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Archive for the ‘Nulla dies sine linea’ Category

Lorsqu’un grand ami meurt, on n’écrit plus tout à fait de la même façon. Nos phrases s’adressent en priorité à lui. L’on s’efforce de ne pas trahir une exigence, des valeurs,  une voix, et de demeurer, mais autrement, dans l’intense de l’échange. Montaigne, que Cels servit si justement, n’aurait pas composé ses Essais sous la même forme, n’était la mort brutale d’Étienne de la Boétie. La sacra conversazione continue, amplifiée. Il suffit de lire, d’écouter – et de continuer de répondre. Le combat contre l’inominabile attuale doit être poursuivi. Chambre de la Signature, il me semble discerner un visage de plus dans la grande fresque semi-circulaire de Raphaël. J’en suis encouragé.

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Recommencer à lire, c’est redonner au corps sa vraie place, c’est le raccorder au diapason d’une vie supérieure, art et armure. Découvrir un grand livre relève de la résurrection. Les nerfs me font mal ; ma nuque est une boule d’aiguilles vivantes et mes reins sont une tonne en fusion ; les drogues m’assomment ; mon bras d’écriture est mort – et cependant, je vais plus vite que vous, mortels abstèmes de beauté et apostat des divines ivresses. Les visions adviennent. Le rire déborde ce qui le menace. Une joie sans nom est à l’oeuvre. Les mots se cachent, mais leurs traces sont là. Ô le lieu et la formule!

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Faire de son crâne une tête chercheuse.

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Une citation par jour éloigne le médecin, surtout si elle vise bien.

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Deux livres sont là, à me faire signe, sans cesse, sur la table de lecture, agitant mes jours et mes nuits. Le dernier paru est le versant sombre de l’autre, lequel prolonge l’ekphrasis infinie entamée par l’écrivain depuis La Ruine de Kasch. En 2016, paraissait Il Cacciatore Celeste ; aujourd’hui sort L’Innomabile Attuale. Penseur parmi les plus décisifs de notre temps, Roberto Calasso définit les lignes de partage, désigne du doigt ce que nous ne voyons pas, et, condamnant notre religion de l’horizontalité, ouvre à la plus salubre verticalité.

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Cédalion voit ; les ombres parlent.

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Matin pris en pleine gueule, dans le bouillon de la migraine qui détricote le regard et matraque la concentration. Lumière de poignard dans les yeux. Hallucinations olfactives. Avec les rêves étranges, là, qui parlent encore et exigent que l’on revienne à eux. Éveil mauvais. Deux heures désormais pour m’extraire de la gangue dure des drogues sans lesquelles je ne puis dormir. Et puis c’est la nuque qui vocifère ses quatre vérités arthritiques, et mon bras qui se refuse désormais à toute innocence, et cette cinquième lombaire qui irradie sa décrépitude douloureuse.

Je viens à toi, ô jour, parce que sur cette planète quelques Rares le méritent ; parce que la Beauté est rien moins qu’un mot vide. Je viens à toi parce qu’il y a lieu de poursuivre le combat, dans l’écart. Je viens à toi pour continuer de rencontrer le Temps, ma gnose demeurerait-elle sans écho.

Je viens à toi, ô nuit dans le jour et jour dans la nuit, pour honorer sans fin la caresse des Charités.

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

 

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