Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘L’école buissonnière’ Category

Pierre Louÿs, par Vallotton

« Les écrivains vivants  que j’admire le plus sont Mallarmé, Swinburne, Tolstoï, Heredia, Pierre Loti et D’Annuzio, un Français, un Anglais, un Russe, un Espagnol, un Oriental et un Italien, tant le mouvement littéraire est aujourd’hui universel.

Je suis célibataire, catholique de naissance, très sincèrement païen de foi ; je n’ai pas d’opinion politique ; j’aime les femmes, les cigarettes, la langue espagnole, les bains chauds, les peuples du Sud et les longues siestes.

Enfin, je trouve que la littérature est un art bien impuissant auprès de l’admirable musique. »

Pierre Louÿs, Lettre à X. du 20 mars 1897

Read Full Post »

« Les grandes oeuvres valent par leur effet en retour. Nous n’habitons plus le même univers après qu’un artiste nous a montré ce qui crevait si bien les yeux qu’on ne le voyait pas et qu’on se demande, après, comment ça a bien pu nous échapper. »

Pierre Bergounioux

(Jusqu’à Faulkner, 2002)

Read Full Post »

« Qui ne sait ce charme des landes?… Il n’y a peut-être que les paysages maritimes, la mer et ses grèves, qui aient un caractère aussi expressif et qui vous émeuvent davantage. Elles sont comme les lambeaux, laissés sur le sol, d’une poésie primitive et sauvage que la main et la herse de l’homme ont déchirée. Haillons sacrés qui disparaîtront au premier jour sous le souffle de l’industrialisme moderne ; car notre époque, grossièrement matérialiste et utilitaire, a pour prétention de faire disparaître toute espèce de friche et de broussailles aussi bien du globe que de l’âme humaine. Asservie aux idées de rapport, la société, cette vieille ménagère qui n’a plus de jeune que ses besoins et qui radote ses lumières, ne comprend pas plus les divines ignorances de l’esprit, cette poésie de l’âme, qu’elle veut échanger contre de malheureuses connaissances toujours incomplètes, qu’elle n’admet la poésie des yeux, cachée et visible sous l’apparente inutilité des choses. Pour peu que cet effroyable mouvement de la pensée moderne continue, nous n’aurons plus, dans quelques années, un pauvre bout de lande où l’imagination puisse poser son pied pour rêver, comme le héron sur ses pattes. Alors, sous ce règne de l’épais génie des aises physiques qu’on prend pour de la civilisation et du progrès, il n’y aura ni ruines, ni mendiants, ni terres vagues, ni superstitions comme celle qui vont faire le sujet de cette histoire, si la sagesse de notre temps veut bien nous permettre de la raconter. »

Jules Barbey d’Aurevilly (1806-1889),

L’Ensorcelée (1854)

Read Full Post »

« Le désenchantement du monde, qui est l’envers de la rationalisation poussée jusqu’à ses ultimes conséquences par la civilisation européenne, est en voie d’achèvement. Les idéaux du XIXème siècle n’ont pas survécu au XXème. L’histoire hésite. Après des siècles de lenteur, d’autarcie matérielle et intellectuelle, les groupes, les individus se trouvent pris dans des rapports planétaires. Des façons d’être et de penser, de parler, qui s’étaient insensiblement formées dans des aires exiguës, fermées, ont été balayées en quelques décennies. D’autres, apparues sous la domination du capital financier, des rapports marchands, des médias, sont en passe de gagner l’ensemble de la terre.

 

Urbanisée, scolarisée, cosmopolite, connectée sur Internet, hédoniste et calculatrice, dans un contexte d’insécurité économique et d’inégalité accrue, telle s’annonce la première génération du IIIème millénaire, dans les pays développés. Les vieux maux lui seront épargnés, la famine et la peste, l’ignorance, les persécutions, la guerre, le despotisme. D’autres, plus insidieux, se devinent, primat de l’intérêt économique pur et des critères financiers, standardisation des objets, des goûts, des usages, abaissement de la fonction politique, stéréotypes ternes, sinistres ou tapageurs des dirigeants des grandes firmes et des vedettes médiatiques. Il se peut qu’ils l’emportent. Déchue de sa puissance réfléchissante, inventive, contestataire, la littérature deviendra lettre morte aux mains des archivistes et des historiens. Mais il n’est pas entièrement exclu que les valeurs universelles d’examen et de critique, d’explicitation et de libération, de raison dont elle fut le vecteur principal, depuis la Renaissance, résistent à la grande désillusion d’aujourd’hui. Si tel est le cas, les textes du passé où nous reconnaissons notre profondeur présente ont un bel avenir. »

 

 

Pierre Bergounioux,

Bréviaire de littérature à l’usage des vivants (2004).

Read Full Post »

« James, avant de laisser voir ce qu’il est, c’est-à-dire un hôte résigné et ironique de l’Enfer, court le risque de passer pour un romancier mondain, particulièrement incolore. La lecture entamée, certaines ambiguïtés, certains détails anodins nous gênent ; au bout de quelques pages, nous comprenons que ces négligences voulues enrichissent le livre. Il ne s’agit pas, bien entendu, du simple flou des symbolistes, dont les imprécisions, à force d’éluder toute signification, peuvent vouloir dire n’importe quoi. Il s’agit de l’omission volontaire d’une partie du roman, ce qui nous permet de l’interpréter d’une manière ou d’une autre ; toutes deux préméditées par l’auteur, toutes deux précises. »

Jorge Luis Borges

Read Full Post »

Read Full Post »

« Newer Posts