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Archive for the ‘Macles’ Category

Ru

Dans la langue chinoise, c’est l’idéogramme « ru » qui désigne le lettré. Soit, originellement, « le faiseur de pluie ». Celui qui chante et danse pour que la nature se rende à son désir.

Plus érudit est le lettré, plus grande est sa puissance chamanique.

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages.

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Ni le repos, ni la conscience. Ni la vie, ni la mort. Seulement une apparence. La femme, l’ami, l’enfant ne sont plus la femme, l’ami, l’enfant. Ne sont plus femme, ni homme, ni enfant. La contamination menace à chaque instant. Il est improbable que l’on puisse longtemps y échapper. La vie n’est qu’une question de secondes. La pensée, les valeurs vacillent, chutent, agonisent. Il n’y a pas de survivants. Le chacun pour soi – cette guêpe première – domine. Son exercice sauve, pour un temps. Toute humanité fond. En quelques jours, quelques semaines, quelques mois tout au plus. Je suis, encore un peu, parce que tu n’es plus là.

On évolue sans raison en attendant de pouvoir ingérer ce qui semble pouvoir l’être. Que sommes-nous, derrière le voile de la civilisation? Une fois, qu’il s’est déchiré ?

De la viande qui marche. Une souffrance qui s’efforce de demeurer éveillée, qui cherche à esquiver l’inévitable métamorphose. L’on trimbale son barda. Armes & bagages. Pour s’efforcer de vivre au-delà du survivre – ô le luxe des batailles, jamais victoires, remportées. Ô l’abjecte géométrie de l’inégalité : la masse contre les seuls.

La zombification, c’est le démocratisme, l’égalitarisme, généralisés. Plus aucun désir singulier, mais une unique préoccupation : dévorer de la chair vivante. La foule, toujours partout, lente et stupide, animée d’une unique pulsion. Force de destruction sans limite, insensée. Du bruit, là : et c’est vers cet endroit que l’on se dirige. Une galerie marchande : l’unique église néante pour une humanité morte.

Ne voit-on pas ce qui se révèle dans ce miroir où ne se lit que pure pulsion de consommation ? Où plus aucun visage ne signale intelligence, nuance, imagination ou désir?

 

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

 

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Celui qui veille sur la nuit n’a pas de père.

Frère de Thanatos, Hypnos est engendré par Nyx. C’est ainsi que l’orphelin doit demeurer conscience de l’origine et proximité de la fin, nos communes torches.

Le mythe lui prête un pouvoir qui opère sur les dieux autant que sur les mortels. À l’instar d’Océan, Zeus en fera les frais, à deux reprises. Personne n’échappe aux appels de l’envers.

En guise de remerciement pour son aide, Héra le gratifie d’une compagne – une Charité, aux vertus non moins énigmatiques que ses origines. Je cherche encore la clef du nom de Pasithéa. L’Aînée serait-elle la souveraine secrète, universelle, dont nous manquons ?

Pour apaiser l’angoisse causée par les mondes inconnus qu’il suscite et creuse, Hypnos engendre Morphée, le « Bon Sommeil » (comme en Provence on dit le « Bon Dieu »), nous laissant tout de même à penser qu’il en est de mauvais.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de réaliser que, guetteur, le Sommeil ne dort jamais.

 

(Pour René Char)

© Armes & bagages, à paraître.

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Nuque : basse crissante, violon ou alto déglingué, plutôt que violoncelle. Variations des contrariétés qui sculptent selon leurs lois sans délicatesse ce reposoir malade. Cinquième lombaire : autel où les présents non souhaités se multiplient au son d’une sombre contrebasse. Bras droit : déserteur dont les nerfs à vif depuis deux ans se détraquent en une mélodie grinçante digne de Maldoror.

De ces nuits blanches où œuvre Dame Douleur avec une inébranlable conviction. De son art consommé de la torture aux aiguilles et à la scie, à l’acide et à l’électricité, cependant que le bras, poursuivant un chemin qui n’est pas le sien, impose ses amères décisions à l’instrumentiste dépité – qui progresse pour tromper non le temps, mais la fatalité.

Et au-delà, la dignité qui lui commande, malgré tout, de faire face au cynisme, aux malveillances, au mépris, à l’indifférence au mieux, de tous ceux qui, lui cherchant sans cesse des poux, caressent en réalité le souhait de lui trancher la langue, à défaut de la tête. – Il compose et joue donc, ailleurs.

La testostérone lui innervant toujours généreusement la chair, que cette note de fin souligne que la prégabaline, à la surprise des spécialistes, ne parvient pas à anesthésier un cerveau, qui de son côté orchestre une tout autre cantate, vivaldienne, joyeuse, altière, conquérante, générant çà et là dans la viande assez de molécules de dopamine, de sérotonine et d’ocytocine pour renvoyer au néant le néant.

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

 

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Il est illusoire de croire que nous ne sommes les prisonniers que d’une cage.

Le Démiurge s’est ingénié à façonner un univers-gigogne. Les barreaux sont infinis. Les archontes, qu’il y a lieu de combattre infiniment plus que leur maître, s’acharnent, mais au moins nos yeux peuvent-ils s’ouvrir – s’ils acceptent cette blessure vulnéraire qui a nom liberté.

Liberté : effort constant de libération. Soit, de déconditionnement, de déformatage – d’« un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». Si nous quittons nos cellules, si seulement nous les dérangeons, soudain les étoiles brillent plus intensément dans la Nuit, à l’image des gouttes de sang qui tombent de notre plaie.

Il en va de reconnaître la Mémoire, déesse grecque, mère des Muses, aujourd’hui bâillonnée et dissimulée derrière ce provisoire et pitoyable décorum qu’on appelle « commémoration ».

Il en va de toucher à la Vie. Nous avons un nez, des yeux et des mains… N’eussions-nous encore à nous que notre tête au plus profond cachot du plus noir des bagnes, nous pouvons ressentir et formuler le nécessaire non qui contient une profusion de oui dont la majorité peine à imaginer l’ombre de l’intensité.

Je distingue un homme au nombre de prisons dont il s’est évadé.

 

 

(À Giacomo Casanova)

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

 

 

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(En lisant L’Innomabile Attuale)

 

Nous avons créé un monstre sans équivalent, venimeux et multiple ainsi qu’une hydre. Sa menace croît chaque jour. Pondant abondamment, il dévore surtout les têtes, parfois même le crâne de ceux qui s’imaginent avertis. C’est le monde spectaculaire-marchand, hyper-médiatisé, devenu planétaire. La Spiritualité, le Sacré, le Savoir, l’Intelligence, la Pensée vagabonde, l’Art, la Beauté y sont proscrits. Ils sont des vestiges que l’on doit abattre ou des monuments qu’il y a lieu de travestir. Leur sorcellerie antique est l’ennemie.

Autour, alentour, cette pornographie des âmes et des corps n’est cependant pas du goût de tous. Des cauchemars géopolitiques s’esquissent ; de terribles réalités se préparent – quoi que nous fassions. Les indices s’accumulent, cependant que nous continuons de nous enliser dans un sommeil aux rêves formatés, frelatés. Est-il utile de rappeler que la démographie est l’unique loi et le seul tribunal ?

Je ne parle pas ici des justes qui font face à l’Hydre en ses marais indélimités et nauséabonds.

J’évoque ceux qui, se réclamant de la religion, se revendiquant de Dieu même, égorgent, asservissent et prostituent ceux qu’ils disent infidèles – militaires ou civils, hommes ou femmes, enfants et vieillards. Cette démence sacrificielle aux relents d’abattoir a été déjà définie, à un autre moment ; mais il est, pour le pire, des motifs récurrents. Les travaux du Collège de Sociologie sont des archives que plus personne ne consulte. Bataille et Caillois nous manquent tellement. (suite…)

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Le monde bascule ; cette évidence hurle. Nous poursuivons nuque courbée à pousser nos wagonnets dans la mine.

S’opposer, à nouveau, à la TERREUR, s’imposant.

J’appelle l’intelligence à lire entre les lignes, à voir au-delà de ce que le regard premier suggère.

Nous disposons de mille armes contre l’Ennemi, mais nous sommes trop lâches pour nous initier à manipuler la moins complexe d’entre elles.

Qu’une fois au moins, l’avenir, si proche, ne donne pas entièrement raison aux exactes fulgurances d’Étienne de la Boétie.

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