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Archive for the ‘Alliés substantiels’ Category

Deux livres sont là, à me faire signe, sans cesse, sur la table de lecture, agitant mes jours et mes nuits. Le dernier paru est le versant sombre de l’autre, lequel prolonge l’ekphrasis infinie entamée par l’écrivain depuis La Ruine de Kasch. En 2016, paraissait Il Cacciatore Celeste ; aujourd’hui sort L’Innomabile Attuale. Penseur parmi les plus décisifs de notre temps, Roberto Calasso définit les lignes de partage, désigne du doigt ce que nous ne voyons pas, et condamnant notre religion de l’horizontalité, ouvre à la plus salubre verticalité.

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J’apprends, au lever, avec un vertige qui ne me quitte pas, que Yves Bonnefoy a rejoint hier l’énigme que tentent de déchiffrer les Bergers d’Arcadie. Il fut et restera un très haut maître et un ami depuis plus de vingt-cinq ans, avec qui j’eus l’immense chance de parler encore et que je pus ensuite écouter, très intense comme toujours, il y a quelques mois à la Maison de l’Amérique latine, à Paris. Nos conversations sont des lampes qui viennent soudain de toutes se rallumer au même instant.

(…) (suite…)

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La Justice d'Othon, de Thierry Bouts

La Justice d’Othon (vers 1473), de Dirk Bouts

J’apprends ce matin, au détour d’une rubrique nécrologique, le décès de l’un de mes maîtres les plus savants et les plus doux, l’un de ces hommes sans qui je ne serais pas l’être que je suis devenu. Paul Philippot n’est plus. Le matin du 15 janvier dernier, il a préféré prolongé son rêve d’art et de renaissance toujours florissante.

Bien que je n’aie pas été de ces proches, le ventre me serre tandis que je lis l’hommage que l’ICCROM lui consacre, mais surtout les très belles lignes que lui dédient Thierry Lenain et Didier Martens, ainsi que Brigitte d’Hainaut-Zveny, sur le site Koregos.

Il fut, à l’Université, l’une de mes rares respirations, et, assurément, la source de connaissance sensible la plus incontournable. Non seulement pour pouvoir suivre ses cours, mais aussi pour avoir le bonheur de dialoguer avec lui, je sollicitai de la part du recteur une dérogation insolite : celle de passer la majorité des examens de mes cours à option, non pas dans la section où j’étais inscrit, mais en Histoire de l’Art. Je voulais être jugé à l’aune de ce que je valais par qui me semblait le plus digne de m’y juger. (suite…)

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Hommage à Michel Lambiotte

 

 

Naviguant au sein de l’aire que dessinent ces derniers livres, je voudrais saluer la dynamique d’écart qu’esquisse à mon sens la totalité de la démarche poétique de Michel Lambiotte. Le siège secret de la nuit (Replis d’ombre, p.16), la page constellée, le fragment noté, le poème lapidaire, l’interstice à peine lumineux sont pour lui autant d’occasions en effet, m’apparaît-il, de dénier au temps frauduleux du diurne – temps social, professionnel, familial – un peu de sa puissance hégémonique et d’y installer sans cesse leurs salubres hétérochronies et hétéroptopies (Foucault). Lambiotte n’est pas l’écrivain de la prose grise du quotidien. Ne le passionne que l’urgence de l’éclat que la matérialité même de son texte fait surgir. La réalité ne retient guère son attention, il lui préfère bien davantage les promesses construites du réel. La poésie n’est pas qu’écriture, elle est un mode de vie, éminemment solitaire, non moins qu’une quête, discrète mais insistante, osons le mot, d’un bonheur sans aveuglement. Celui de parler autrement. (suite…)

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I

C’était les années d’université, je me souviens. Le temps était ouvert, vacant. Je voyageai beaucoup. Je lisais avec passion. Lorsque j’approchais des auditoires, c’était, le plus souvent, pour débaucher l’un ou l’autre camarade. Dehors appelait. J’aimais ce dévoiement. J’aimais les longues conversations qui suivaient, au Bois de la Cambre tout proche, ou alors dans l’un de ces vieux estaminets du cœur de la ville, peu fréquentés l’après-midi. Je ne comprenais pas que l’on pût perdre autant de temps dans la grisaille et l’odeur rance. Quatre années nous étaient offertes avant que l’on fût tenu à davantage d’obligations. Il fallait vivre. L’amertume de la bière colorait le feu des mots. En particulier, je lisais des auteurs belges, ce que la Belgique de l’époque n’encourageait nullement. (suite…)

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Un portrait d’Eric Brogniet

            Troué d’amour et de beauté / Il est troué jusqu’au cœur / Par la perte et par le temps, écrit Eric Brogniet dans Autoportrait au Suaire, le vaste poème-oratorio que viennent de publier les Editions de l’Age d’Homme.

Dans ces trois vers, à la fois simples et élégants, tout le poète est présent. Debout dans le désert du monde, écartelé entre sa soif d’absolu et son désir de toucher du doigt aux joies simples d’ici, lucidement vivant en dépit des clous qui le tiennent attaché à la grande Croix de la modernité. Il fallait oser cette image, comme toutes celles que contient ce beau livre. Le poète en Christ outragé ; le poète en saint, dans une société matérialiste, sans autres liens, semble-t-il, que virtuels désormais. Et c’est lui rendre justice, par conséquent, que de l’avoir risquée, cette image, moins provocante en définitive que désenchantée. (suite…)

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Il n’est de poésie qui vaille que du Nom exact.

Le Nom exact d’Etre est Chance.

C’est calomnier la chance d’être que se plaindre.

Fasse taire, oiseau de malheur, la calomnie née de ta fatigue,

Ou de quelque méprise superficielle.

Etre est Beauté.

Il n’est de gloire qu’à Saluer.


« Une pensée n’est juste, comme on dit qu’une voix est juste, que si elle est un chant. », estimait Roger Munier.

Saluée dès les premiers livres par des voix aussi diverses que celles de Roland Barthes, Louis-René des Forêts, Jean-Luc Nancy, André du Bouchet, Pierre Bergounioux, Mathieu Bénezet ou Michel Foucault, l’œuvre poétique de Jean-Paul Michel – à la fois pensée comme chant et chant comme pensée, pour employer une formule avec laquelle il définit la poésie de Hölderlin – le prouve avec éclat. Qu’elle ait suscité l’intérêt de philosophes autant que de poètes ou de prosateurs n’est donc pas fortuit.

Aujourd’hui, alors qu’elle couvre déjà pas moins de trois décennies, et que viennent de paraître à quelques années d’intervalle Bonté seconde, un cahier d’hommages, d’entretiens et d’inédits dirigé par Tristan Hordé à l’enseigne de Joseph K, mais surtout, chez Flammarion, Le plus réel est ce hasard, et ce feu et de Défends-toi, Beauté violente ! qui rassemblent l’essentiel de sa poésie jusqu’en 2000, un regard d’ensemble sur le massif qu’elle constitue est donc désormais pleinement possible. (suite…)

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