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Archive for octobre 2013

Offrande

Aux mânes de Corax.

À Xénophane, seigneur des solutions improbables. Nous cuirons les anguilles dans l’eau froide, oui, mon maître.

Au rire de Démocrite devant la crasse, les crânes et les carcasses, les robes, les bijoux et les parfums. À sa barbe hirsute aux marges des remparts d’Abdère. Au vide, qu’il voit. Aux atomes, qui l’enchantent.

À la violence aristocratique du verbe d’Eschyle ; à ses arrêts ; à la sainte terreur qui préside. Je rends grâce à la parole imprécatoire. Peut-être les éphémères ne méritaient-ils pas le feu, en effet. Mais méritaient-ils la sanction de l’espoir ? (suite…)

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Jouer avec les mots n’est pas se jouer de leur sens.

Au nihilisme violent, souvent sans nuances, de l’anarchiste, je préfèrerai toujours de loin l’horizon joyeusement désespéré du libertaire. L’élan libertin, l’effort toujours recommencé ont une saveur que ne connaîtra jamais la passion destructrice. Une rose trempée dans du vin est plus délectable qu’un bâton de dynamite. Il ne s’agit pas de transiger et encore moins de se résigner. Le style est une éthique. Le rire a des vertus, des degrés, des couleurs, que le ricanement lamine aussitôt. Pour répondre aux malédictions du labyrinthe, le libertaire invente des échappatoires cependant que l’anarchiste ne vocifère que ce mot : « Incendie! Incendie! » Peut-être aussi faut-il laisser les damnés profiter des bienfaits de l’enfer et du commerce avec les démons. Nous ne sommes pas coupables, nous refusons d’être victimes. L’adverbe que nous prisons est autrement.
Le passé est une cache d’armes.
La Gnose, un projet d’avenir.
En nous se dissimulent toutes les réponses.
Ne te quaesiueris extra.

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Extrait de Sur la justice[1], d’Épiphane, fils de Carpocrate

 

En quoi consiste la Justice ? En une communauté d’égalités. Un ciel commun se déploie sur nos têtes et recouvre la terre entière de son immensité, une même nuit révèle à tous indistinctement ses étoiles, un même soleil, père de la nuit et engendreur du jour, brille dans le ciel pour tous les hommes également. Il est commun à tous, riches ou mendiants, rois ou sujets, sages ou fous, hommes libres ou esclaves. Dieu lui fait déverser sa lumière pour tous les êtres de ce monde afin qu’il soit un bien commun à tous : qui oserait vouloir s’approprier la lumière du soleil ? Ne fait-il pas pousser les plantes pour le profit commun de tous les animaux ? Ne répartit-il pas également entre tous ? Il ne fait pas croître les plantes pour tel ou tel bœuf mais pour l’espèce des bœufs, pour tel ou tel porc mais pour tous les porcs, pour telle ou telle brebis mais pour toutes les brebis. La justice, pour les animaux, est un bien qu’ils possèdent en commun. (suite…)

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Nous hantons parfois les mêmes champs de bataille. Je regarde pour ma part comme essentielles les raisons pour lesquelles nous nous y battons.

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« Vivre, oui, mon cher ami. Il n’y a rien de plus – rien de moins – à faire. Quant à être heureux, c’est terriblement difficile, exténuant. Comme de porter en équilibre sur la tête une précieuse pagode, toute de verre soufflée, ornée de clochettes et de frêles chandelles allumées ; c’est continuer à accomplir, heure après heure, les mille gestes obscurs et pesants de la journée sans qu’aucune lumière ne s’éteigne, sans qu’aucune clochette ne rende une fausse note. »

Cristina Campo
Mon esprit ne vous lâche pas
(Lettres à Gianfranco Draghi et autres amis de la période florentine)
Biblioteca Adelphi, 583.

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Lisant, on s’émerveille du génie dont l’homme est capable parfois. Cela suffit à imposer le silence aux voix mauvaises. Je lis sous la plume de Pierre Bergounioux (Le style comme expérience) que la langue fouyoughé fuit comme la peste le général autant que l’abstraction. Ainsi Mes entrailles sautent dessus ton corps constitue dans leur langue la formulation la plus juste pour dire Je t’aime.

Ce que nous nommons poésie  n’est rien d’autre que le mouvement profond par lequel nous cherchons à retrouver l’éclat et la puissance originels. Il nous arrive quelquefois d’éprouver quelque chose, mais nous manquons des mots. Nous en manquons car nous manquons de désir et de respect envers la parole.

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« Je refuse d’un cœur la vaste complaisance,

Qui ne fait de mérite aucune différence :

Je veux qu’on me distingue, et pour le trancher net,

L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait »

Molière, Le Misanthrope, I, 1.

 

Je hante sans un sou, à deux doigts de la grivèlerie, les salons du plus mythique des hôtels bruxellois. Je mets la dernière main à quelques idées engrangées au fil des années en une liasse de papiers plusieurs fois annotés. Dans un moment, il me faudra parler d’Alceste à l’occasion d’un débat qui n’en sera pas un. La salle sera bien vide. Les propos seront entassés sans ordre ni rigueur, même si, en trop peu de temps (toujours le même drame !), une approche complexe, nuancée, nécessitant digressions, sera hasardée.

 

Le Misanthrope est la pièce la plus difficile de Molière. Peut-être même l’est-elle de tout le répertoire. Elle ne raconte rien, sinon de façon allusive. Son intrigue, lacunaire, ne s’esquisse que sur un fond bien vague. Là ne sont pas les enjeux. Sur scène, l’on ne voit guère que trois personnages, trois figures : Alceste, Philinte et Célimène. Il y a le guerrier, le béni-oui-oui, à tous complaisant, et la beauté fallacieuse qui est aussi jeunesse terrifiée à l’idée de la mort.

Qui est Molière en 1666? Où en est celui qui a écrit et joué Le Tartuffe et Dom Juan dans les conditions que l’on connaît ?

Au XVIIème siècle, il faut entendre, surtout lorsqu’il s’agit d’une comédie, le terme de misanthrope comme sonnerait aujourd’hui l’expression frappadingue. Dans une société hyper-policée et hyper-codifiée, qui refuse les usages en cours dans salons les plus civilisés d’Europe ne peut être qu’un pauvre fou. Parenté de l’homme aux rubans verts avec Alonso Quijana, dont il est hautement improbable que Molière n’ait pas entendu parler des exploits singuliers, s’il ne les a pas, tout bonnement, lus. Le titre se doit d’être un programme racoleur. On sait aussi que Molière, qui interpréta Alceste à la façon d’un De Funès, forçait les tics, traits et grimaces « de circonstance ». On sait que sa voix jouait de façon très appuyée sur les crispations du personnage.

Cheval de Troie?

Telle est mon hypothèse. Je ne fais dans les pages qui suivent que spéculer, mais non sans proposer du grain à moudre, je crois.

On donne à un premier degré ce que le public attend. Il comprend ce qu’il croit que raconte la pièce et  s’amuse de la caricature d’un malade ensauvagé, de quelqu’un que Baudelaire, son frère, dans l’un de ses plus beaux sonnets, nommera « un extravagant ». Le public sort ravi ; il s’est tapé sur les cuisses. « Qu’est-ce qu’il lui a mis, à Alceste, le Poquelin! »

Mais alors pourquoi ce nom et la tension si vive qu’il oppose à celui de Philinte? (suite…)

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