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« Songez, pour finir, si vous êtes peintre, si vous êtes photographe, si vous êtes cinéaste, combien les fresques de l’antiquité romaine sont géniales : elles évitent à la peinture figurative le problème de l’anecdote. La beauté se tient résolument en réserve du visible, en amont de l’épiphanie. L’anecdote n’est jamais montrée. »

Pascal Quignard,

Sur l’image qui manque à nos jours (2014)

« Que celui qui cherche ne cesse pas de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve. Et quand il aura trouvé, il sera troublé ; quand il sera troublé, il sera émerveillé, et il règnera sur le Tout. »

Évangile de Thomas

« J’ai oublié comment je fus amené, il y a une quinzaine d’années, à rencontrer la figure gracile du comte malfaisant ; je choisis d’oublier aussi tous les livres lus et annotés au cours des années ; je laisse se perdre l’énergie, les espoirs, les possibles surgis au carrefour des lectures et des idées ; qu’un autre écrive les Rochesteriana du moment ou la pondéreuse biographie « scientifique » de la décennie ; je me contenterai de quelques lacunes, d’un découpage hasardeux et gratuit, de retracer les épisodes majeurs, une suite de dissonances, des réparties, des trouvailles lumineuses que me dit immédiatement le nom de Rochester avec ses tonalités de désespoir et de légèreté, son indifférence souveraine, ses arrogances et ses lâchetés, son goût de la dispersion et de l’oubli, sa fascination pour les corps, son amour du plaisir, son intelligence du réel, sa certitude du non-sens profond de l’existence et son souci en toutes choses de garder les distances. »

 

Patrick Mauriès,

Le méchant comte (1992)

« Un objet de beauté est joie à jamais :

L’amour qui le constitue nous grandit ; jamais

Il ne se rendra au néant. »

John Keats

Endymion

Passant, Boulevard de l’Empereur, devant l’un des derniers fragments de l’enceinte qui protégeait Bruxelles autrefois, j’avise un groupe d’élèves du primaire  (de deuxième ou de troisième année tout au plus), encadré par trois institutrices surarticulant leurs consignes, l’air renfrogné. L’une d’elles alors, le silence et l’ordre ayant été imposés, prend la parole et interroge ses élèves.

– Vous voyez le bâtiment-là? Qu’est-ce que c’est?

Monosyllabes et exclamations embrouillées des enfants.

– Allez, je suis sûre que quelqu’un peut me dire ce que c’est… Allez, je vous aide : il y a là des gens qui viennent pour s’amuser et qui lance des boules sur des…

Et là, la culture éternelle s’éveillant, plusieurs mioches de crier, visage libéré : « Le Bouling, Madame! Le Bouling! »

Sourire satisfait, presque hébété, de la maîtresse qui juge bon de préciser tout de même, faisant claquer l’aile de la victoire : « Non, le BoLling! »

© Christophe Van Rossom, septembre 2013.

« La nostalgie est une faute d’orientation. »

Jacques Crickillon

Roger Carel, en songe

La nuit dernière, j’ai rêvé que je pleurais de reconnaissance dans les bras de Roger Carel, désarçonné par l’émotion, heureux de l’éprouver, désolé de gêner ainsi mon interlocuteur improbable. Je ne parvenais pas à lui exprimer la place qu’il tient dans mon panthéon personnel. Il n’y a pas tant d’hommes par siècle qui nous rendent la vie moins inhospitalière. Les comédiens se comptent sur les doigts de la main. Rares sont les virtuoses généreux, et qui ne trichent pas.

© Christophe Van Rossom

« Nous avons trop l’habitude et trop la facilité des abstractions ; notre esprit se paye de mots comme une espèce de papier-monnaie, ils ont une valeur convenue, mais n’ont aucune solidité. Voilà pourquoi il y a si peu d’or dans notre style et dans nos livres. »

Joseph Joubert

« Défiez-vous, dans les livres métaphysiques, des mots qui n’ont pas pu être introduits dans le monde, et ne sont propres qu’à former une langue à part. »

Joseph Joubert

« La véritable métaphysique ne consiste pas à rendre abstrait ce qui est sensible, mais à rendre sensible ce qui est abstrait, apparent ce qui est caché, imaginable, s’il se peut, ce qui n’est qu’intelligible, intelligible enfin ce qui se dérobe à l’attention. »

Joseph Joubert