Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘Proust’

Fractales

Tout est comme un papyrus déchiré, un fragment : l’espace vide troisième dimension – et ce qui reste d’une éloquence, une force, à faire trembler.

 

Cristina Campo[1]

 

Criez court et vous serez peut-être secourus…

          Georges Henein[2]

I

Mais seulement les atomes, et le vide entre les atomes, affirmait Démocrite.

Ce que nous imaginons constituer une surface plane ou une sphère sans aspérités ni béances, à la lumière physique relève d’une galaxie composée de milliers d’astres et de planètes, séparés par des milliers, des millions, des milliards de kilomètres. Fragments de matière et peut-être de vie, sans lien entre eux sinon le vide cosmique qui les sépare.

Nulle étoile ne scintille sans la nuit.

Le blanc joue avec les phrases qui composent le fragment.

Les phrases sauvent. Les phrases rendent à la vie. (suite…)

Read Full Post »

Eloge du labyrinthe infini

Un portrait de Roger Caillois (1913-1978)

Roger Caillois

Proust affirmait tenir l’intelligence pour peu de chose. Il disait s’en méfier. Roger Caillois se méfia aussi. Toute sa vie. Mais pas de l’intelligence.

Actif dès l’adolescence auprès de Roger Gilbert-Lecomte et de René Daumal dans la mouvance du Grand Jeu, membre du groupe surréaliste mais bientôt réfractaire à son absence de rigueur et de discernement, Caillois fonde avec Bataille et Leiris le Collège de Sociologie peu avant la guerre. Passionné par les mythologies, l’éthologie, les jeux, les représentations et les formulations du sacré, il sera aussi le premier passeur de Borges en Europe. (suite…)

Read Full Post »

On lit La Recherche à vingt ans. On admire la beauté de sa langue et de son architecture. Peut-être la finesse de l’analyse des sentiments.

On la relit à quarante, on se met à comprendre ce que Proust a compris. Nous vieillissons et, pire, l’époque mue, mute, abandonne derrière elle tout ce que aimons. Déjà, nous ne sommes plus de ce monde. (suite…)

Read Full Post »

Sur la poésie, aujourd’hui

Trialogue

 

Dans une lettre adressée à sa femme en 1779, Sade écrit : « Que veux-tu que l’on fasse sans livres ? Il faut être entouré de livres pour travailler, sinon on ne peut faire que des contes de fées, et je n’ai pas cet esprit-là. » Le poète non plus sans doute n’a guère cet esprit-là, pas davantage qu’il n’écrit la tête errant entre les nuages. Pas un poète, digne de ce nom, qui ne soit un remarquable lecteur. Quel rôle joue la Bibliothèque dans votre travail quotidien, dans l’élaboration de vos poèmes ?

 

Jean-Paul Michel – Rien comme un livre n’appelle un livre en réponse. La Bibliothèque, c’est « le corps certain », la jauge. Elle atteste la sédimentation, irrécusable, de tant d’« impossible », pourtant là, précisément actualisé. La Bibliothèque fait obligation à l’auteur de tenir devant l’éclat des Phares. Elle est l’incitamentum d’un grand nombre de mouvements d’écriture, appelés avec nécessité comme autant de « réponses » qu’il nous est expressément enjoint d’apporter à notre tour, notre moment, sur la longueur d’onde unique de retentissement de l’expérience qui peut vibrer dans une voix. N’était la Bibliothèque, la « niaiserie affairée », qui est, dit Kant, « le caractère de notre espèce », l’emporterait sans rencontrer bien grande résistance. (suite…)

Read Full Post »

Borges, de loin – de Christian Garcin[1]

  

Il y a, à Adrogué, « une vaste demeure à l’odeur de chèvrefeuille, entourée d’un long mur rose », comme il y a une bibliothèque, celle du père – bibliothèque dont on ne sort sans doute jamais. Il y a Jorge Luis Borges, et il y a l’autre, sur qui l’on écrivit et ne cesse d’écrire, que l’on reçut, honora et continue d’honorer comme l’auteur d’une des œuvres majeures du siècle dernier. Celui qui est devenu à son tour personnage de fictions[2] et prétexte à légendes. Il y aussi un tigre qui traverse toute une vie, quelques regrets discrets, pudiques, et d’infinis jeux d’échos, de miroirs, de correspondances, le tout composant un vaste dédale ironique et érudit.

Afin de ne pas répéter, afin de ne pas s’empêtrer dans des commentaires, stériles ou décevants, Christian Garcin a choisi plutôt de s’établir dans la distance propre à l’admiration, c’est-à-dire dans le jeu. Plutôt que de parler de Borges, ou sur l’œuvre de Borges, fasciné par le mur rose auquel toute sa vie l’Argentin resta attaché, il préfère rôder autour et alentour. Appuyer ou souligner les mystères, les flous, les légendes. Mais aussi, principe de la collection oblige, rappeler les raisons personnelles de son goût pour l’auteur des Fictions. Cela aurait pu être Kafka, sûrement ; cela aurait pu mieux encore être Faulkner (traité par ailleurs merveilleusement par Pierre Bergounioux dans la même collection) ; mais c’est la figure de Borges qui a surgi, finalement, comme une évidence, pour désigner l’autre nom peut-être de la littérature au XXème siècle. (suite…)

Read Full Post »

Louis-René des Forêts, … ainsi qu’il en va d’un cahier de brouillon plein de ratures et d’ajouts…, Ostinato, fragments inédits accompagnés de vingt-quatre dessins originaux de Farhad Ostovani, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 2002.

 

A l’origine : un projet. Celui des Editions William Blake & co. de réunir au sein d’un même volume des dessins du peintre Farhad Ostovani, déjà salué par Yves Bonnefoy, et un texte de Louis-René des Forêts. Malheureusement, le décès de l’écrivain devait empêcher de le mener à bien. Sous un titre qui évoque à merveille l’humilité et le rythme de l’écriture de des Forêts, on trouvera néanmoins ici, un bien bel ensemble puisque y dialoguent des fragments inédits du grand œuvre de l’auteur de La Chambre des Enfants et des croquis de d’un mûrier, tout vibrants de la sève même de la vie, signés par Ostovani. Au plaisir de la lecture s’ajoute ainsi l’émotion de suivre un grand artiste d’aujourd’hui dans une quête qui n’a décidément rien à voir avec une affirmation péremptoire de plus de mirages formels qui  s’enchantent de leurs propres virtualités. (suite…)

Read Full Post »

I

Quand il s’embarque à Marseille, en décembre 1842, pour son fameux voyage en Orient, qui durera un peu plus d’un an, Nerval n’est plus un jeune homme, seulement en quête de fraîcheur et d’exotisme, d’érotisme facile ou de parfums sucrés et chauds. Après déjà quelques séjours en Europe – Italie, Allemagne, Autriche, Belgique – il a su tirer pas mal d’enseignements de ses errances. Il sait que l’on ne voyage pas forcément pour commercer ou pour accumuler des souvenirs d’horizons ou de cieux différents, éventuellement dans la perspective pragmatique d’en faire un livre. Et, s’il est vrai, sans doute, qu’il quitte sans pincement au cœur la France et Paris, où il a essuyé échecs et désillusions, ce qui a pu conduire certains à considérer son départ comme une forme de fuite, Nerval ne part pas pour autant sans un projet précis en tête, un peu fou peut-être, mais qu’il estime nécessaire pour élever sa pensée et sa poésie à un plus haut degré de vérité. (suite…)

Read Full Post »

Older Posts »