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Archive for décembre 2019

« Le travail de tout écrivain : repérer le parti religieux, grondeur et censurant de l’époque. Le localiser. Au besoin, par provocation, l’obliger à se montrer. Le déloger de sa cachette. Le révéler sous le consensus moral du temps. Et, finalement, démontrer comme toujours que la morale ne va pas de soi (Nietzsche). »

Philippe Muray,
Ultima necat, III

 

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Pleurer est une joie à laquelle je n’accède plus que par exception.

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Journaliste engagé, polémiste d’exception et oeil critique sans pardon, Jules Barbey d’Aurevilly définissait ainsi l’art qu’il développait quand il ne peaufinait pas sa prose narrative, mais la rhétorique puissante de ses articles : il désirait

« Allumer une poudrière sous les pieds des sots. »

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Le 9 décembre 2019. Heures bûcheronnées sans compter. Sans même la possibilité de m’hydrater. Donner et combler les trous. Les trous tout partout. Tout le temps. Si bien que la matière n’avance guère. Mon cours progresse comme une étoile de mer qui souvent se fait crabe par le jeu des digressions. Ce qui me tient debout le lundi dans ma dernière classe de la journée, où les élèves se comptent souvent sur les doigts d’une main : les questions que me posent ces braves, et la lueur, surtout, qui leur vient à l’œil lorsqu’ils saisissent une explication ou captent un trait d’esprit – cette dernière prouesse devenant dangereuse en un nov-monde surgissant gros d’interdits.

Je n’enseigne plus guère à proprement parler ; je ne donne plus que très rarement cours comme je le faisais il y a quelques années encore. Je renseigne. J’informe. Je rappelle. Je m’efforce de donner cohérence à tout cela dans une course aux obstacles multiples.

L’on me prie de ne plus faire d’humour en classe et de marcher bien dans le rang de la matière énoncée sans le quitter. On m’accuse de développer une idéologie et de l’imposer. – Laquelle? À cette question, on se montre incapable de répondre. Il est vrai que je les vomis toutes. On ose affirmer que je parle de ce que je ne connais pas ; on m’a déclaré que je passais mon temps à travestir la vérité ou la réalité. – Qui, on? Les étudiants eux-mêmes. Le plus souvent, des demoiselles qui me rappellent à l’ordre ou souhaiteraient, « dans le meilleur des cas », me rallier à leur bien-pensance. Au fond, je donne à entendre une dissonance désuète. Et ce désaccord est de trop. En soi, insupportable. Alors même que tout le monde au sein des établissements que je fréquente moutonne déjà du même côté de la falaise. Ce qui vient : la course des lemmings se précipitant tous, en même temps, dans la même direction. – À quand remonte donc ma première entrevision de ce cauchemar? Je suis prêt à parier que Savoir de guerre et, assurément, Le rire de Démocrite donnent une réponse à cette question.

Le nord perd la raison à s’obstiner à demeurer le nord. Comment le rencontrer quand tout indique une multitude d’autres directions? Fallacieuses, faciles, factieuses. Je ne comprends rien à cette volonté protéiforme de la jeunesse à bâtir des camps plutôt qu’à prendre la relève de ceux qui surent brandir des bannières de mai.

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître, 2020.

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« Nos lèvres sont politiques »

Éric Brogniet

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« Mais le Souricier avait effectué son jet, et les étranges dés de Lankhmar s’étaient arrêtés sur les symboles affrontés de l’anguille et du serpent la surmontant, si bien que notre ami était en train de ratisser la table de toutes les pièces d’or triangulaires qui y avaient été misées. »

« La Rive morne », de Fritz Leiber, trad. CVR

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Théoriser la grande violence symbolique que je ressens soudain depuis une dizaine de semaines. Descendre sans mensonge au coeur de moi-même. En ressortir, sinon moins anéanti, moins lourd. Et parvenir, si j’ai raison, à scier un à un les boulets que je traîne. Le cancer de la justification dans la vie qui compte évité, mais devenu décret dictatorial dans les tâches professionnelles. Stupidité de ceux qui fondent leur combat sur un triomphe contre les vers de terre alors que des hippopotames leur foncent dessus, qui les dévoreront ou les piétineront avant de les asservir.

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