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« L’art de la civilisation consiste à allier les plaisirs les plus délicats à la présence constante du danger. »

Stendhal*

* Lisant Sylvain Tesson, je découvre cette citation de Beyle, que le Français a transcrite de Chatwin, lequel avait  dénichée cette dernière chez Jünger. Ô vertige de l’émerveillement des lettrés! Ô les arbres aux branches innombrables!

Le monde est une étrange chose, oui, Molière. La crédulité tend la main au mensonge ; ils forniquent, et voici la pressante et pressée opinion qui paraît. Merci de ton secours pour clarifier l’épaisseur des nuées, Valéry.

Les plafonds s’effondrent et me laissent en vie. Le vide anime ma marionnette. Nous allons, elle et moi, en haillons, en aveugles, sur la terre gaste.

Le ciel, de longtemps dévoyé, s’étrécit.

Il n’éclaire plus ni la chasse ni les guerres.

Les terres de maléfice se multiplient. Les grandes plaines sont profanées.

Notre pied le plus valide – merci, ô Oedipe, pour tes leçons, d’où coule encore du sang – ne peut hésiter nonobstant les dangers. Dehors, la nuit est indécise. Dehors la nuit est mauvaise pour les paucitaires.

Et pourtant.

Et pourtant.

À qui s’en remettre, fors Orion?

Je ne m’adresse qu’aux aguerris.

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître, 2021.

« Le courage croît à force d’oser, la peur à force d’hésiter »

Publilius Syrus

« Il se plaçait dans la filiation des géants Dullin, Pitoëff, Jouvet, Bouquet. Ceux qui demandent de servir le texte et non pas de se servir du texte. Ce n’est pas rien d’être un grand professeur. Cinquante ans après, ce qu’il m’a appris me poursuit encore. C’était un maître à l’ancienne. On se levait quand il arrivait à son cours. Aujourd’hui je m’incline avec gratitude devant celui à qui je dois tant. »

Fabrice Luchini

Marcel Moreau est mort ce samedi 4 avril 2020, dans un EHPAD, à Bobigny. Du coronavirus, écrit-on dans la presse. Il était mon ami. Beaucoup écrit sur lui, sur ses livres, sur son verbe. Les circonstances sont telles que je n’aurai pu le voir une dernière fois. On ne sait jamais quand on embrasse pour la dernière fois qui l’on aime. Ses obsèques seront très esseulées. Un caveau l’attend au Père Lachaise. La citation qui figurera sur sa tombe est sublime. Normal : c’est lui qui l’avait composée à cette intention : « Je suis heureux pour la première fois de ma mort. »

« L’immobilité m’a apporté ce que le voyage ne me procurait plus. Le génie du lieu m’a aidé à apprivoiser le temps. Mon ermitage est devenu le laboratoire de ces transformations. »

Sylvain Tesson

« La parité n’est pas une question de vocabulaire. Je suis d’une génération où, en France, les femmes ont commencé à avoir accès à tout, au premier chef le droit de vote. Presque partout, j’ai été la première femme dans les institutions, non parce que j’étais un monstre, mais parce que les classes s’ouvraient. C’était sans doute intimidant, mais je me suis donné du mal et ai œuvré dans le bon sens. Je voudrais que, selon les occasions, il y ait des métiers avec beaucoup plus de femmes que d’hommes, et d’autres avec plus d’hommes que de femmes. Je ne suis nullement contre le féminisme, qui concerne plus directement des pays où l’ouverture ne s’est pas encore opérée. Or voilà qu’au moment même où, par une juste compétition, les femmes arrivent en France aux mêmes résultats que les hommes, on réintroduit une discrimination avec l’instauration de la parité. C’est cela qui me choque. Négative ou positive, je suis contre la discrimination.

Pour ce qui est de la langue, elle est chose vivante, certains usages s’y introduisent, sous contrôle de l’Académie française. Nous accueillons quantité de mots, mais on ne réforme pas une langue par décret gouvernemental, en affirmant qu’on ajoutera un «e», alors qu’il n’est pas conforme au féminin des mots. Il y a des règles habituelles d’évolution. Le féminin des mots en «eur» n’est jamais en «eure» autrement que par la brutalité. «Auteure», c’est horrible. «Ecrivain-écrivaine» n’est pas choquant, cela va seulement contre une tradition de plusieurs siècles, et il n’est pas difficile de dire une femme écrivain. On a malheureusement oublié que le français comprend les trois genres, masculin, féminin et neutre, le dernier étant sous la forme du masculin. Ainsi, l’ancien dictionnaire Larousse expliquait-il plaisamment : «Homme : terme générique qui embrasse la femme.» C’était suggestif. Et voilà que, pour désigner les hommes, on se croit désormais obligés de dire «les hommes et les femmes», ce qui n’a pas de sens. Je serais enchantée qu’on cesse de sexualiser la langue, surtout de façon ignorante, brutale et impérative. »

Jacqueline de Romilly