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De ces jours où le compte à rebours est plus sensible à l’oreille. La traîtrise assomme : je le mesure. – Avant de pouvoir la chier.

Velours en haillons des souvenirs comme toile aux cauchemars ; tu rampes pour t’extraire de la galaxie ivre où ton crâne vacille.

Les possibles qui s’éteignent comme lampions dans les heures de fin de fête. Toujours connaître où l’on en est, même du sein du vertige.

De tout chemin préconçu, tu te seras tenu à l’écart. Prends garde que ta fin, préméditée dans le caniveau, ne te conduise à l’hôpital, à l’hospice ou à l’asile.

Le plus juste serait de ne plus rien rendre public, laissant le sort qui doit t’être jeté aux médicastres, aux sycophantes appointés, à l’infâme loterie familiale précédant le tribunal patient du Temps.

Allons! Ramasse-toi. Et, avant tout, un peu de décence, que diable! Cesse donc de te justifier. De t’agiter. Comme si cela servait au poisson extrait de son bocal.

De ces heures longues où le rance de ta race inférieure te pourrit les narines. Et ta stupidité tandis que tu parviens à t’étonner encore de ton esseulement, de longtemps médité!

À l’instar des dernières feuilles gorgées des pluies de l’automne, tu chois, ici et là. Tes tibias trinquent. Les cicatrices qui couturent chaque parcelle de leur chair : l’honneur de qui se relève, tout de même.

Dans la nuit de neige et de pierrailles du 3 au 4 décembre 2018.

Des archontes

Ô les infinies ramifications de la médiocrité! ô les anges aux ramures osseuses qui trompettent de façon ininterrompue le Faux.

Fuis les archontes, les licteurs, leurs agents et les sbires de leurs agents. Les chefs, les sous-chefs, les petits chefs, les kapos, les comptables, les pénalistes, les amants du pouvoir, les prostitués aux forces de l’argent, les négociants en bêtise…

Aucun échange n’est possible avec eux.

En dépit des apparences, rapides, ils ne parlent pas la même langue que toi. Leurs paroles ne résonnent que dans la Prison de Fer.

Ils ne parlent du reste jamais, même si leur voix, omniprésente, omnivore, vocifère dans les oreilles mortes l’ordre nouveau.

 

© Armes & bagages, à paraître, 2019.

« Nous contemplons tous les mêmes astres, le ciel nous est commun à tous, le même univers nous entoure : qu’importe la philosophie par laquelle chacun cherche la vérité ? Un seul chemin ne suffit pas pour accéder à un si grand mystère »

Symmaque

Misère de fin de civilisation! Toute forme de contradiction : perçue comme rupture, agression, sécession violente. Refuse-t-on l’assentiment béat, le ronronnement grégaire, et l’on devient l’ennemi. L’homme à discréditer, à humilier, sinon à abattre. Déconsidération des étoiles.

Il y eut, il y a encore, pourtant,  des hommes qui marchent et qui parlent. D’immenses miroirs nous les voilent. Leur voix ne traverse plus l’opacité des écrans. Leurs mots sont démonétisés, déformés, martelés afin qu’ils nous deviennent indéchiffrables. Cependant que ces vocables convoquent le divin, la conjuration de gnomes difformes, stupides, et narcissiques se démultiplie, prolifère partout et impose sa loi. Au silence majeur, du bruit est opposé.

Je cherche à m’exprimer, comme à être (c’est-à-dire vibrer), sur d’autres fréquences, que mon écriture cherche. Cherchera jusqu’au bout.

Nous ne cessons de nous irriter avec ostentation pour de misérables motifs, de nous agiter médiatiquement pour des causes spécieuses, mais nous demeurons tristement muets quand il y aurait lieu de laisser éclater sa colère. De ces salubres colères, de ces magnifiques refus qui sauvent les hommes au fil des jours non moins qu’ils les sauvèrent au cours des siècles. – Aujourd’hui, Un hamster galopant sur sa roue témoigne de plus d’indépendance que nous.

La révolte oubliée, toute clairvoyance feue, les hommes ont perdu leur boussole.

Les dieux méprisent la petitesse. Leur retour n’est pas pour demain. Folie de Hölderlin.

Les larmes retournées de René Char sont un pain qui durcit chaque jour.

Qui désormais pour le rompre et le partager?

Qui pour l’empêcher de rancir?

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

« Une zone dangereuse hante les créations culturelles. Le collectif est cette zone. Le groupement humain est une chose dangereuse. La communauté se rassemble sur celui qu’elle exclut. Elle se parle à elle-même sur le dos de l’exclu. C’est lui, le principal interlocuteur du paranoïaque. Je s’adresse à Tu dans l’éviction de Il. Ils… Ils… Que n’ont-il pas fait à l’innocent? »

Pascal Quignard,

L’enfant d’Ingolstadt

(Dernier royaume, X)

Futurisme

Les trains, la vitesse, la babélisation de nos mondes atomiques, les paysages qui flambent dans l’instant, le dépenaillé de l’époque, la hideur et la grossièreté, les babillages narcissiques même, inspirent. Éclaté, je ne puis nier l’éclatement. Nonobstant, c’est toujours l’éclat que mon doigt cherchera, inquiet, gourmand – souvent la main saignante.

Sur ces mers, je navigue presque chaque jour, m’inquiétant du gréement et du pont, des vents et des cartes rares, cependant qu’autour de moi les yeux quêtent des oiseaux, un rivage. La maigreur n’enseigne rien. La faim, la soif attirent d’illusoires vautours, désireux d’accuser. Il convient de ne céder en rien, jamais, aux sycophantes.

Apprends que tes compagnons disposent tous d’un poignard, d’un sabre ou d’un pistolet. Il n’est pas assuré que c’est vers l’ennemi, le moment venu, qu’ils tourneront leurs armes. Le ciel est tissé d’aigreurs et d’amertume. Tes alliés, au reste, se détestent entre eux.

Plus que les paysages, ce sont des signes que tes yeux scrutent. Une plaque pendouillante où se devinent encore, blanc sur fond bleu nuit, quelques lettres, se dresse comme un espoir sur les villes agonisantes.

Il advient que je distingue furtivement un cours d’eau.

Tout fleuve, en amont, prononce le nom secret, ou oublié, de sa source. Je ne l’oublie jamais. Au sein de l’éclair, il faut longuement guetter. Tendre l’oreille avec une infinie patience. Sur un quai nocturne, une silhouette noire progresse vers moi. Giacometti m’adresse la parole. Je n’ai pas rêvé cette scène.

Si je dis le malheur, je ne pense qu’à la joie – au grand feu d’être où tout brûler produit rien moins que des cendres.

 

Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

« Un écrivain sans oreille est comme un boxeur sans main gauche. »

Ernest Hemingway