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Posts Tagged ‘Mourir de penser’

Lucrèce

« La mort est très tôt dans la pensée. Peut-être même aussitôt. La pensée est comme un retour de chez les morts », écrit Pascal Quignard dans Mourir de penser.

Préférant l’athéisme à toutes formes de foi, le matérialisme originel au spectre des idéalismes, la chasse à la prise, le cahot des livres à la calcification des idéologies, les révélations du jadis aux clichés de l’instantané, l’errance décillée à la stagnation béate, le dialogue avec les morts à la superficialité du bavardage avec les supposés vivants, la mise à mal de toutes les certitudes au péremptoire des convictions, l’étymologie à la nov-langue, Quignard nous apparaît, aujourd’hui plus qu’hier encore, toucher à la seule joie – qui, si elle ne sauve pas, au moins procure le sentiment d’une certaine justesse, d’une rare justice. Penser, c’est jauger, peser, exercer son sens de la nuance. C’est rêver. C’est progresser à tâtons, entre effroi et merveille, dans les mondes que révèle la langue et les livres. C’est quitter, avec un étrange sourire aux lèvres, l’orbe des discours qui poursuivent un but – lequel se signale le plus souvent par une radicalité dangereuse. « La lucidité est l’état joyeux du cerveau humain. La vision juste. Ni l’effet de loupe ni la vision floue du presbyte ni le gondolement de la myopie ni l’impression lointaine d’un télescope ne s’accompagnent d’une telle joie. Le bon fonctionnement de l’organe, telle est la première joie. Netteté de la vision, panoramie du guet, la lucidité est comme le ciel bleu, aoristique, sans nuages. »

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« Celui qui cherche (en sanskrit shamana, en grec zètès) quitte son épouse, son fils, la cour, la cité, entre dans la forêt des pins et y erre pour l’éternité, dans la frustration perpétuelle de son désir. »

Pascal Quignard

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« Chaque oeuvre véritable repense tout ce qui a parlé, réanime tout ce qui s’est essoufflé, étouffé, refoulé, étranglé et éteint. »

Pascal Quignard

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« Le penseur vit pour le plaisir non seulement d’une recherche sans foi, mais d’une quête sans cause. En ce sens le penseur est le contraire d’un intellectuel. Interrogation pure (sans savoir, sans engagement, sans idéal, sans opinion, sans croyance, sans mission, sans accréditation, sans autorisation, sans gage ni salaire, sans patrie.) »

Pascal Quignard

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« Qu’est-ce qu’on appelle penser? De bello civili interne. Guerre civile intestine. La pensée ne peut s’accommoder de l’exercice d’un pouvoir qui viendrait faire écran à sa curiosité. Cur pur. Pourquoi errant. C’est la faim intellectuelle sans cesse affamée (…).

La pensée ne se distingue pas de la tentative de pensée, c’est-à-dire du voyeurisme sexuel, de la carence, de l’aporie mentale, de la sécession sociale, de la peur excitant le cerveau, du regard animal et vital sur n’importe quelle anomalie qui désordonne le champ. »

Pascal Quignard

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« L’expérience individuelle, l’otium, la recherche intrépide, l’art, l’étude, l’extase, tout ce qui détache de la famille, tout ce qui émancipe du groupe, tout ce qui libère de la parole parlée, est maudit. »

Pascal Quignard

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On pense seul. Toujours. Penser excommunie. La pensée est l’acte le plus antisocial qui soit. Socrate est condamné ; Lucrèce se donne la mort. Toute pensée est à la fois dangereuse pour qui l’émet et pour qui la reçoit. Peu se trouvent dans l’un ou l’autre de ces cas. Tout est mis en place aujourd’hui pour que l’on ne pense plus. Le Gros Animal peut dormir tranquille, qui a rendu cet acte obsolète, obscène, immoral, impardonnable. La Société ne pardonne pas à l’asynchrone.

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