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« Lorsque la mort, le pillage, l’incendie, l’extermination campent à votre porte, que Dieu Lui-même faillit à préserver la vie de tous ceux qui L’implorent, égorgés en plein coeur des mosquées, des églises et des synagogues, qu’Il faillit même à protéger Ses Livres saints, ceux que lui-même auraient dictés (quand, deux générations plus tôt, pendant la prise et le pillage de Boukhara, Gengis Khan arriva devant la grande mosquée, il y pénétra à cheval et fit remplir d’avoine à l’intention de ses chevaux les coffres ouvragés contentant le Coran et rien ne bougea sur la terre ni dans les cieux, aucune étoile ne s’éteignit, aucune source ne se tarit, nul séisme ne secoua le sol), quand le ciel fait ainsi cruellement défaut, que seuls règnent sur la terre le silence de Dieu et Son indifférence, que reste-t-il d’autres à faire que de se réfugier dans les mirages et les exorcismes de l’art, d’historier portails et façades, de couvrir murs et coupoles de céramiques bleues pour tenter d’embellir ce qui reste du monde? Quand les prières sont inutiles, quand toutes les supplications sont vouées au néant, quand nul ne vous écoute ni ne perçoit vos cris, ni sur terre ni au ciel, que faire d’autre que d’inventer de nouveaux cieux, des cieux factices, certes, mais parées de faïence et d’azur, des cieux humains, ceux-là, mais au moins proches et présents, face à la désertion et à la cruauté du ciel divin? »

Jacques Lacarrière

La poussière du monde (1997)

« Un jeune enfant, sur son pot, s’efforçait.
Moralité :
Le petit poussait. »

Alphonse Allais

« Le passé est un futur qui est déjà arrivé. »

Bruce Sterling

 

Danielle de Niese en Cléopâtre

Cléopâtre, dans Giulio Cesare de Haendel, en 2007

 

Le chant sauve. Il y a donc lieu de saluer passionnément ceux et celles qui chantent.

 

La beauté aime la beauté. Le don appelle le don. Le Temps resplendit.

 

Avez-vous entendu chanter et vu chanter Danielle De Niese? Un dictionnaire vous est-il utile pour saisir le sens du mot enchantement?

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Qu’est-ce que la gnose ?

À cette question improbable,

Je réponds que c’est :

Préférer connaître à croire.

Jouer et déjouer.

Faire le pas de côté, sans tarder.

Laisser le Démiurge tirer les fils

Des marionnettes consentantes.

Écouter ce que le langage dévoile

Au revers du langage.

Porter la Parole comme feu.

Savoir que la Parole n’est

Pas le Langage.

Ne pas appartenir.

Ne pas consentir à ce qui est.

Voir, à chaque instant, la prison.

Rire de toutes les impostures,

Comme Jésus, assistant dans la foule,

Hilare, à son crucifiement.

Renverser, subvertir.

Donner le change en mage,

Pour mieux échapper.

Quitter toute foi

En une vie sociale.

Je veux dire :

Lire, méditer, aimer.

Vivre, non pas ici – mais .

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

Dans la Chine ancienne, les Censeurs impériaux étaient des mandarins. Le travail de ces hauts fonctionnaires indépendants consistait à critiquer, au moyen de notes argumentées, la totalité des lois, décrets, décisions du Fils du Ciel. Leur dignité les protégeait de ses foudres. La sagacité, la rigueur, le savoir, l’intelligence étaient honorés. On savait leur travail organiquement nécessaire au choix final du Maître de 10.000 ans, lequel ne pouvait les ignorer. Cette dictature théocratique souffrait la contradiction davantage que nos démocraties égalitaristes, communautaristes et culpabilisantes.

 

© Christophe Van Rossom, Armes  & bagages  (à paraître)

« Time is the Essence
Time is the Season »

Blue Öyster Cult

Burning for you (1981)

« Je n’écris pas pour dire ce que je pense, mais pour le savoir. »

Emmanuel Berl

« Écrire est un acte religieux, hors de toute religion. Écrire, c’est accepter d’être un homme, de le faire, de se le faire savoir, aux frontières de l’absurde et du précaire de notre condition. Ce n’est pas croire, c’est être certain d’une chose indicible, qui fait corps avec notre fragilité essentielle. »

Georges Perros

 Papiers collés, II

Nous pensons avec des mots qui s’articulent au sein de phrases. Que savons-nous des mots? L’étymologie se meurt. Comment croire à nos phrases?

Affirmer penser sans savoir ce que peuvent et ne peuvent pas les mots est le plus venimeux péché.

Pourquoi, dans notre histoire, a-t-on tant voulu éloigner la parole des sophistes? De quoi avions-nous peur?

Il faut laisser la part maudite de la langue s’exprimer en nous, avec nous, par nous.

Filet de bave sapide, un peu de vérité coule alors parfois de nos lèvres décousues.

 

(Pour Pascal Quignard)

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages (à paraître)