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Posts Tagged ‘introspection’

Si l’on excepte ses Entretiens avec Charles Bertin (paru en 2012 aux bons soins de l’Académie royale de langue et de littérature françaises et des Éditions du Cri), il se trouve que pendant dix ans, Jacques n’aura rien publié, ce dont personne ne s’est véritablement avisé. Symboliquement, Le dernier chemin aura donc été son dernier livre. Ce récit aura été son dernier roman. Il faut lire et relire ces trois phrases, une longue deux brèves, pour commencer à dénombrer les écritures qui s’y superposent, à l’instar d’un palimpseste. L’idéal y recoupe le spleen ; le clin d’oeil amical s’invagine dans le regard introspectif ; le mal y cherche son remède. Tout est désormais en place pour que nous reprenions ce volume plus conscients en sachant qu’il constitue un vertigineux testament.

« (…) ma façon d’écrire n’est pas la conséquence d’un parti pris d’ordre esthétique. Mon but n’est pas d’être en rupture ou en adéquation avec une mode. J’enfile à vrai dire des phrases entortillées pour n’avoir plus à regarder en face ma condition, un peu comme ces malades mentaux qui, pour oublier leur enfermement, se consacrent corps et âmes, pendant des mois ou des années, au recouvrement total d’une grande feuille de papier, dont le moindre centimètre carré de blanc doit disparaître sous un gigantesque dessin prodigieusement compliqué. C’est peut-être ainsi qu’ils projettent hors d’eux-mêmes leurs démons. C’est peut-être ainsi qu’ils évacuent millimètre par millimètre leurs noirceurs et qu’ils finissent par s’offrir l’illusion d’une simplicité retrouvée. »

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Jacques Cels, passeur de lumières

(1956-2018)

 

Fête musicale dans une cour (1677), de Pieter de Hooch (National Gallery, Londres)

Fête musicale dans une cour (1677), de Pieter de Hooch (National Gallery, Londres)

 

Table ronde réunissant Michel Vanden Bossche, Jean-Paul Goux, Jacques De Decker et Christophe Van Rossom.

 Lectures d’Émilie Pothion

 

 « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. »

René Char

 

Un écrivain rare autant que singulier nous a quittés voici un an déjà. Lors de ses obsèques, nombre de ses amis et de ses admirateurs étaient là. Michel Vanden Bossche et Jean-Paul Goux ne purent s’exprimer alors. Jacques De Decker rappela la pureté, la rareté et l’originalité de son œuvre, tout en en soulignant la diversité. Comme d’autres orateurs, à l’instar de Jacques Lemaire, il insista sur l’éthique de Cels : sa générosité, sa disponibilité, sa faculté de travailler au service des autres – à commencer par ses élèves, auxquels il aura transmis son gai savoir durant quarante ans. Une éthique de la loyauté, de la dignité et de la justice, qui s’ourlait d’un humour qui n’appartenait qu’à lui, et qui s’enchâssait dans une véritable approche esthétique de tous les aspects de l’existence. Discret, sélectif, Cels était un athée épicurien et rêveur ; il aimait la lumière, celle d’Italie, surtout ; il fut aussi cette écriture bleue, fluide, coulée qui souhaitait embrasser l’épars afin de l’ordonner au sein d’une architecture elle-même pensée à chaque instant – un jardin où l’on se sentît, au moins un instant, à sa place. Un cloître de sable, en somme. Vigilant, capable de s’exprimer ou d’écrire sur les sujets les plus variés, critique, dramaturge, nouvelliste et romancier, Jacques Cels fut avant tout un militant actif du bonheur. Je veux dire d’un bonheur qui chaque jour se bâtit, à proportion du travail que l’on investit dans cette tâche. Un bonheur lucide, donc, averti des ombres qui menacent, et avant tout de celles qui hantent nos êtres propres.

 

 

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