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Archive for octobre 2017

« La tâche la plus urgente, à notre époque, la tâche humaine par excellence, c’est de donner aux autres par la parole la confiance en eux-mêmes qu’ils n’ont pas, ou n’ont plus. Mais j’irai plus loin : il s’agit aussi, dans maintes circonstances, de mettre en confiance leurs mauvaises pensées. Car souvent, les mauvaises pensées ne sont pas aussi mauvaises que la morale voudrait nous le faire croire. Surtout chez les jeunes, dont les instincts sont révélés par l’image plus que par le texte, et se heurtent à des discours coupés de la vie. Ces mauvaises pensées s’enveniment à force d’être intransmissibles, dans un monde où le langage se referme sur ses clichés, ses présupposés, son catalogue de remèdes abstraits à la crise de l’esprit, alors que cette crise est inséparable de celle du corps. Elles manquent des mots qui les associeraient à la construction de la personnalité, à l’expansion de l’être. Ce sont des foyers d’âpre vérité, mais brûlant en vase clos, sans issue vers une parole capable de les exacerber en révolte, au lieu de les confiner en enfer. Leur inintelligibilité s’accroît de leur claustrophobie. Ne pouvant s’exprimer en passions légitimes, elles couvent des violences absurdes. Elles ne demandent pas à être innocentées, ces mauvaises pensées, elles demandent à être comprises. Comprises, leur chance de créer sera plus grande que leur risque de détruire. Les mettre en confiance, c’est leur apprendre qu’elles ne sont plus seules, sachant que c’est la solitude qui fait la virulence et dégénère en infection. Dans un tel contexte, le langage de l’amour se montre quasi impuissant. Surtout celui qui nous vient tout droit de l’amour abstrait de l’humanité. »

 

Marcel Moreau,

Morale des épicentres (2004)

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« La gratitude est la jouissance du passé. »

Épicure

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Il est illusoire de croire que nous ne sommes les prisonniers que d’une cage.

Le Démiurge s’est ingénié à façonner un univers-gigogne. Les barreaux sont infinis. Les archontes, qu’il y a lieu de combattre infiniment plus que leur maître, s’acharnent, mais au moins nos yeux peuvent-ils s’ouvrir – s’ils acceptent cette blessure vulnéraire qui a nom liberté.

Liberté : effort constant de libération. Soit, de déconditionnement, de déformatage – d’« un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». Si nous quittons nos cellules, si seulement nous les dérangeons, soudain les étoiles brillent plus intensément dans la Nuit, à l’image des gouttes de sang qui tombent de notre plaie.

Il en va de reconnaître la Mémoire, déesse grecque, mère des Muses, aujourd’hui bâillonnée et dissimulée derrière ce provisoire et pitoyable décorum qu’on appelle « commémoration ».

Il en va de toucher à la Vie. Nous avons un nez, des yeux et des mains… N’eussions-nous encore à nous que notre tête au plus profond cachot du plus noir des bagnes, nous pouvons ressentir et formuler le nécessaire non qui contient une profusion de oui dont la majorité peine à imaginer l’ombre de l’intensité.

Je distingue un homme au nombre de prisons dont il s’est évadé.

 

 

(À Giacomo Casanova)

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

 

 

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« Le temps n’a pas d’importance. Sauf en grammaire »

Jacques Cels

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Faire de son crâne une tête chercheuse.

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« Il n’est pas nécessaire que tu sortes de chez toi. Reste assis à ta table de travail et écoute. N’écoute même pas, attends seulement. N’attends même pas, sois tout à fait silencieux et seul. Le monde va s’offrir à toi et jeter son masque, il ne peut pas faire autrement, il se tordra d’extase devant toi. »

Franz Kafka,

Aphorismes de Zürau

(Édition et commentaire de Roberto Calasso)

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« La chambre nuptiale n’est pas pour les animaux, ni pour les esclaves, ni pour les hommes et les femmes impurs, elle est pour les êtres libres, simples et silencieux. »

Évangile de Philippe

(trad. Jean-Yves Leloup)

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