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Posts Tagged ‘Crickillon’

Nous sommes passé d’un ordre supposé inférieur, l’animalité, à la conscience de notre horizon humain. L’espèce Homo a introduit la mort dans l’ordre de nos priorités. Cette dernière a structuré notre pensée, a défini nos craintes et nos espoirs, à de certains moments elle est devenue un but, cependant que le grand dehors (Hölderlin, Rilke, Crickillon) n’a jamais cessé d’obéir à ses lois propres, autrement vastes. Entre les deux, il est advenu que nous ayons progressé, grâce aux Rares. Grâce aux Poètes.

Le monde ne change pas. Il n’y a nulle course, nulle rivalité imaginable. Partout, le chaos, l’absence de sens, la vulgarité, la violence, le crime s’insinuent, prolifèrent et prospèrent.

Les temples ont été détruits – l’ont-ils été vraiment ? -, mais nos questions demeurent. Nous foulons aux pieds quotidiennement les expériences puissantes, l’intelligence, la culture vraie, la beauté. Il n’est plus aucun sanctuaire où considérer notre relation au grand dehors, où nous interroger sur nous-mêmes dans un silence composé, où poser les bases d’une existence digne. (suite…)

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(La torchère)

Il n’est pas de sagesse, il n’est qu’un chemin. Un chemin esseulé. Dans l’écart, la poésie le désigne ou, plus exactement, le fait surgir par chaque mot, chaque image, chaque couleur.

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Le noir perfore le noir. On n’écrit pas à l’encre blanche.

Lorsque, nouvel Ecclésiaste, Crickillon médite le temps, la mort, la vanité, un arc noir est brandi, une flèche sombre encochée. La force de qui les manipule en revanche est neuve et tout innervée d’une énergie créatrice souveraine.

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On quitte l’enfance lorsque l’on se met à parler. On la quitte irrémédiablement lorsqu’on commence à écrire. Avant, on griffonne, on dessine. Les traits, les couleurs et les formes constituent notre premier langage. Nous cherchons à nommer ce qui nous coupe de ce que nous désirerions être ou avoir. Il y a un regret mal circonscrit : le trou noir dont tout procède, dont nous procédons. L’écriture cherche l’amont et l’amont de l’amont.

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(suite…)

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Un portrait d’Eric Brogniet

            Troué d’amour et de beauté / Il est troué jusqu’au cœur / Par la perte et par le temps, écrit Eric Brogniet dans Autoportrait au Suaire, le vaste poème-oratorio que viennent de publier les Editions de l’Age d’Homme.

Dans ces trois vers, à la fois simples et élégants, tout le poète est présent. Debout dans le désert du monde, écartelé entre sa soif d’absolu et son désir de toucher du doigt aux joies simples d’ici, lucidement vivant en dépit des clous qui le tiennent attaché à la grande Croix de la modernité. Il fallait oser cette image, comme toutes celles que contient ce beau livre. Le poète en Christ outragé ; le poète en saint, dans une société matérialiste, sans autres liens, semble-t-il, que virtuels désormais. Et c’est lui rendre justice, par conséquent, que de l’avoir risquée, cette image, moins provocante en définitive que désenchantée. (suite…)

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