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Posts Tagged ‘Marcel Moreau’

« La tâche la plus urgente, à notre époque, la tâche humaine par excellence, c’est de donner aux autres par la parole la confiance en eux-mêmes qu’ils n’ont pas, ou n’ont plus. Mais j’irai plus loin : il s’agit aussi, dans maintes circonstances, de mettre en confiance leurs mauvaises pensées. Car souvent, les mauvaises pensées ne sont pas aussi mauvaises que la morale voudrait nous le faire croire. Surtout chez les jeunes, dont les instincts sont révélés par l’image plus que par le texte, et se heurtent à des discours coupés de la vie. Ces mauvaises pensées s’enveniment à force d’être intransmissibles, dans un monde où le langage se referme sur ses clichés, ses présupposés, son catalogue de remèdes abstraits à la crise de l’esprit, alors que cette crise est inséparable de celle du corps. Elles manquent des mots qui les associeraient à la construction de la personnalité, à l’expansion de l’être. Ce sont des foyers d’âpre vérité, mais brûlant en vase clos, sans issue vers une parole capable de les exacerber en révolte, au lieu de les confiner en enfer. Leur inintelligibilité s’accroît de leur claustrophobie. Ne pouvant s’exprimer en passions légitimes, elles couvent des violences absurdes. Elles ne demandent pas à être innocentées, ces mauvaises pensées, elles demandent à être comprises. Comprises, leur chance de créer sera plus grande que leur risque de détruire. Les mettre en confiance, c’est leur apprendre qu’elles ne sont plus seules, sachant que c’est la solitude qui fait la virulence et dégénère en infection. Dans un tel contexte, le langage de l’amour se montre quasi impuissant. Surtout celui qui nous vient tout droit de l’amour abstrait de l’humanité. »

 

Marcel Moreau,

Morale des épicentres (2004)

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« La liberté est devenue le mot le plus prostitué de l’histoire des mots et l’Occident est son meilleur client. La liberté est la providence des fainéants, des parasites, des escrocs, des lâches, des mendiants, des médiocres, des assistés, des irresponsables et des dominateurs. La liberté est aujourd’hui, dans nos sociétés vermineuses, l’objection majeure à la liberté de l’esprit. Dans nos démocraties à genoux, la distribution de la liberté s’ordonne comme autant d’éléments épars d’un conditionnement global. La liberté pratiquée par des peuples ou des individus dont la vie intérieure n’est plus rien, sinon l’entonnoir par où s’engouffre la pléthore des invitations à n’être effectivement rien, tout ce que l’imagination moderne produit, à profusion, comme techniques de déliquescence, cette liberté-là a cessé d’être le modèle sur lequel eût pu se fixer le regard des enchaînés, en pays totalitaire. »

Marcel Moreau, Monstre (1986)

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Hommage à Marcel Moreau, à la librairie Quartiers latins, à midi, ce samedi 17 septembre 2016, à la faveur de la parution de son livre Un cratère à cordes. L’auteur s’entretiendra avec Christophe Van Rossom. Des lectures, effectuées par mademoiselle Émilie Pothion, viendront ponctuer cette rencontre.

 

« CORPS VERBAL dans CORPS CHARNEL, indissociables, écrivant ici présentement d’une  même main, au bout d’une bousculade d’impulsions dans le plus « pur » style des retournements d’entrailles, un LIVRE, après tant d’autres, d’égale mordacité, mais celui-ci, peut-être, peut-être, ayant en plus de vouloir dire quelque chose d’inouï, avant sa Mort, chtch, chtchchtch « 

 

marcel-moreau-avril-2015-par-sandrine-lopez

Marcel Moreau, vu par Sandrine Lopez, Paris, 2015.

 

« CORPS comme se « fanatisant » soudain de mots intraitables, à cette différence près que lesdits mots sont d’essence libertaire, tels les éléments d’une transcendance ne tenant pas en place, et calibrés pour s’opposer sans nuance au vocabulaire carcéral des discours concentrationnaires, pas si rares que ça si l’on songe aux faibles d’esprit qui trouvent matière à s’en fasciner durablement. »

 

Renvoyant dos à dos systèmes et idéologies, et vitupérant avec style contre les institutions qui affadissent, avachissent et neutralisent, l’œuvre violencelliste de Moreau semble l’expression toujours renouvelée d’un individu soucieux de convertir le tout de la chair en verbe, et de faire de ce verbe l’occasion d’une insurrection vibrante de la chair. Cherchant sa vérité dernière dans les tréfonds et les failles, si elle s’est longtemps définie comme un inhumanisme, peut-être cherche-t-elle davantage aujourd’hui à rendre à l’homme ce qui lui manque le plus : la volonté lyrique d’en être vraiment un, quand bien même ses secondes seraient-elles comptées. (suite…)

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Pour Marcel Moreau, Buveur de Déluges

 

Il n’est pas de révolte statique. Tout rythme est un commencement de révolte. Nous avons perdu non seulement tout sens de la réalité, mais, ce qui est plus grave, nous ne reconnaissons plus sa musique. Je parle de la réalité saignante, désirante, imaginante, jouante, jouissante.

 

Lorsque les idées deviennent générales, communes, je veux dire communément partagées, c’est-à-dire vulgaires, et qu’elle ne se composent que de clichés bien-pensants qui piaffent d’impatience au désir frauduleux de se calcifier en règles, en règlements, sinon en lois, voire en sacrements, FUIS. Fuis l’homme qui les porte à plus forte raison s’il les colporte.

 

Ne te laisse jamais cerner ou miner. (suite…)

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Le premier pas de l’intelligence consiste à se taire sur un sujet que l’on ne maîtrise pas largement ou sur une question que l’on n’a jamais pris le temps de mûrir et de méditer. Qui vit à l’écart a toute latitude pour s’accorder ce temps. Pour lire et pour penser, loin des bas calculs et des ambitions misérables. Il s’agit là d’un choix sacrificiel ou ascétique.  Démocrite s’installe soudain dans l’ombre des arbres et dans la proximité rafraîchissante du cimetière d’Abdère. Il empile à ses côtés de nombreux livres. Il observe le ciel et les étoiles. Se met à voir avec une acuité nouvelle. Il rit abondamment et ne regrette rien. (suite…)

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Ouvrage de Cicéron
Avec un an de retard, j’ai appris hier soir la mort de l’un de mes premiers maîtres. Sans lui, sans le latin et le grec, dont il m’a transmis le goût rigoureux pour la justesse de la lettre, je ne serais rien de celui que je suis devenu. Dans l’athénée où il professait, je ne sache pas qu’un seul de ses collègues aurait pu m’amener à l’amour continué où je me trouve, depuis ses premières leçons, pour la langue, le savoir et la poésie des Anciens.
Que dire?
Nous avons eu la chance de l’avoir pour professeur chaque année, de la première à la rhéto. Nous avons eu la chance de l’avoir pendant deux ans entiers, pendant neuf heures par semaine, pour professeur de grec et de latin. Nous avons eu le bonheur d’apprendre. Tout savoir procède de la joie et engendre la joie.
Il fut l’exigence. Il l’aimait. Philologue sourcilleux et encyclopédiste hétéroclite, il travaillait avec passion, éditait, commentait, critiquait, quand tant de visages ne puent que l’asservissement ou la tâcheronnerie. Sont incapables de donner pour la beauté du don. Il égratignait avec le même esprit qu’il lui arrivait soudain de saluer avec sérieux.

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« Quand le corps n’a pas la parole, c’est une mécanique. Quand il l’a, c’est une civilisation. »

Marcel Moreau

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