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On ne dorlote pas un enfant mort.

« Prose et poésie ne m’apparaissent plus (…) comme des entités dialectiques et idéales entre lesquelles l’esprit devrait choisir, mû par un tropisme exclusif, mais comme des variations d’intensité, de durée, de structure et de forme au sein d’un même flux de conscience, permettant l’expression d’un antimonde par miracle apparu dans un cerveau singulier comme mutation critique de ce biotope particulier de l’humanité : la cognition. Ou comme on disait avant : la Connaissance. La gnôsis. C’est-à-dire ce moment où la conscience se sépare du monde pour mieux s’en emparer, ce moment où elle se forge de nouvelles contraintes pour mieux se libérer, et expérimenter de nouvelles libertés pour entrevoir des règles plus complexes, non moins terrifiantes que leurs précédentes, bref ce moment étrange où le Serpent du Verbe se glisse dans votre cerveau et y injecte le venin sacré, ce moment où quelque chose – ce n’est plus vous mais ce n’est pas tout à fait un autre – surgit et parle (…) », relève M.G. Dantec, dans son Laboratoire de Catastrophe générale.

            C’est là un romancier qui parle. Un romancier, catalogué d’abord comme auteur de polar, puis comme auteur d’une littérature cyberpunk peu canonique, puis comme prophète déjanté, intenable, puis enfin, depuis la publication du premier tome de son Théâtre des Opérations, voici deux ans, comme un empêcheur de penser en rond de première, d’autant plus insupportable qu’il nous oblige à repenser de fond en comble nos certitudes. Et notamment parce que son travail consiste à donner au chaos infiniment complexe du monde contemporain et de la civilisation nouvelle qui vient, une forme qui tienne compte de tout ce qui la compose. Bref, un sale con, lui aussi. Or, voici qu’en un raccourci saisissant, Dantec rejoint et synthétise presque l’ensemble de la démarche que Crickillon a initiée depuis plus de trente ans, en un moment de sa pensée où il cherche à formuler l’avenir de son esthétique personnelle. Lire la suite »

La poésie consiste à vouloir convertir son néant en soleil.

Un surnain n’est pas même le début d’un homme.

« Forte averse. Offre-toi à la pluie, laisse ses flèches d’acier te percer, glisse à travers l’eau qui veut t’entraîner, et malgré tout demeure, attends, debout, le soleil qui t’inondera brusquement et sans fin. »

Franz Kafka

Le plaisir, c’est le jeu infini des occasions ; la joie, l’état d’esprit ; le bonheur, un projet en actes.

« Et ne serait-il pas pensable, poursuivit Austerlitz, que nous ayons aussi des rendez-vous dans le passé? »

W.G. Sebald

Si vous aimez le théâtre,

Si vous avez conscience que l’art du théâtre puisse être en dignité, en beauté, l’égal des autres arts,

Si vous avez honte et dégoût de le voir de jour en jour s’avilir dans l’insignifiance, la bassesse, le cabotinage et la spéculation,

Si vous souhaitez qu’il reprenne sa place d’honneur dans la vie de notre pays et sa mission dans le monde,

Si vous croyez que nos grands auteurs classiques, quand ils sont joués simplement avec intelligence et sincérité, retrouvent sur la scène l’éclat de leur jeunesse et peuvent inspirer les écrivains aujourd’hui,

Si vous voulez que des hommes nouveaux, les plus puissants et les plus libres de nos créateurs, reprennent possession du théâtre d’où on les a bannis, et disent ce qu’ils ont à dire,

 

Public français, Public cultivé,

Ne vous contentez pas de votre mécontentement. Agissez avec nous. Soutenez l’effort de ceux qui créent. Montrez-vous dignes de la confiance qu’ils vous témoignent.

Jeunes gens d’aujourd’hui,

Public nouveau,

Venez construire un théâtre neuf, digne de nos vieilles traditions et de nos énergies victorieuses, digne des poètes et du peuple, digne de vous.

Le Vieux Colombier

« Incontestablement, c’est du soleil des digressions que nous vient la lumière. Elles sont la vie et l’âme de la lecture. Privez-en, par exemple, ce livre, autant vous priver du livre même ; la glace d’un éternel hiver y régnerait sur chaque page ; il s’élance comme un jeune marié, boute tout en train, fait fleurir la variété, fouette l’intérêt faiblissant. »

Laurence Sterne

Christophe Van Rossom s’entretiendra avec Philippe Berthier, à la faveur de la parution de sa biographie 

Stendhal : vivre, écrire, aimer.

 

« J’ai écrit les vies de plusieurs grands hommes : Mozart, Rossini, Michel-Ange, Léonard de Vinci. Ce fut le genre de travail qui m’amusa le plus. Je n’ai plus la patience de chercher des matériaux, de peser des témoignages contradictoires, etc. ; il me vient à l’idée d’écrire une vie dont je connais fort bien tous les incidents. Malheureusement, l’individu est bien inconnu : c’est moi. » Ainsi s’exprimait, en janvier 1831, un certain Henri Beyle, homme de lettres ayant adopté depuis une quinzaine d’années le pseudonyme étrange de Stendhal, semblant dissimuler au cœur d’une vallée allemande un léger effluve de scandale. En dépit de nombreux livres et essais variés déjà, il n’est guère remarqué. Seul Balzac, à la faveur d’un article, verra. Cette révolution de 1822, qui se nomme De l’Amour, est passée totalement inaperçue. Il est vrai qu’à la même époque on préfère adopter les postures lamartiniennes prescrites par les Méditations poétiques. Lire la suite »