« La vie consiste à planter les talons dans le sol pour ne pas être entraîné par les courants. »
La prière est un rejeton de la douceur et de l’absence de colère.
La prière est le fruit de la joie et de l’action de grâces.
La prière est l’exclusion de la tristesse et du découragement.
Si tu aspires à prier, renonce à tout pour obtenir le tout.
Celui qui prie en esprit et en vérité ne glorifie plus le Créateur à partir des créatures, mais c’est de Dieu même qu’il loue Dieu.
Si tu aspires à prier, ne fais rien de tout ce qui est incompatible avec la prière, afin que Dieu s’approche et fasse route avec toi.
Ne te figure pas la divinité en toi quand tu pries, ni ne laisse ton intelligence subir l’impression d’aucune forme ; mais va immatériel à l’immatériel, et tu comprendras.
Heureux le moine qui tient tous les hommes pour Dieu, après Dieu.
Heureux le moine qui regarde le salut et le progrès de tous comme le sien propre, en toute joie.
Moine est celui qui est séparé de tous et uni à tous.
Est moine celui qui s’estime un avec tous, par l’habitude de se voir lui-même en chacun.
Quand tu seras parvenu dans ta prière au-dessus de toute autre joie, c’est alors qu’en toute vérité, tu auras trouvé la prière.
Évagre le Pontique
(346-399)
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Non sans un peu d’amertume logique,
Je pense que les mots essentiels
Qui m’expriment, se trouvent dans ces pages
Qui ne savent pas qui je suis, et non
Dans celles que j’ai écrites. Sans doute
En est-il mieux ainsi.
Les voix des morts
Me diront pour toujours.
Jorge Luis Borges
La Rose profonde (1975)
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– A Kénalon II, de Jacques Crickillon, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2005.
Au-delà de ma mort, qui va venir, qui doit être, absolument, une mort du retour en force, au-delà et de dedans, le glacial parcours du serpent, je vous chanterai des noms de vous glanés sur le chemin de mort, nominations de votre miracle, cailloux blancs de Petit-Couteau, j’irai sur des falaises accrocher mes belles images et ce sera : Lorna : enfance et fin de monde.
Dans ces mots que l’on devine fiévreux, les deux grands pôles qui aimantent la sphère-monde de Kénalon : le face-à-face avec la mort – non seulement celle, physique, qui vient, mais aussi celle, spirituelle, qui gangrène notre temps – et le chant d’amour, continué, renouvelé à celle seule qui donne sens à la vie, à la pensée et à l’œuvre du poète. Car Kénalon, dont Jacques Crickillon nous invite ici à poursuivre la découverte, entre fascination et péril, s’avère une conjonction proprement ambivalente de forces, de tropismes, de tensions, de désirs, laquelle se dessine, un peu plus que dans À Kénalon I, comme le cœur même, secret, d’une démarche poétique initiée depuis près de quarante années maintenant. Entre songe et réalité, spéculation et dénonciation, le poème esquisse sous nos yeux un espace et un temps autres. Ici, en exoderie, les saisons n’ont plus lieu ni cours. On couve sa fièvre. On recueille le fruit. On a froid de bonheur comme l’oiseau de neige de nuit. L’essentiel est difficile autant que bien fragile. Il ne peut être confondu avec nos activités de diurnes. Il ne peut même être associé à la littérature, qui selon le poète ne se contente de flatter que les terrasses ventripotentes du bas. Lire la suite »
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Les droites européennes, de plus en plus illettrées, s’embrouillent dans leur abécédaire. Dans quelle cave des Bourses mondiales a-t-on enfermé et bâillonné l’esprit de liberté, explorateur, inventif et audacieux? La flexibilité élevée au rang de credo, l’agenouillement devant les lois du marché et la prosternation devant des courbes statistiques sont des acrobaties ignobles.
Les pères fondateurs de la gauche émancipatrice se retournent tous dans la fosse où leurs amnésiques descendants ne cessent de les reléguer. La mauvaise conscience n’est leur fort que lorsqu’elle rapporte électoralement. S’il leur était donné de se lever, d’un mot ces libertaires désireux d’un élitisme pour tous foudroieraient la lâche médiocrité de leurs indignes héritiers, leur haine envers l’intelligence et leur indifférence à l’égard ce qui élève l’humain! Où drogue-t-on, avec leur pragmatique complicité, depuis plus de deux siècles, la recherche du bonheur?
La religion n’est pas la bienvenue. Jamais elle ne doit l’être, ne serait-ce que d’un pouce, là où l’homme propose à l’homme des lois. Les auto-proclamés Humanistes sont incapables d’épeler la première lettre de ce mot.
La bien-pensance autoritaire et assurée d’elle-même des instituteurs verts est d’une puérilité inouïe et souvent irrationnelle. Mais il n’est pas étonnant qu’elle fasse recette dans les bacs à sable où l’on nous cantonne. In tempore non suspecto, Roger Caillois nous enjoignait à nous défier de la chlorophylle. Avec cet art du contrepied merveilleux qui le caractérise, il précisait qu’il n’était rien de plus assassin que cette pourvoyeuse abondante en bactéries et en miasmes.
L’instruction et la culture, le discernement, la place centrale que les hautes époques ont consacré à la beauté, sont des nostalgies.
Qui se rend à Venise pour admirer sa mairie? Qui séjourne dans la ville dont l’autre nom est Amour pour visiter le siège central de la Banco di Roma?
Tous les réfractaires ne se valent pas. Gémir est lâcheté. Vociférer est dangereux. Administrer des leçons à distance relève d’une facilité coupable. Lire la suite »
Publié dans Macles | Tagué Armes & bagages, Épicure, Démocrite, Roger Caillois | Leave a Comment »
« L’œuvre dramatique, qu’elle soit tragique ou comique, a deux finalités : « connais-toi toi-même » et « deviens toi-même ». »
Edward Bond
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« Je souscris à l’ambition de fixer des vertiges. Je me garde seulement d’oublier combien il est plus facile d’éprouver un vertige que de le fixer, qui est privilège de l’art, en l’occurrence d’une alchimie du verbe. »
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La coolitude bat son plein. On vit une époque formidable. Que le Gros Animal ne craigne rien, belle becquée lui sera donnée chaque jour !
Dans la foulée des cafés philo, des bars à sieste ou à chicha et autres restos concept, voici aujourd’hui que s’invitent dans nos villes citoyennes les cafés Ménopause – où aucun sujet ne sera tabou, nous assure-t-on.
J’attends les bars à rectum où l’on pourra – enfin! – s’enfiler sans fausse pudeur, après avoir garé son Villo.
© Armes & bagages (à paraître)
Publié dans Mauvaises pensées | Tagué Muray | Leave a Comment »
Rêve abstrus d’un séjour d’études à l’étranger, en un pays où soudain des Nazis prennent le pouvoir. Mes souvenirs me trouvent nu sous une douche commune, dans une étrange maison moderne. J’y ai pris – à quel titre? – la défense des intérêts de son propriétaire – mes cousins sont là ; la maison à des allures de grand hôtel – en m’opposant à un voisin mafieux au comportement malsain et intrusif. Bientôt, la menace croissant, il me faut la fuir au travers de galeries commerciales ou de stations de métro qui m’évoquent à la fois Bruxelles, Paris et Berlin. Enfin, je trouve refuge dans une église, durant un office, mais j’y suis arrêté par un Nazi. Il m’explique avec une courtoise affectée qu’un camarade et moi devons le suivre. Je ne résiste pas – comment le pourrais-je? – mais détourne le regard d’un troisième camarade qui est parvenu à échapper à la vigilance de cette milice, pour le protéger. L’accent de l’homme qui m’emmène est alsacien et son discours se veut par trop rassurant sur mon avenir. Il me précise qu’il est végétarien, comme pour me mettre davantage à l’aise. Je suis d’ailleurs reconduit dans la belle maison, mais elle est désormais occupée par des militaires, à l’image des environs. Tandis que d’autres prisonniers et moi-même recevons des petits carnets format carte postale où l’on peut lire des pages manuscrites mal reliées, notre tâche nous est précisée. Alors que je reconnais l’écriture de Jacques Crickillon, il nous est demandé, « quand nous en avons le temps », de rédiger un rapport sur le contenu de ces pages. Nous devons y chercher des preuves – mais sans que nous ne parvenions à saisir de quoi au juste. De retour, dans ma chambre (laquelle a été visiblement fouillée), j’ouvre un paquet contenant quelques sucreries (ce dont je ne suis pas du tout friand) en provenance de Bruxelles. Je crois comprendre qu’elles m’ont été adressées par mes parents. Sur un mot qui l’accompagne ou sur un fragment de journal, je lis cette date : 1942. L’attention impossible plus sûrement que la découverte me fait fondre en sanglots – et je m’éveille, dérouté et anxieux. Je songe aux Damnés, de Visconti, et à Paul Celan.
Publié dans Nulla dies sine linea | Tagué Jacques Crickillon, Les Damnés, Paul Celan, Rêve, Visconti | Leave a Comment »