Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘Armes & bagages’

(En lisant L’Innomabile Attuale)

 

Nous avons créé un monstre sans équivalent, venimeux et multiple ainsi qu’une hydre. Sa menace croît chaque jour. Pondant abondamment, il dévore surtout les têtes, parfois même le crâne de ceux qui s’imaginent avertis. C’est le monde spectaculaire-marchand, hyper-médiatisé, devenu planétaire. La Spiritualité, le Sacré, le Savoir, l’Intelligence, la Pensée vagabonde, l’Art, la Beauté y sont proscrits. Ils sont des vestiges que l’on doit abattre ou des monuments qu’il y a lieu de travestir. Leur sorcellerie antique est l’ennemie.

Autour, alentour, cette pornographie des âmes et des corps n’est cependant pas du goût de tous. Des cauchemars géopolitiques s’esquissent ; de terribles réalités se préparent – quoi que nous fassions. Les indices s’accumulent, cependant que nous continuons de nous enliser dans un sommeil aux rêves formatés, frelatés. Est-il utile de rappeler que la démographie est l’unique loi et le seul tribunal ?

Je ne parle pas ici des justes qui font face à l’Hydre en ses marais indélimités et nauséabonds.

J’évoque ceux qui, se réclamant de la religion, se revendiquant de Dieu même, égorgent, asservissent et prostituent ceux qu’ils disent infidèles – militaires ou civils, hommes ou femmes, enfants et vieillards. Cette démence sacrificielle aux relents d’abattoir a été déjà définie, à un autre moment ; mais il est, pour le pire, des motifs récurrents. Les travaux du Collège de Sociologie sont des archives que plus personne ne consulte. Bataille et Caillois nous manquent tellement. (suite…)

Read Full Post »

Matin, pris en pleine gueule, dans le bouillon de la migraine qui détricote le regard et matraque la concentration. Lumière de poignard dans les yeux. Hallucinations olfactives. Avec les rêves étranges, là, qui parlent encore et exigent que l’on revienne à eux. Éveil mauvais. Deux heures désormais pour m’extraire de la gangue dure des drogues sans lesquelles je ne puis dormir. Et puis c’est la nuque qui vocifère ses quatre vérités arthritiques, et mon bras qui se refuse désormais à toute innocence, et cette cinquième lombaire qui irradie sa décrépitude douloureuse.

Je viens à toi, ô jour, parce que sur cette planète quelques Rares le méritent ; parce que la Beauté est rien moins qu’un mot vide. Je viens à toi parce qu’il y a lieu de poursuivre le combat, dans l’écart. Je viens à toi pour continuer de rencontrer le Temps, ma gnose demeurerait-elle sans écho.

Je viens à toi, ô nuit dans le jour et jour dans la nuit, pour honorer sans fin la caresse des Charités.

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

 

Read Full Post »

 

Septembre, longue dépression, longue pénitence, veille sombre. Et la situation, appelée à empirer. Et les bas consensus ; et les silences maudits!

Monde déshumanisé qui déchires la chair tendre et  la pensée généreuse comme chiens de guerre les hommes en sang,

Monde-Moloch, qui foules au pied l’intelligence et le savoir, me détournant de ta barbarie,  je ne trouve plus d’allié sur le chemin du maquis.

Des ossuaires, des tumulus, monuments d’anciennes batailles et de glorieux combats, scandent la route. Je puis encore déchiffrer des noms, des titres de gloire. Ils scintillent comme étoiles dans le noir cosmique. Le froid ne givrera pas mes pas. Il faut que je progresse. Ô l’ascèse difficile pour accéder au Temps!

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

 

Read Full Post »

En réponse à une question, en réponse à la catastrophe qui vient, qui est là, je retraduis la nuit dernière quelques vers de Juvénal. Le poème constitue la réponse au poème. Nul commentaire ne le vaut. Je devais simplement remettre les mots à leur place et les donner à entendre dans leur espace-temps.

Qu’est-ce que la onzième satura?

Colère et mépris devant le caractère répugnant des repas ostentatoires où se perd la dignité romaine. Discernement. Départ entre l’excès et la mesure. Juvénal aligne les rappels à l’ordre comme on assène des crochets décisifs. Ne jamais péter plus haut que son cul. Comprendre ce qui à chacun convient pour le bien de son être propre. Ce que devrait être un repas. Comment par ce bonheur conserver un ami. Loin du bruit malsain et de la dégueulasserie de (ce qui tend à) l’orgie, dîner avec lui, oui, mais en écoutant des vers de Virgile ou de l’auteur de l’Iliade. Tenir son âge et son rang, et faire front à la vulgarité, parce que l’on a œuvré jour après jour à se connaître. (suite…)

Read Full Post »

Les droites européennes, de plus en plus illettrées, s’embrouillent dans leur abécédaire. Dans quelle cave des Bourses mondiales a-t-on enfermé et bâillonné l’esprit de liberté, explorateur, inventif et audacieux? La flexibilité élevée au rang de credo, l’agenouillement devant les lois du marché et la prosternation devant des courbes statistiques sont des acrobaties ignobles.

Les pères fondateurs de la gauche émancipatrice se retournent tous dans la fosse où leurs amnésiques descendants ne cessent de les reléguer. La mauvaise conscience n’est leur fort que lorsqu’elle rapporte électoralement. S’il leur était donné de se lever, d’un mot ces libertaires désireux d’un élitisme pour tous foudroieraient la lâche médiocrité de leurs indignes héritiers, leur haine envers l’intelligence et leur indifférence à l’égard ce qui élève l’humain! Où drogue-t-on, avec leur pragmatique complicité, depuis plus de deux siècles, la recherche du bonheur?

La religion n’est pas la bienvenue. Jamais elle ne doit l’être, ne serait-ce que d’un pouce, là où l’homme propose à l’homme des lois. Les auto-proclamés Humanistes sont incapables d’épeler la première lettre de ce mot.

La bien-pensance autoritaire et assurée d’elle-même des instituteurs verts est d’une puérilité inouïe et souvent irrationnelle. Mais il n’est pas étonnant qu’elle fasse recette dans les bacs à sable où l’on nous cantonne. In tempore non suspecto, Roger Caillois nous enjoignait à nous défier de la chlorophylle. Avec cet art du contrepied merveilleux qui le caractérise, il précisait qu’il n’était rien de plus assassin que cette pourvoyeuse abondante en bactéries et en miasmes.

L’instruction et la culture, le discernement, la place centrale que les hautes époques ont consacré à la beauté, sont des nostalgies.

Qui se rend à Venise pour admirer sa mairie? Qui séjourne dans la ville dont l’autre nom est Amour pour visiter le siège central de la Banco di Roma?

Tous les réfractaires ne se valent pas. Gémir est lâcheté. Vociférer est dangereux. Administrer des leçons à distance relève d’une facilité coupable. (suite…)

Read Full Post »

Je ne connais ni le ressentiment ni la nostalgie. Il se trouve en revanche que ma mémoire est bonne. Ayant dilapidé mon héritage chrétien durant l’adolescence,  j’ai constaté que mes colères, souvent, se sont avérées justes conseillères et, de longtemps, Monte-Cristo est devenu mon maître en matière de stratégie.

Les Hwarang ouvrent nos vies à la beauté autant qu’à une sagesse  martiale. L’Art de la Guerre est un art poétique. Yves Bonnefoy écrit en 1953 : « Je t’appellerai guerre et prendrai sur toi les libertés de la guerre. »

Les airs composés par le Capitaine Tobias Hume rythment mes pas. Il advient qu’au seul nom de Jean Parisot de La Valette, l’émotion m’étreigne soudain la gorge. La silhouette de Michel de Montaigne à cheval, son épée au côté, se détache sur l’ombre des temps. L’épée de Casanova rendant justice au Chevalier de Seingalt insulté est une signature. Les poings d’Arthur Rimbaud ont eux aussi écrit des Poèmes.

Sun Tzu ne quitte jamais ma poche ou ma table de chevet. Il m’apprend à vivre en rendant coup pour coup au néant ennemi. À opposer à son haleine putride le souffle soulevant du Vide. À trancher la tête du courtisan qui prend le risque de ne pas comprendre. À frapper au cœur toute adversité imbécile.

Nos bouches, nos gestes, nos attitudes se ressemblent tellement aujourd’hui. Tout est toujours si prévisible.

Je n’appartiens qu’au cercle tracé par mon sabre sur le sable que déplacent les vents.

Armes & bagages, à paraître.

Read Full Post »

Il suffit que Rimbaud ait écrit pour que la Vie vaille que l’on se batte. Nul n’est obligé comme il le crut de déserter la Sainteté du Combat. Tout se paie de toute façon. Hölderlin devint fou. Mais je ne sache pas que nous parlions encore des régiments de limaçons qui furent leurs contemporains, au second puis au premier. Il n’est pas entièrement exact que l’Histoire ne retienne que le nom des vainqueurs. Il nous appartient à tous, à chaque moment, d’être là, éveillés, présents, actifs – loin de l’hypnose nécrotique des zombies protéiformes qui ne veulent de nous que la Ressemblance.

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages (à paraître).

Read Full Post »

Older Posts »