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« Je n’ai vu monstre et miracle au monde plus exprès que moi-même : on s’apprivoise à toute étrangeté par l’usage et le temps ; mais plus je me hante et me connais, plus ma difformité m’étonne, moins je m’entends en moi. »

Montaigne

« Si vous abattez les murs qui confinent votre vision, et si l’immensité et son incertitude sans fin vous inspirent la peur, alors l’ancienne stupeur, dont le messager est l’oiseau blanc, s’éveille en vous. Là, dans le tourbillon du chaos, loge l’émerveillement éternel. Votre monde commence à devenir merveilleux ! L’homme n’appartient pas seulement à un monde ordonné, il appartient aussi au monde des merveilles de son âme. »

Carl Gustav Jung

« Le spectacle, bien que de nature à séduire le public, est tout ce qu’il y a d’étranger à l’art et de moins propre à la poétique. »

Aristote

Aux tirs continus des mortiers du néant, la poésie doit s’efforcer de répondre par de vénitiennes salves de feux d’artifice, adresse aux cieux sombres des seules beautés susceptibles de les faire rayonner.

« La sagesse est une graine qui se récolte auprès d’un homme vieux. »

Vieux proverbe africain

« L’art de la civilisation consiste à allier les plaisirs les plus délicats à la présence constante du danger. »

Stendhal*

* Lisant Sylvain Tesson, je découvre cette citation de Beyle, que le Français a transcrite de Chatwin, lequel avait  déniché cette dernière chez Jünger. Ô vertige de l’émerveillement des lettrés! Ô les arbres aux branches innombrables!

Le monde est une étrange chose, oui, Molière. La crédulité tend la main au mensonge ; ils forniquent, et voici la pressante et pressée opinion qui paraît. Merci de ton secours pour clarifier l’épaisseur des nuées, Valéry.

Les plafonds s’effondrent et me laissent en vie. Le vide anime ma marionnette. Nous allons, elle et moi, en haillons, en aveugles, sur la terre gaste.

Le ciel, de longtemps dévoyé, s’étrécit.

Il n’éclaire plus ni la chasse ni les guerres.

Les terres de maléfice se multiplient. Les grandes plaines sont profanées.

Notre pied le plus valide – merci, ô Oedipe, pour tes leçons, d’où coule encore du sang – ne peut hésiter nonobstant les dangers. Dehors, la nuit est indécise. Dehors la nuit est mauvaise pour les paucitaires.

Et pourtant.

Et pourtant.

À qui s’en remettre, fors Orion?

Je ne m’adresse qu’aux aguerris.

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître, 2021.

« Le courage croît à force d’oser, la peur à force d’hésiter »

Publilius Syrus

« Il se plaçait dans la filiation des géants Dullin, Pitoëff, Jouvet, Bouquet. Ceux qui demandent de servir le texte et non pas de se servir du texte. Ce n’est pas rien d’être un grand professeur. Cinquante ans après, ce qu’il m’a appris me poursuit encore. C’était un maître à l’ancienne. On se levait quand il arrivait à son cours. Aujourd’hui je m’incline avec gratitude devant celui à qui je dois tant. »

Fabrice Luchini

Marcel Moreau est mort ce samedi 4 avril 2020, dans un EHPAD, à Bobigny. Du coronavirus, écrit-on dans la presse. Il était mon ami. Beaucoup écrit sur lui, sur ses livres, sur son verbe. Les circonstances sont telles que je n’aurai pu le voir une dernière fois. On ne sait jamais quand on embrasse pour la dernière fois qui l’on aime. Ses obsèques seront très esseulées. Un caveau l’attend au Père Lachaise. La citation qui figurera sur sa tombe est sublime. Normal : c’est lui qui l’avait composée à cette intention : « Je suis heureux pour la première fois de ma mort. »