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Posts Tagged ‘malheur’

« C’est un grand malheur de se plaindre, mais le malheur d’un homme Béni est un pas vers le Bonheur quand il se Désole de la Corruption d’un monde Dégénéré et corrompu. »

Thomas Traherne

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Lundi soir, pas à pas sous la bruine, fous et malheureux errent, stagnent sur le pavé de l’humide Bruxelles. Je vois des êtres sans présent voués à un long enfer et une foule immense de touristes jouir de leur prison présente de pure pacotille. – Lesquels envier? Où que se porte mon regard, je vois les inégalités ne pas se donner la main.

Saloperie! Tu t’étais pourtant juré de ne pas t’avancer sur ce terrain-là, hors de portée des mots!

Sous son bonnet bleu nuit, je vois, j’entends un homme sans âge ronfler très fortement, assis dans la salle d’attente de la Gare Centrale. Une femme tricote sans laine. À ses pieds, sur un maigre sac, on peut déchiffrer le mot Liberty. Il y a un autre homme, très sale, incapable de se tenir assis, tout tordu littéralement, à un siège d’écart de deux Flamandes bavardes.

De plus en plus souvent, chacun croise dans les rues des gens qui parlent à voix dépenaillée. Je vois la douleur et l’abandon dans cette parole vacante et qui ne hèle personne. Il y a toutefois aussi des aboyeurs très rudes, très rauques, de tous horizons. Ils vous interpellent pour Dieu sait quoi, de l’abîme où danse leur raison.

De l’autre côté, se tient une barbe rectangulaire qui contemple sévèrement ce spectacle. La fraternité est un vain mot et sa signification s’est déjà avérée dangereuse. Plus d’une fois. Pas davantage que moi, il n’est en mesure d’agir face cette addition de misère. – Comment, d’ailleurs? Mais a-t-il perçu les mêmes vibrations que moi ; et quelles conclusions en tire-t-il?

Oserais-je écrire, sans que le désir me vienne que l’on me crache au visage, qu’il est des phrases qui pensent aux gens de rien et de nulle part, et qu’elles ne cessent de méditer notre avenir commun?

Ce peu est mon écot à la souffrance qui croît.

Arrête, arrête ce jeu, tu pues la damnation!

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître, 2020. 

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Les trains, la vitesse, la babélisation de nos mondes atomiques, les paysages qui flambent dans l’instant, le dépenaillé de l’époque, la hideur et la grossièreté, les babillages narcissiques même, inspirent. Éclaté, je ne puis nier l’éclatement. Nonobstant, c’est toujours l’éclat que mon doigt cherchera, inquiet, gourmand – souvent la main saignante.

Sur ces mers, je navigue presque chaque jour, m’inquiétant du gréement et du pont, des vents et des cartes rares, cependant qu’autour de moi les yeux quêtent des oiseaux, un rivage. La maigreur n’enseigne rien. La faim, la soif attirent d’illusoires vautours, désireux d’accuser. Il convient de ne céder en rien, jamais, aux sycophantes.

Apprends que tes compagnons disposent tous d’un poignard, d’un sabre ou d’un pistolet. Il n’est pas assuré que c’est vers l’ennemi, le moment venu, qu’ils tourneront leurs armes. Le ciel est tissé d’aigreurs et d’amertume. Tes alliés, au reste, se détestent entre eux.

Plus que les paysages, ce sont des signes que tes yeux scrutent. Une plaque pendouillante où se devinent encore, blanc sur fond bleu nuit, quelques lettres, se dresse comme un espoir sur les villes agonisantes.

Il advient que je distingue furtivement un cours d’eau.

Tout fleuve, en amont, prononce le nom secret, ou oublié, de sa source. Je ne l’oublie jamais. Au sein de l’éclair, il faut longuement guetter. Tendre l’oreille avec une infinie patience. Sur un quai nocturne, une silhouette noire progresse vers moi. Giacometti m’adresse la parole. Je n’ai pas rêvé cette scène.

Si je dis le malheur, je ne pense qu’à la joie – au grand feu d’être où tout brûler produit rien moins que des cendres.

 

Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

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