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Archive for mars 2013

« Les grandes oeuvres valent par leur effet en retour. Nous n’habitons plus le même univers après qu’un artiste nous a montré ce qui crevait si bien les yeux qu’on ne le voyait pas et qu’on se demande, après, comment ça a bien pu nous échapper. »

Pierre Bergounioux

(Jusqu’à Faulkner, 2002)

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« J’appelle fiction (plasma) ce qui fait atteinte à la vérité au bénéfice de l’hypothèse. »

Aristote

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« La tradition, c’est entretenir la flamme, non adorer les cendres. »

Gustav Mahler

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Quelques mois après Jacques Dupin, le poète Michel Lambiotte a rejoint l’écart le plus silencieux.

Respect et admiration.

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 Michel Lambiotte,

 

–       L’autre côté du hasard, Le Cormier, Bruxelles, 2010.

–       Vacance et lumière, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2011.

–       90 Poèmes (Choix et présentation d’Yves Namur), Le Taillis Pré, Châtelineau, 2011.

 

 

La physique contemporaine paraît unanime désormais sur un point : la lumière la plus éclatante est aussi la plus obscure. Insoutenable, par conséquent, ou, plus exactement, imperceptible par nos sens débiles et impatients. Yves Bonnefoy écrit qu’il est un sixième et plus haut sens. Il le nomme poésie – seule activité humaine qui soit susceptible en effet de se faire tendre langue approchant le front de l’énigme et assurance d’un monde ouvert à la mémoire du temps.

 

Je ne sache pas aujourd’hui, en Belgique, de poète plus attentif, plus scrupuleux à sonder l’instance de l’invisible que Michel Lambiotte. C’est que, très largement, les mots du poète se font regard pur, c’est-à-dire accueil muet, plutôt que parole ou main prédatrice. Yves Namur a ainsi raison de souligner qu’établie dans le voisinage de celles d’un du Bouchet ou d’un Verhesen, l’œuvre de Lambiotte emboîte bien souvent le pas à la démarche du peintre. Or ce dernier ne vise pas, à en croire Picasso, à répéter le visible, mais plutôt à témoigner de ce que l’on voit, et, le plus volontiers, au-delà des apparences. (suite…)

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Hommage à Michel Lambiotte

 

 

Naviguant au sein de l’aire que dessinent ces derniers livres, je voudrais saluer la dynamique d’écart qu’esquisse à mon sens la totalité de la démarche poétique de Michel Lambiotte. Le siège secret de la nuit (Replis d’ombre, p.16), la page constellée, le fragment noté, le poème lapidaire, l’interstice à peine lumineux sont pour lui autant d’occasions en effet, m’apparaît-il, de dénier au temps frauduleux du diurne – temps social, professionnel, familial – un peu de sa puissance hégémonique et d’y installer sans cesse leurs salubres hétérochronies et hétéroptopies (Foucault). Lambiotte n’est pas l’écrivain de la prose grise du quotidien. Ne le passionne que l’urgence de l’éclat que la matérialité même de son texte fait surgir. La réalité ne retient guère son attention, il lui préfère bien davantage les promesses construites du réel. La poésie n’est pas qu’écriture, elle est un mode de vie, éminemment solitaire, non moins qu’une quête, discrète mais insistante, osons le mot, d’un bonheur sans aveuglement. Celui de parler autrement. (suite…)

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Michel Lambiotte, De plus loin encore, suivi de En compagnie d’un ami, postface de Fernand Verhesen, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2003.

Auteur d’une œuvre qui compte à ce jour une quinzaine de volumes, Michel Lambiotte est assurément l’un de nos poètes les plus exigeants. Discret, il a même souhaité poser la plume, à l’exception d’un livre paru en 1981, pendant plus de quatre décennies. Or, force est de constater que, depuis une bonne demi-douzaine d’années, il est bien revenu à son travail sur les mots avec de nouveaux recueils1 dont il y a peut-être lieu, au moment où Yves Namur fait paraître De plus loin encore, son dernier livre à ce jour, de considérer les enjeux esthétiques et ontologiques, sinon métaphysiques avec attention.

Dans le voisinage d’un André du Bouchet ou d’un Jacques Dupin, à l’évidence familière de l’ombre portée par les hautes figures déchiquetées de Giacometti, Lambiotte élabore un espace littéraire en permanente tension. Le poème ici est surtout poème du poème. Ainsi que l’écrit Verhesen, il est “ expérience au sein même de l’écriture, et dans son cours comme dans son décours sans que l’un ou l’autre épuise jamais sa genèse. Pensante d’elle-même, cette écriture à la fois se reflète et se prononce. ” Qu’est-ce à dire ? Eh bien, avant tout, qu’on a affaire à ce que l’on pourrait dire un méta-poème. Un texte ayant établi son aire, par delà le surgissement des contraires, dans les interstices ou les intervalles. Entre le silence et la parole. Entre le proche et le lointain. Entre absence et présence. Entre lumière et obscurité. (suite…)

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