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Posts Tagged ‘jeu’

Lundi soir, pas à pas sous la bruine, fous et malheureux errent, stagnent sur le pavé de l’humide Bruxelles. Je vois des êtres sans présent voués à un long enfer et une foule immense de touristes jouir de leur prison présente de pure pacotille. – Lesquels envier? Où que se porte mon regard, je vois les inégalités ne pas se donner la main.

Saloperie! Tu t’étais pourtant juré de ne pas t’avancer sur ce terrain-là, hors de portée des mots!

Sous son bonnet bleu nuit, je vois, j’entends un homme sans âge ronfler très fortement, assis dans la salle d’attente de la Gare Centrale. Une femme tricote sans laine. À ses pieds, sur un maigre sac, on peut déchiffrer le mot Liberty. Il y a un autre homme, très sale, incapable de se tenir assis, tout tordu littéralement, à un siège d’écart de deux Flamandes bavardes.

De plus en plus souvent, chacun croise dans les rues des gens qui parlent à voix dépenaillée. Je vois la douleur et l’abandon dans cette parole vacante et qui ne hèle personne. Il y a toutefois aussi des aboyeurs très rudes, très rauques, de tous horizons. Ils vous interpellent pour Dieu sait quoi, de l’abîme où danse leur raison.

De l’autre côté, se tient une barbe rectangulaire qui contemple sévèrement ce spectacle. La fraternité est un vain mot et sa signification s’est déjà avérée dangereuse. Plus d’une fois. Pas davantage que moi, il n’est en mesure d’agir face cette addition de misère. – Comment, d’ailleurs? Mais a-t-il perçu les mêmes vibrations que moi ; et quelles conclusions en tire-t-il?

Oserais-je écrire, sans que le désir me vienne que l’on me crache au visage, qu’il est des phrases qui pensent aux gens de rien et de nulle part, et qu’elles ne cessent de méditer notre avenir commun?

Ce peu est mon écot à la souffrance qui croît.

Arrête, arrête ce jeu, tu pues la damnation!

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître, 2020. 

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« À mon avis, pour trouver la réalité, il faut explorer nos propres univers pour y découvrir les détails qui font cette réalité que l’on ressent au fond de soi. Être un artiste signifie rechercher, trouver et observer ces réalités. Être un artiste signifie ne jamais détourner le regard. »

Akira Kurosawa

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Le jeu seul, où l’on perd souvent, ne déçoit pas.

Si peu gnostique que l’on soit, on ne peut croire longtemps au pouvoir des archontes et à l’illusion où il croient nous tenir.

Je manipule des petites figurines en plomb que je fais évoluer en enfer. Ceci n’est pas une image. Lorsque je joue avec la gravité légère d’un enfant, j’échappe à la prison.

La pensée libre me paraît moins suspecte que toutes les libres-pensées autoproclamées,  autosatisfaites, repues. Jouant, je l’exerce dans le plaisir. Jouant, je quitte toute défroque susceptible de me laisser cataloguer ou de me prendre au sérieux. Jouant, je me faufile dans l’une des sphères du Temps.

Le jeu est l’unique point commun entre l’art, le sacré, la poésie, l’érotisme, l’humour, « l’enfance retrouvée à volonté ».

J’entends les voix de Caillois et de Huizinga, délicatement recouvertes par la conversation infinie que Nietzsche a initiée avec Bataille.

Jean de La Fontaine range ses dés et hésite : les cartes ou le damier?

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, inédit.

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