« Je fais partie de l’opposition qui s’appelle la vie. »
Honoré de Balzac
« Je fais partie de l’opposition qui s’appelle la vie. »
Honoré de Balzac
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Printemps 1944. L’Allemagne nazie connaît ses dernières heures et se trouve sur le point de subir les vagues répétées de bombardements sans précédent. C’est dans ce contexte d’apocalypse que naît Winfried Georg Maximilian Sebald. Toute sa vie, il abominera son premier prénom, au point de le réduire à une énigmatique initiale, préférant de loin se faire appeler Max par ses proches et par ses amis.
Il est vrai que Sebald ne tardera pas à quitter un pays dont il estime qu’il n’a pas osé poser le regard qui s’imposait sur l’abjecte dictature dont il sort et sur la façon dont elle a affectée l’ensemble de la société allemande. Il y a en effet à ses yeux comme une conspiration du silence, une amnésie sélective qui paraît frapper la majorité de ses contemporains à l’égard des années noires de leur histoire récente. Sebald choisit donc l’exil intellectuel et s’installe bientôt à Norwich, en Angleterre, où il enseignera d’ailleurs tout le reste de sa vie – Kafka, Walser, Bernhard, par exemple. Lire la suite »
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L’art est aisé ; c’est la critique qui est difficile.
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Christophe Van Rossom s’entretiendra avec Pierre Bergounioux, à la faveur de la parution de la troisième livraison de son Carnet de notes, portant sur la décennie 2001-2010.
Il y a, dans le projet existentiel et littéraire de Pierre Bergounioux, comme l’empreinte d’un Montaigne qui aurait lu Kant et Marx, Flaubert et Faulkner. Ce professeur de lettres tire en effet son exigence (digne de la juste rigueur des instituteurs qui ont façonné la IIIème République) du souci encyclopédique de tout saisir et de tout expliquer. D’élucider et de comprendre. Afin de mieux dévoiler le réel. Afin que la langue soit au rendez-vous du savoir et de la saveur. Si les livres de Bergounioux, qui sont également la manifestation d’un grain de voix immédiatement identifiable, peuvent quelquefois témoigner d’une forme de désenchantement à l’égard de ce que le monde devient, leur auteur se signale non moins par sa ténacité. Ne jamais abandonner, voilà le visage qu’il convient d’opposer à l’adversité protéiforme. Comme Michon ou Millet, issu d’un terroir corrézien hors temps, hors espace, originel, il a l’humilité et la soif d’apprendre de l’escholier lymosin évoqué par Rabelais. Passionné par la terre et les insectes, les livres et le Temps, les êtres et les champs de la connaissance, Bergounioux, sculpteur à ses heures, est davantage qu’un grand écrivain de notre temps. Dans une société prosternée devant la laideur et la stupidité, il compte au nombre des plus minutieux, des plus scrupuleux orfèvres de la prose française que je sache.
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« Le désenchantement du monde, qui est l’envers de la rationalisation poussée jusqu’à ses ultimes conséquences par la civilisation européenne, est en voie d’achèvement. Les idéaux du XIXème siècle n’ont pas survécu au XXème. L’histoire hésite. Après des siècles de lenteur, d’autarcie matérielle et intellectuelle, les groupes, les individus se trouvent pris dans des rapports planétaires. Des façons d’être et de penser, de parler, qui s’étaient insensiblement formées dans des aires exiguës, fermées, ont été balayées en quelques décennies. D’autres, apparues sous la domination du capital financier, des rapports marchands, des médias, sont en passe de gagner l’ensemble de la terre.
Urbanisée, scolarisée, cosmopolite, connectée sur Internet, hédoniste et calculatrice, dans un contexte d’insécurité économique et d’inégalité accrue, telle s’annonce la première génération du IIIème millénaire, dans les pays développés. Les vieux maux lui seront épargnés, la famine et la peste, l’ignorance, les persécutions, la guerre, le despotisme. D’autres, plus insidieux, se devinent, primat de l’intérêt économique pur et des critères financiers, standardisation des objets, des goûts, des usages, abaissement de la fonction politique, stéréotypes ternes, sinistres ou tapageurs des dirigeants des grandes firmes et des vedettes médiatiques. Il se peut qu’ils l’emportent. Déchue de sa puissance réfléchissante, inventive, contestataire, la littérature deviendra lettre morte aux mains des archivistes et des historiens. Mais il n’est pas entièrement exclu que les valeurs universelles d’examen et de critique, d’explicitation et de libération, de raison dont elle fut le vecteur principal, depuis la Renaissance, résistent à la grande désillusion d’aujourd’hui. Si tel est le cas, les textes du passé où nous reconnaissons notre profondeur présente ont un bel avenir. »
Pierre Bergounioux,
Bréviaire de littérature à l’usage des vivants (2004).
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Il y a un art de la joie comme il est un art de la fugue. Peut-être est-ce le même.
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« Je me suis souvenu d’Horace qui continue d’être pour moi le plus mystérieux des poètes car ses strophes s’arrêtent sans finir et sont aussi sans rapport entre elles. Il n’est pas impossible que son esprit classique se soit délibérément abstenu de l’emphase. Je relis ce qui précède et je constate avec une sorte de mélancolie douce-amère que tout au monde me ramène à une citation ou à un livre. »
Jorge Luis Borges
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« James, avant de laisser voir ce qu’il est, c’est-à-dire un hôte résigné et ironique de l’Enfer, court le risque de passer pour un romancier mondain, particulièrement incolore. La lecture entamée, certaines ambiguïtés, certains détails anodins nous gênent ; au bout de quelques pages, nous comprenons que ces négligences voulues enrichissent le livre. Il ne s’agit pas, bien entendu, du simple flou des symbolistes, dont les imprécisions, à force d’éluder toute signification, peuvent vouloir dire n’importe quoi. Il s’agit de l’omission volontaire d’une partie du roman, ce qui nous permet de l’interpréter d’une manière ou d’une autre ; toutes deux préméditées par l’auteur, toutes deux précises. »
Jorge Luis Borges
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Thierry Horguelin s’entretiendra avec Christophe Van Rossom, à l’occasion de la publication, aux éditions de La Lettre volée, de son dernier livre, intitulé Le rire de Démocrite.
Tous les lecteurs le savent : nos bibliothèques forment des labyrinthes à notre image. Ce ne sont point de froids conservatoires mais des organismes vivants, à l’instar des auteurs qui les peuplent et avec lesquels se noue un dialogue imaginaire à peu près continu.
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