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D’un côté, la Folie siffle, la Mort sifflote de l’autre.

S’éloigner de ce monde flasque dont la protéiforme et rhizomateuse veulerie rend malade. Oublier quelques heures ce monde vulgaire, obsédé, brutal, implacable, redevenu sauvagement néolithique.

Quelles portes ma lâcheté me laisse-t-elle? Y en a-t-il? Oui, je le crois.

Je lis ; je m’efforce de laisser de la place à la musique pour m’irriguer tout entier ; je contemple des tableaux. Je ferme les yeux, me donnant pour tâche d’aller là où je deviens inaccessible. Je songe au Paradis, je le caresse du bout des doigts.

Mais force est de constater que j’achève mon existence dans un monde perdu. Lettré, je me trouve sans plus personne à qui parler. J’ai des questions, peut-être l’une ou l’autre réponse, mais où trouver un interlocuteur véritable, ô Montaigne et vous, Charles Baudelaire, sous le signe douloureux de qui je vis et ressens de plus en plus?

Terre gaste, armures vides. Sordides intérêts ; parasites ; adulescence ; trottinettes. Parcs grillagés et fêtes frauduleuses qui offrent aux humains l’illusion de la gaieté, de la confraternité et des libertés supposément conquises. Je les vois se réjouir, vite, de crainte que la peur et le vertige du vide ne reviennent les envahir. Cela les tient-il chauds dans le néant glacé de ce monde? Oublient-ils la fatigue de leur corps et l’absence qui leur tient lieu de visage lorsque je les croise dans le métro?

– Je ne puis plus les comprendre : comment ne voient-ils pas les évidences noires?

Fenêtres qui ne s’ouvrent plus. Établissements dont les escaliers s’écroulent. Institutions insensées qui tètent nos heures libres ainsi qu’atroces et insatiables nourrissons. Absurdité labyrinthique des règlements, obscurité des priorités. Grossièreté généralisée, parfois devenue inconsciente. Démon de la reproduction irréfléchie. Compromis ineptes et pactes nauséabonds.

Effondrement. (suite…)

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Je marche dans l’air du premier novembre. Le sel des morts l’habite. Quelle quantité de sénevé recueillir dans tout ce sel qui sent la poudre et la terre? Dans dix jours, nous célébrerons, pour ceux qui savent encore l’Histoire, l’armistice d’une boucherie abjecte, entre des milliers d’autres. Qui, pour écouter la voix des ombres?

L’air est fort, pesant. Pour peu, il m’écraserait sur le sol. Un peu d’humilité, en effet! La théologie ne se trompe que ponctuellement, sinon sur le plan métaphysique. Structurellement, ses spéculations les plus tordues ne sont pas fausses. Qui est capable de humer l’air du temps, de contempler le visage de l’un de ses contemporains, de surprendre sa conversation, de lire ce qui se publie, le constate aussitôt.

Je suis entré dans cette journée en tombant presque aussitôt en syncope. Comment la quitterai-je, sinon en regagnant les limbes et les portes auxquelles ces dernières ouvrent. Nuées au sein desquelles j’ai erré en fin de nuit, très entravé par des impedimenta multiples, tentant de sauver un ami, sachant par ailleurs pertinemment que je l’avais perdu. – Oh! combien troublante, la polysémie de cette voie active, qui tombe de ma plume, comme cingle la pluie derrière la vitre de mon compartiment. – Ou comme cette femme enfin, d’aucun âge, toute de noir vêtue, des pieds jusques à la tête, entr’aperçue dans une salle d’attente, rougeaude, triste, presque penaude, et qui semblait avoir été déposer, la matinée durant, dans plusieurs cimetières, des fleurs. Des chrysanthèmes, disons, mais dont ne lui restait plus même un vague effluve d’espoir…

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître, 2020.

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