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Archive for the ‘L’école buissonnière’ Category

Dans les heures décisives où le refus s’exprime au grand jour, la parole cesse d’être le privilège de quelques-uns ; elle renonce à s’affirmer dans celui qui l’exerce pour s’effacer devant la vérité d’une parole commune qui, surgie d’un monde livré à l’assoupissement, traduit l’effervescence de la vie.

Comme une telle parole est rare, nous nous en apercevons à la surprise émerveillée qu’elle fait naître en nous : en face d’elle, nous nous sentons de trop, avec elle nous avons partie liée. Notre mutisme – qui a le sens d’une veillée pathétique – est la seule forme sous laquelle il nous appartient de nous rendre  présents à l’avènement d’une force neuve, ombrageusement hostile à tout ce qui viendrait la capter et l’asservir, subordonnée à rien d’autre qu’au mouvement souverain qui la porte. Ce qui s’y révèle sur un mode beaucoup plus actif que la simple protestation romantique, c’est le rêve d’une rupture sans retour avec le monde du calcul. Il faut souligner que sa naïveté, parfois à la limite de l’enfantillage, dissimule une vérité profonde dont cette naïveté même est comme le principe et la garantie. (suite…)

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On me demande çà et là de rappeler le contenu de l’Édit de Thessalonique, promulgué par Théodose, en 380, et drastiquement appliqué dans tout l’Empire en moins de dix ans, si je ne m’abuse. J’en profite aussi pour souligner qu’il fut le premier, pour les raisons que l’on devine, à promulguer une loi condamnant à mort l’homosexualité et qu’il fit interdire les Jeux Olympiques en raison de leur caractère insupportablement païen. Des bibliothèques furent anéanties, des statues martelées, des temples dévoyés. Les écoles philosophiques fermèrent les unes derrière les autres, sans autre choix possible. Quelques sages émigrèrent, d’autres durent vivre et penser cachés, dans la terreur d’être dénoncés.

Pour notre bien à tous, et afin que le seul ordre acceptable régnât enfin sur l’Empire. (suite…)

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Extrait de Sur la justice[1], d’Épiphane, fils de Carpocrate

 

En quoi consiste la Justice ? En une communauté d’égalités. Un ciel commun se déploie sur nos têtes et recouvre la terre entière de son immensité, une même nuit révèle à tous indistinctement ses étoiles, un même soleil, père de la nuit et engendreur du jour, brille dans le ciel pour tous les hommes également. Il est commun à tous, riches ou mendiants, rois ou sujets, sages ou fous, hommes libres ou esclaves. Dieu lui fait déverser sa lumière pour tous les êtres de ce monde afin qu’il soit un bien commun à tous : qui oserait vouloir s’approprier la lumière du soleil ? Ne fait-il pas pousser les plantes pour le profit commun de tous les animaux ? Ne répartit-il pas également entre tous ? Il ne fait pas croître les plantes pour tel ou tel bœuf mais pour l’espèce des bœufs, pour tel ou tel porc mais pour tous les porcs, pour telle ou telle brebis mais pour toutes les brebis. La justice, pour les animaux, est un bien qu’ils possèdent en commun. (suite…)

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« Mes maîtres sont :

Pour les motifs : L’Odyssée, Les Métamorphoses, L’Âne d’or, Les Mille et une Nuits, les Sagas d’Islande, Chrétien de Troyes, tout Saikaku, Le Rêve dans le pavillon rouge, tout Stendhal, Les Hauts de Hurlevent.

Pour l’implication : Gilgamesh et Enkidou, la Bible, Tchouang-tseu, Lucrèce, Virgile, Tacite, Sei Shônagon, Montaigne, Saint-Évremond, Tallemant, Nicole, Saint-Simon, Chateaubriand.

Pour le ton : César, Albucius, Paul, Tacite de nouveau, La Rochefoucauld, Massillon, tout Pou Song-ling, Rousseau, Chateaubriand de nouveau, Mme de Boigne, Hello, Colette, Bataille. »

Pascal Quignard

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Je suis le souverain des choses transitoires,

Étant le courtisan du Rare et du Ténu ;

L’infinitésimal, en mon terme, a tenu,

Et des mutations, je dirai les histoires.

 

J’immobiliserai ce qui vibre un instant :

L’arc-en-ciel qui s’efface aussitôt qu’il se bande ;

Et cette poudroyante et blonde sarabande

De l’atome léger dans le rayon sautant.

 

Je suis le sténographe acéré des nuances ;

Je représente, au vol, la vite impression ;

Mon vers a fait son nid, ainsi qu’un alcyon,

Sur les flots de la mer des douces influences.

 

 

Robert de Montesquiou (1855-1921),

Les Chauves-souris (1892)

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Aux citoyens de sa ville qui le chassaient, Diogène rétorqua : « Vous me condamnez à l’exil, mais moi, je vous condamne à rester! »

 

 

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« Un livre relève à mes yeux de la chance ; s’il s’en trouve un sur votre chemin, comme il m’est arrivé avec Beckett, Rousseau ou cette brochure de Marx, c’est que quelque chose en lui se tient en réserve, et vous est destiné ; les livres font partie du jeu, comme les inscriptions, comme les rencontres : en vous incorporant leurs phrases, vous poursuivez votre métamorphose. »

Yannick Haenel,

Les Renards pâles (2013)

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Qu’on le croisât dans la rue ou qu’on s’approchât de lui, ce qui frappait dans la personne de Louis-René des Forêts, c’était l’acuité de son regard. Je ne parlerai pas de son silence, tant il aimait les anecdotes, sans pour autant jamais rien perdre de sa réserve, même quand il était en confiance. Il s’exprimait lentement, cherchant, contrairement au bavard, selon Kleist, à ne rien énoncer qu’il n’ait au préalable pensé. Il évitait toute précipitation, se souciant plus de comprendre que de répliquer. Durant le dialogue, son regard ne déviait pas plus de l’interlocuteur qu’il ne se détourne de l’objectif, sur les photographies qu’on garde de lui. (suite…)

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Les livres ne sont pas faits pour rendre les gens dépendants plus dépendants encore, et encore moins pour fournir à bon compte une vie illusoire à ceux qui ne savent pas quoi faire de la leur. Les livres, au contraire, n’ont de valeur que s’ils mènent à la vie, que s’ils sont utiles au service de l’existence. Si elle n’éveille pas chez le lecteur une étincelle d’énergie, un soupçon de rajeunissement, un souffle de fraîcheur, toute heure passée à lire est une heure perdue. (…) Un bon livre doit donc avant tout susciter chez le lecteur le sentiment d’une concentration, d’une contraction et d’une intense simplification de choses enchevêtrées. Le moindre poème est déjà une simplification, un concentré d’émotions humaines, et si je n’ai pas la volonté de les partager, d’y prendre part attentivement, c’est que je suis un bien mauvais lecteur. Le tort que je cause ainsi à un poème ou à un roman peut me laisser de glace. Mais c’est surtout à moi-même que je porte préjudice par une mauvaise lecture. J’emploie mon temps à une activité inutile ; je mobilise ma vue et mon attention pour des choses qui ne m’importent pas et dont je sais à l’avance que j’aurai tôt fait de les oublier ; je me fatigue le cerveau avec des impressions qui ne me servent à rien et que je ne désire nullement assimiler. (…) (suite…)

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En 1956, Cristina Campo se trouve à Florence esseulée. Épuisée physiquement, ébranlée nerveusement, elle bouillonne pourtant d’idées…

« À Florence, elle avait rêvé de créer avec quelques amis une revue nouvelle – « une revue de jeunes, hommes et femmes, fatigués des contaminations et des alibis » –  qui aurait dû avoir le titre weilien de L’Attenzione. Elle en avait tracé les grandes lignes dans un article paru dans la revue Stagione en septembre 1956 : attention comme recherche de la parole et du geste parfaits, qui à chaque époque parlent à l’homme ; retour à l’idée perdue du temps circulaire, à substituer au mensonge du temps comme ligne droite ; refus du concept d’actualité ; lectures sur de multiples plans.  Mais elle n’avait pas réussi à réaliser son projet. Elle n’est pas encline au compromis ; elle n’a pas la diplomatie nécessaire pour manœuvrer dans le milieu de la culture littéraire. (…) Elle se sent comme une étrangère dans la culture de son pays. » (Cristina De Stefano, Belinda et le monstre, Vie secrète de Cristina Campo, Éditions du Rocher, Biographie, Monaco, 2006, pp.98-99.)

 

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