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Le 12 juin, au large des Cyclades, Alain Nadaud a rejoint Borges, Virgile et Érostrate. Aves ses livres labyrinthiques et subtils, il nous laisse une encyclopédie sensible et les vertiges d’un imaginaire fascinant.

Respect et hommage à l’Archéologue du Zéro, au Scribe de l’Interrogation divine, au Géographe des enfers, au Navigateur de l’Espace et du Temps, à l’Inquisiteur sentimental de ce que nous nommons Littérature.

« Ici, nous sommes peu nombreux : mais en nous il y a Athènes.

(…)

Dès que la culture est rite, elle cesse d’obéir aux seules normes de la raison et redevient aussi passion et mystère.

(…)

Le théâtre facile est objectivement bourgeois ; le théâtre difficile est pour les élites bourgeoises cultivées ; le théâtre très difficile est le seul théâtre démocratique. »

Pier Paolo Pasolini

Manifeste pour un nouveau théâtre

« Il y a quelque chose d’intrépide dans le sommeil des morts. »

Tommaso Landolfi

(1908-1971)

À quelques heures d’une communication sur le dernier tome paru de Dernier Royaume, je retrouve fortuitement ce petit texte rédigé à un moment difficile, ce bref article que j’avais écarté pour ses faiblesses et sa superficialité. Peut-être n’est-il pas inopportun de le donner à lire aujourd’hui, alors que j’ai sur ma table de lecture La suite des chats et des ânes, Sur l’idée d’une communauté de solitaires et Critique du jugement.

« La société humaine : la ressemblance à mort.

L’anachorèse lettrée : la dissemblance vivante. »

Pascal Quignard

Le roman est le genre féminin.

Claire Methuen est une cousine d’Ann Hidden.

J’ai relu Les Solidarités mystérieuses après Les Désarçonnés. Toute œuvre est un massif. Un sommet la couronne, mais plusieurs sentiers y peuvent mener. Les livres de Pascal Quignard, depuis Vie secrète, sont politiques, de plus en plus politiques, de plus en plus farouches, de plus en plus félins. Nous ne le voyons guère.

La littérature est sans pourquoi. Les romans qui tentent d’exposer les motifs sont comme du sucre figé recouvrant le miel. L’étrange est la vie même ; la métamorphose, bien davantage qu’un mythe. Lire la suite »

« La parole qui accueille en elle une source devient elle-même source. »

Yannick Haenel,
Je cherche l’Italie (2015)

J’alterne, dans le chaos, ces trois états : cauchemars vivaces, éveils hypnotiques, hyper-activité cérébrale.

Rêves récurrents, précis, profonds de morts, d’exécutions publiques, d’insurrections sinistres, de dictatures que l’on instaure et dont bien peu s’alarment. Tout passe au laminoir, aux lames noires. Je verse des larmes sèches, je pousse des cris aphones. Malgré que j’en aie, j’assiste impuissant au désastre. J’en suis le proche témoin (d’un mot qui, en grec, se dit martyr). Si proche qu’il advient que des bourreaux sans visage m’ouvrent en deux pour mon crime. Au retour, je mets longtemps à m’assurer que le sommeil m’a quitté, l’autre réalité me poissant l’esprit durablement. Je comprends mieux Philip K. Dick à présent.

Ô corps rendu indocile à mon vouloir, vieux corps déjà, très abîmé, et cependant étonnamment loyal, dénombre les fils de la pharmacopée qui te tirent vers les marches de la fatigue et des incertitudes. Les mots me manquent parfois, trop souvent, tandis que les pensées se bousculent. Dérèglement de la mécanique biologique et chimique. La léthargie résultant des poisons combinés, les meurtrissures invisibles mais délétères camisolent les forces profondes et paralysent l’action immédiate – cependant que les visions, les murmures et les connections opèrent un redoutable travail souterrain.

 © Armes & bagages (à paraître)

« Tout pouvoir s’accroît du spectacle de son impunité. Quand plus personne n’a honte – quand la bonté est vaincue -, commence la vulgarité, c’est-à-dire le crime. »

Yannick Haenel,
Je cherche l’Italie (2015)

« Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger. »

Blaise Pascal,
Pensées, 593.

Nous sommes passé d’un ordre supposé inférieur, l’animalité, à la conscience de notre horizon humain. L’espèce Homo a introduit la mort dans l’ordre de nos priorités. Cette dernière a structuré notre pensée, a défini nos craintes et nos espoirs, à de certains moments elle est devenue un but, cependant que le grand dehors (Hölderlin, Rilke, Crickillon) n’a jamais cessé d’obéir à ses lois propres, autrement vastes. Entre les deux, il est advenu que nous ayons progressé, grâce aux Rares. Grâce aux Poètes.

Le monde ne change pas. Il n’y a nulle course, nulle rivalité imaginable. Partout, le chaos, l’absence de sens, la vulgarité, la violence, le crime s’insinuent, prolifèrent et prospèrent.

Les temples ont été détruits – l’ont-ils été vraiment ? -, mais nos questions demeurent. Nous foulons aux pieds quotidiennement les expériences puissantes, l’intelligence, la culture vraie, la beauté. Il n’est plus aucun sanctuaire où considérer notre relation au grand dehors, où nous interroger sur nous-mêmes dans un silence composé, où poser les bases d’une existence digne. Lire la suite »

« (La plus haute espérance, ce serait que tout le ciel fût vraiment un regard.) »

Philippe Jaccottet