la volonté, la pureté, la bienveillance, l’humilité, tels sont, ô Bhârata, les noms de qui est destiné au divin. »

Bhagavad Gita, XV

« Sécunda dit : « Ce que je suis, je veux l’être » »

Actes des martyrs scilitains