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Archive for the ‘Nulla dies sine linea’ Category

On ne tapine pas avec l’humour.

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J’apprends, au lever, avec un vertige qui ne me quitte pas, que Yves Bonnefoy a rejoint hier l’énigme que tentent de déchiffrer les Bergers d’Arcadie. Il fut et restera un très haut maître et un ami depuis plus de vingt-cinq ans, avec qui j’eus l’immense chance de parler encore et que je pus ensuite écouter, très intense comme toujours, il y a quelques mois à la Maison de l’Amérique latine, à Paris. Nos conversations sont des lampes qui viennent soudain de toutes se rallumer au même instant.

(…) (suite…)

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T’es-tu déjà posé la question de savoir ce que tes livres pensent de toi? Les dieux ne sont plus – mais les livres sont là, qui nous déterminent ; nous élèvent parfois ; nous  jugent toujours.

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Rêve abstrus d’un séjour d’études à l’étranger, en un pays où soudain des Nazis prennent le pouvoir.  Mes souvenirs me trouvent nu sous une douche commune, dans une étrange maison moderne. J’y ai pris – à quel titre? –  la défense des intérêts de son propriétaire – mes cousins sont là ; la maison à des allures de grand hôtel – en m’opposant à un voisin mafieux au comportement malsain et intrusif. Bientôt, la menace croissant, il me faut la fuir au travers de galeries commerciales ou de stations de métro qui m’évoquent à la fois Bruxelles, Paris et Berlin. Enfin, je trouve refuge dans une église, durant un office, mais j’y suis arrêté par un Nazi. Il m’explique avec une courtoise affectée qu’un camarade et moi devons le suivre. Je ne résiste pas – comment le pourrais-je? – mais détourne le regard d’un troisième camarade qui est parvenu à échapper à la vigilance de cette milice, pour le protéger. L’accent de l’homme qui m’emmène est alsacien et son discours se veut par trop rassurant sur mon avenir. Il me précise qu’il est végétarien, comme pour me mettre davantage à l’aise. Je suis d’ailleurs reconduit dans la belle maison, mais elle est désormais occupée par des militaires, à l’image des environs. Tandis que d’autres prisonniers et moi-même  recevons des petits carnets format carte postale où l’on peut lire des pages manuscrites mal reliées, notre tâche nous est précisée. Alors que je reconnais l’écriture de Jacques Crickillon, il nous est demandé, « quand nous en avons le temps »,  de rédiger un rapport sur le contenu de ces pages. Nous devons y chercher des preuves –  mais sans que nous  ne parvenions à saisir de quoi au juste. De retour, dans ma chambre (laquelle a été visiblement fouillée), j’ouvre un paquet contenant quelques sucreries (ce dont je ne suis pas du tout friand) en provenance de Bruxelles. Je crois comprendre qu’elles m’ont été adressées par mes parents. Sur un mot qui l’accompagne ou sur un fragment de journal, je lis cette date : 1942. L’attention impossible plus sûrement que la découverte me fait fondre en sanglots – et je m’éveille, dérouté et anxieux. Je songe aux Damnés, de Visconti, et à Paul Celan.

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Les théories de l’être, de l’essence ou de l’étant à la longue lassent. La religion sociale et son clergé sociologique sont balivernes à crever de rire. L’appétit du bas monde pour la bassesse polymorphe et la médiocrité cynique, l’absence d’altitude et l’inintelligence repue et replète, ne sont pas davantage de notre goût. J’émets cette proposition, quelques fois formulée déjà, que la vie – qui est davantage que l’existence – ne se conçoit bien qu’énoncée comme un Art de l’Imaginaire.

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L’énigme ne quête aucun dénouement : elle conduit à un vertige accru et redouble en nous les questions. Le sens est une fiction. Toujours. Il n’est pas davantage de but que de sens dernier. Mais la fiction est cette construction qui ouvre à la possibilité d’un sens. Rencontrer autrui sur la signification d’un texte, d’une phrase, d’un mot, relève du miracle. Mais ce miracle est probable.

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Nous ne nous parlons pas. Nous nous efforçons de sortir de nous-mêmes un tout petit peu. En vain. Le don de l’écriture comble parfois le gouffre ; le présent de la lecture y parvient moins rarement. Il n’est de conversation qu’avec les morts ou les livres. Quitter l’inessentiel est en question. La sérénité est toujours une preuve.

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