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Lucrèce

« La mort est très tôt dans la pensée. Peut-être même aussitôt. La pensée est comme un retour de chez les morts », écrit Pascal Quignard dans Mourir de penser.

Préférant l’athéisme à toutes formes de foi, le matérialisme originel au spectre des idéalismes, la chasse à la prise, le cahot des livres à la calcification des idéologies, les révélations du jadis aux clichés de l’instantané, l’errance décillée à la stagnation béate, le dialogue avec les morts à la superficialité du bavardage avec les supposés vivants, la mise à mal de toutes les certitudes au péremptoire des convictions, l’étymologie à la nov-langue, Quignard nous apparaît, aujourd’hui plus qu’hier encore, toucher à la seule joie – qui, si elle ne sauve pas, au moins procure le sentiment d’une certaine justesse, d’une rare justice. Penser, c’est jauger, peser, exercer son sens de la nuance. C’est rêver. C’est progresser à tâtons, entre effroi et merveille, dans les mondes que révèle la langue et les livres. C’est quitter, avec un étrange sourire aux lèvres, l’orbe des discours qui poursuivent un but – lequel se signale le plus souvent par une radicalité dangereuse. « La lucidité est l’état joyeux du cerveau humain. La vision juste. Ni l’effet de loupe ni la vision floue du presbyte ni le gondolement de la myopie ni l’impression lointaine d’un télescope ne s’accompagnent d’une telle joie. Le bon fonctionnement de l’organe, telle est la première joie. Netteté de la vision, panoramie du guet, la lucidité est comme le ciel bleu, aoristique, sans nuages. »

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Dernier royaume I, II & III : Les Ombres errantes, Sur le Jadis & Abîmes, de Pascal Quignard, Grasset, Paris, 2002.

« Celui qui écrit est celui qui cherche à dégager le gage. A désengager le langage. A rompre le dialogue. A désubordonner la domestication. A s’extraire de la fratrie et de la patrie. A délier toute religion », écrit Pascal Quignard dans Les Ombres errantes, qui ouvrent un nouveau et ultime cycle dans son œuvre. Il faut entendre ces mots de façon radicale – comme un programme, ou comme une règle de vie et d’art. S’étant depuis quelques années dégagé entre autres de toute responsabilité éditoriale ou professionnelle, Quignard s’est retiré. Pour s’offir ce luxe suprême d’enfin un repos, dans un coin esseulé, avec des livres. Pour se bâtir l’ermitage athée et lettré dont il rêve. Pour disposer enfin, à l’instar d’un Montaigne, de cette liberté ouverte et incertaine induite par une pensée qui va sans dogme ni chemin là où la lecture ou la réflexion la conduisent. Sans souci d’aboutir. (suite…)

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Le monde est vicieux,

Tu dis ? Tu t’étonnes ?

Vis ! et laisse au feu

L’obscure infortune…

Arthur Rimbaud, Age d’Or

Au nom de qui ou de quoi devrais-je aimer ceux qui se mirent dans l’abîme?

Ceci est rien moins qu’une déclaration d’intention cynique.

Quelques cailloux suffisent pour fonder. (suite…)

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