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Archive for the ‘Préférences’ Category

J’apprends, au lever, avec un vertige qui ne me quitte pas, que Yves Bonnefoy a rejoint hier l’énigme que tentent de déchiffrer les Bergers d’Arcadie. Il fut et restera un très haut maître et un ami depuis plus de vingt-cinq ans, avec qui j’eus l’immense chance de parler encore et que je pus ensuite écouter, très intense comme toujours, il y a quelques mois à la Maison de l’Amérique latine, à Paris. Nos conversations sont des lampes qui viennent soudain de toutes se rallumer au même instant.

(…) (suite…)

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 – A Kénalon II, de Jacques Crickillon, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2005.

            Au-delà de ma mort, qui va venir, qui doit être, absolument, une mort du retour en force, au-delà et de dedans, le glacial parcours du serpent, je vous chanterai des noms de vous glanés sur le chemin de mort, nominations de votre miracle, cailloux blancs de Petit-Couteau, j’irai sur des falaises accrocher mes belles images et ce sera : Lorna : enfance et fin de monde.

            Dans ces mots que l’on devine fiévreux, les deux grands pôles qui aimantent la sphère-monde de Kénalon : le face-à-face avec la mort – non seulement celle, physique, qui vient, mais aussi celle, spirituelle, qui gangrène notre temps – et le chant d’amour, continué, renouvelé à celle seule qui donne sens à la vie, à la pensée et à l’œuvre du poète. Car Kénalon, dont Jacques Crickillon nous invite ici à poursuivre la découverte, entre fascination et péril, s’avère une conjonction proprement ambivalente de forces, de tropismes, de tensions, de désirs, laquelle se dessine, un peu plus que dans À Kénalon I, comme le cœur même, secret, d’une démarche poétique initiée depuis près de quarante années maintenant. Entre songe et réalité, spéculation et dénonciation, le poème esquisse sous nos yeux un espace et un temps autres. Ici, en exoderie, les saisons n’ont plus lieu ni cours. On couve sa fièvre. On recueille le fruit. On a froid de bonheur comme l’oiseau de neige de nuit. L’essentiel est difficile autant que bien fragile. Il ne peut être confondu avec nos activités de diurnes. Il ne peut même être associé à la littérature, qui selon le poète ne se contente de flatter que les terrasses ventripotentes du bas. (suite…)

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À quelques heures d’une communication sur le dernier tome paru de Dernier Royaume, je retrouve fortuitement ce petit texte rédigé à un moment difficile, ce bref article que j’avais écarté pour ses faiblesses et sa superficialité. Peut-être n’est-il pas inopportun de le donner à lire aujourd’hui, alors que j’ai sur ma table de lecture La suite des chats et des ânes, Sur l’idée d’une communauté de solitaires et Critique du jugement.

« La société humaine : la ressemblance à mort.

L’anachorèse lettrée : la dissemblance vivante. »

Pascal Quignard

Le roman est le genre féminin.

Claire Methuen est une cousine d’Ann Hidden.

J’ai relu Les Solidarités mystérieuses après Les Désarçonnés. Toute œuvre est un massif. Un sommet la couronne, mais plusieurs sentiers y peuvent mener. Les livres de Pascal Quignard, depuis Vie secrète, sont politiques, de plus en plus politiques, de plus en plus farouches, de plus en plus félins. Nous ne le voyons guère.

La littérature est sans pourquoi. Les romans qui tentent d’exposer les motifs sont comme du sucre figé recouvrant le miel. L’étrange est la vie même ; la métamorphose, bien davantage qu’un mythe. (suite…)

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 Michel Lambiotte,

 

–       L’autre côté du hasard, Le Cormier, Bruxelles, 2010.

–       Vacance et lumière, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2011.

–       90 Poèmes (Choix et présentation d’Yves Namur), Le Taillis Pré, Châtelineau, 2011.

 

 

La physique contemporaine paraît unanime désormais sur un point : la lumière la plus éclatante est aussi la plus obscure. Insoutenable, par conséquent, ou, plus exactement, imperceptible par nos sens débiles et impatients. Yves Bonnefoy écrit qu’il est un sixième et plus haut sens. Il le nomme poésie – seule activité humaine qui soit susceptible en effet de se faire tendre langue approchant le front de l’énigme et assurance d’un monde ouvert à la mémoire du temps.

 

Je ne sache pas aujourd’hui, en Belgique, de poète plus attentif, plus scrupuleux à sonder l’instance de l’invisible que Michel Lambiotte. C’est que, très largement, les mots du poète se font regard pur, c’est-à-dire accueil muet, plutôt que parole ou main prédatrice. Yves Namur a ainsi raison de souligner qu’établie dans le voisinage de celles d’un du Bouchet ou d’un Verhesen, l’œuvre de Lambiotte emboîte bien souvent le pas à la démarche du peintre. Or ce dernier ne vise pas, à en croire Picasso, à répéter le visible, mais plutôt à témoigner de ce que l’on voit, et, le plus volontiers, au-delà des apparences. (suite…)

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Michel Lambiotte, De plus loin encore, suivi de En compagnie d’un ami, postface de Fernand Verhesen, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2003.

Auteur d’une œuvre qui compte à ce jour une quinzaine de volumes, Michel Lambiotte est assurément l’un de nos poètes les plus exigeants. Discret, il a même souhaité poser la plume, à l’exception d’un livre paru en 1981, pendant plus de quatre décennies. Or, force est de constater que, depuis une bonne demi-douzaine d’années, il est bien revenu à son travail sur les mots avec de nouveaux recueils1 dont il y a peut-être lieu, au moment où Yves Namur fait paraître De plus loin encore, son dernier livre à ce jour, de considérer les enjeux esthétiques et ontologiques, sinon métaphysiques avec attention.

Dans le voisinage d’un André du Bouchet ou d’un Jacques Dupin, à l’évidence familière de l’ombre portée par les hautes figures déchiquetées de Giacometti, Lambiotte élabore un espace littéraire en permanente tension. Le poème ici est surtout poème du poème. Ainsi que l’écrit Verhesen, il est “ expérience au sein même de l’écriture, et dans son cours comme dans son décours sans que l’un ou l’autre épuise jamais sa genèse. Pensante d’elle-même, cette écriture à la fois se reflète et se prononce. ” Qu’est-ce à dire ? Eh bien, avant tout, qu’on a affaire à ce que l’on pourrait dire un méta-poème. Un texte ayant établi son aire, par delà le surgissement des contraires, dans les interstices ou les intervalles. Entre le silence et la parole. Entre le proche et le lointain. Entre absence et présence. Entre lumière et obscurité. (suite…)

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(La torchère)

Il n’est pas de sagesse, il n’est qu’un chemin. Un chemin esseulé. Dans l’écart, la poésie le désigne ou, plus exactement, le fait surgir par chaque mot, chaque image, chaque couleur.

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Le noir perfore le noir. On n’écrit pas à l’encre blanche.

Lorsque, nouvel Ecclésiaste, Crickillon médite le temps, la mort, la vanité, un arc noir est brandi, une flèche sombre encochée. La force de qui les manipule en revanche est neuve et tout innervée d’une énergie créatrice souveraine.

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On quitte l’enfance lorsque l’on se met à parler. On la quitte irrémédiablement lorsqu’on commence à écrire. Avant, on griffonne, on dessine. Les traits, les couleurs et les formes constituent notre premier langage. Nous cherchons à nommer ce qui nous coupe de ce que nous désirerions être ou avoir. Il y a un regret mal circonscrit : le trou noir dont tout procède, dont nous procédons. L’écriture cherche l’amont et l’amont de l’amont.

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Cercle, de Yannick Haenel, L’Infini, Gallimard, Paris, 2007.

            Il existe un courage bizarre qui vous pousse à détruire vos habituelles raisons de vivre, écrit Yannick Haenel dès les premières pages de son nouveau roman, intitulé Cercle. C’est un courage d’abîme et de lueurs, le courage des solitudes brusques, celui qui accompagne les nouveaux départs.

            Un matin, en effet, au lieu de prendre son train de 8h07, Jean Deichel, le narrateur (clin d’œil de l’auteur à celui qui fut déjà l’évadé d’Introduction à la mort française) décide de renoncer à se rendre sur son lieu de travail et à retrouver ses anciennes habitudes. Une phrase, qu’il se répète comme un mantra, le hante et le convainc qu’une autre existence est à portée de main : c’est maintenant qu’il faut reprendre vie. Dès lors, semblable à un Ulysse moderne (les échos à Homère comme à Joyce sont ici nombreux), Deichel va se mettre à errer dans Paris. D’extase en extase, il redécouvre le monde, de même qu’il se met à nommer et à formuler. Tout proche du vide, il est désormais en mesure de s’emplir des présents que la ville, les femmes, les livres, l’art et la culture font pleuvoir sur lui. Au fond, il a cessé d’être un mort-vivant pour commencer à vivre. (suite…)

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