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Posts Tagged ‘Ulysse’

 

Je ne suis jamais si près d’entendre le chant des Sirènes que lorsque j’écoute sans fin, médusé et jouissant, les vocalises de Marie Laforêt. Avec elle, s’est évanouie dans l’air subtil l’une des dernières déesses, peut-être la toute dernière Reine-Sorcière à avoir foulé de son pied léger, assuré et fou à la fois, notre planète. Je n’ai pas pleuré à la nouvelle de sa disparition ; pour dire le vrai, j’étais alors trop occupé de moi-même ; je me suis senti comme en faute. Un pourceau. Un pourceau sous le tect, aveugle et sourd, fautif de n’avoir jamais donné son attention à Circé. De sorte que voici deux mois qu’il n’est pas un jour sans que je m’efforce de poser des mots sur ce que la beauté surnaturelle et la fantaisie et la tristesse digne dissimulaient. J’y travaille encore ; je ne pense pas arrêter avant que le souffle à mon tour ne me quitte. Je ne m’explique pas pourquoi cet être et cette voix me touchent aussi profond. J’aimerais savoir. Peut-être alors commencerais-je à me connaître, ainsi qu’Ulysse à lui n’advient que grâce aux femmes. Errant parmi les asphodèles, j’éprouve combien le visage d’une païenne splendeur et l’âme catholique de Marie Laforêt me font défaut. Rien n’est plus déroutant que l’absence. Sans nymphe royale, quel sens aurait la terre?

 

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Fractales

Tout est comme un papyrus déchiré, un fragment : l’espace vide troisième dimension – et ce qui reste d’une éloquence, une force, à faire trembler.

 

Cristina Campo[1]

 

Criez court et vous serez peut-être secourus…

          Georges Henein[2]

I

Mais seulement les atomes, et le vide entre les atomes, affirmait Démocrite.

Ce que nous imaginons constituer une surface plane ou une sphère sans aspérités ni béances, à la lumière physique relève d’une galaxie composée de milliers d’astres et de planètes, séparés par des milliers, des millions, des milliards de kilomètres. Fragments de matière et peut-être de vie, sans lien entre eux sinon le vide cosmique qui les sépare.

Nulle étoile ne scintille sans la nuit.

Le blanc joue avec les phrases qui composent le fragment.

Les phrases sauvent. Les phrases rendent à la vie. (suite…)

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Cercle, de Yannick Haenel, L’Infini, Gallimard, Paris, 2007.

            Il existe un courage bizarre qui vous pousse à détruire vos habituelles raisons de vivre, écrit Yannick Haenel dès les premières pages de son nouveau roman, intitulé Cercle. C’est un courage d’abîme et de lueurs, le courage des solitudes brusques, celui qui accompagne les nouveaux départs.

            Un matin, en effet, au lieu de prendre son train de 8h07, Jean Deichel, le narrateur (clin d’œil de l’auteur à celui qui fut déjà l’évadé d’Introduction à la mort française) décide de renoncer à se rendre sur son lieu de travail et à retrouver ses anciennes habitudes. Une phrase, qu’il se répète comme un mantra, le hante et le convainc qu’une autre existence est à portée de main : c’est maintenant qu’il faut reprendre vie. Dès lors, semblable à un Ulysse moderne (les échos à Homère comme à Joyce sont ici nombreux), Deichel va se mettre à errer dans Paris. D’extase en extase, il redécouvre le monde, de même qu’il se met à nommer et à formuler. Tout proche du vide, il est désormais en mesure de s’emplir des présents que la ville, les femmes, les livres, l’art et la culture font pleuvoir sur lui. Au fond, il a cessé d’être un mort-vivant pour commencer à vivre. (suite…)

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