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Posts Tagged ‘humour’

Musique au débotté faite homme, Roger Carel s’en est allé rejoindre les anges du baroque joyeux en sifflant ; à l’instar du personnage de Noiret dans Les Gaspards, Vivaldi l’accueille triomphalement. Il n’est pas le seul. Nombre de points de la Sphère s’alignent sur cet événement. Les Grands Enfants se sont rejoints. Notre enfance fascinée est blessée ; notre adolescence est meurtrie. Nous sommes orphelins d’un théâtre généreux où, avec grâce et générosité, l’échange jouait avec une écoute précise du jeu et de la parole de l’autre. À l’improviste, au besoin. Nulle proposition contemporaine ne remplace ce qui s’est ainsi perdu. Le Paradis va gagner en charme, en éloquence, en vitesse, en surprise. – C’est nous qui demeurons sans voix. En un monde où l’humour devient vestige.

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Le 9 décembre 2019. Heures bûcheronnées sans compter. Sans même la possibilité de m’hydrater. Donner et combler les trous. Les trous tout partout. Tout le temps. Si bien que la matière n’avance guère. Mon cours progresse comme une étoile de mer qui souvent se fait crabe par le jeu des digressions. Ce qui me tient debout le lundi dans ma dernière classe de la journée, où les élèves se comptent souvent sur les doigts d’une main : les questions que me posent ces braves, et la lueur, surtout, qui leur vient à l’œil lorsqu’ils saisissent une explication ou captent un trait d’esprit – cette dernière prouesse devenant dangereuse en un nov-monde surgissant gros d’interdits.

Je n’enseigne plus guère à proprement parler ; je ne donne plus que très rarement cours comme je le faisais il y a quelques années encore. Je renseigne. J’informe. Je rappelle. Je m’efforce de donner cohérence à tout cela dans une course aux obstacles multiples.

L’on me prie de ne plus faire d’humour en classe et de marcher bien dans le rang de la matière énoncée sans le quitter. On m’accuse de développer une idéologie et de l’imposer. – Laquelle? À cette question, on se montre incapable de répondre. Il est vrai que je les vomis toutes. On ose affirmer que je parle de ce que je ne connais pas ; on m’a déclaré que je passais mon temps à travestir la vérité ou la réalité. – Qui, on? Les étudiants eux-mêmes. Le plus souvent, des demoiselles qui me rappellent à l’ordre ou souhaiteraient, « dans le meilleur des cas », me rallier à leur bien-pensance. Au fond, je donne à entendre une dissonance désuète. Et ce désaccord est de trop. En soi, insupportable. Alors même que tout le monde au sein des établissements que je fréquente moutonne déjà du même côté de la falaise. Ce qui vient : la course des lemmings se précipitant tous, en même temps, dans la même direction. – À quand remonte donc ma première entrevision de ce cauchemar? Je suis prêt à parier que Savoir de guerre et, assurément, Le rire de Démocrite donnent une réponse à cette question.

Le nord perd la raison à s’obstiner à demeurer le nord. Comment le rencontrer quand tout indique une multitude d’autres directions? Fallacieuses, faciles, factieuses. Je ne comprends rien à cette volonté protéiforme de la jeunesse à bâtir des camps plutôt qu’à prendre la relève de ceux qui surent brandir des bannières de mai.

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître, 2020.

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En la sphère publique, vestige du siècle dernier que l’humour! L’ironie : faute d’Ancien Régime. Protéiforme, le cauchemar concentrationnaire est là. Chacun est devenu le kapo de tous, et de lui-même avant tout, convaincu qu’ainsi il préservera son illusoire confort, son lopin de pouvoir. Les réseaux tournent à plein régime. Les imposteurs grouillent ; les sycophantes pullulent. Aristophane est un immense moraliste. Contrevenir aux règles de la nov-société, égratigner ses exarques, ses grands prêtres et ses innombrables licteurs, s’obstiner à jouer de la langue en grammairien épris de sa beauté, demeurer soi-même, sont autant de motifs de condamnation instantanée – virtuelle ou actuelle. Il convient de devenir cet autre-même, bipède soumis, non moins désincarné que décervelé, compatible aux idées du jour, mais vide de toute vie vraie, lequel définit la presque totalité de nos contemporains.

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, 2020.

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