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« Qu’avons-nous à voir avec le néant puisque nous sommes mortels? Puisque de l’étonnement infini, qui pourrait devenir du désespoir, on peut faire le lieu d’une décision de reconnaissance et de partage? »

Yves Bonnefoy

Exister

Dieu seul est. Nous existons.

Il s’avère que la théologie éclaire de manière sidérante.

Nous avons été chassés du Jardin. Où davantage qu’auprès de Dieu, mais en Dieu, dans l’éternel, nous fûmes. Après quoi – après la Connaissance -, dans l’exil, il nous fallut exister.

Soit, nous tenir hors de.

Ce vieux conte mérite d’être creusé. Toute gnose réelle en procède. Lire la suite »

Dividus

Demeurer à toutes forces un individu.

S’étant divisé, sitôt que l’on s’est reproduit, on devient un dividu. Notre intégrité nous quitte. Les phéromones et les hormones ont accompli leur œuvre. Le devenir de l’espèce  triomphe. Le groupe, cette tumeur, va gonfler grâce à nous. Quelques gouttes opaques rencontrant des œufs minuscules nous ont perdus. Lire la suite »

J’apprends, au lever, avec un vertige qui ne me quitte pas, que Yves Bonnefoy a rejoint hier l’énigme que tentent de déchiffrer les Bergers d’Arcadie. Il fut et restera un très haut maître et un ami depuis plus de vingt-cinq ans, avec qui j’eus l’immense chance de parler encore et que je pus ensuite écouter, très intense comme toujours, il y a quelques mois à la Maison de l’Amérique latine, à Paris. Nos conversations sont des lampes qui viennent soudain de toutes se rallumer au même instant.

(…) Lire la suite »

« Le Monde n’est muet que pour ceux qui restent sourds à cette fréquence. »

Maurice G. Dantec
(1959-2016)

« Il y avait d’ailleurs une beauté cosmique étrangement apaisante dans le paysage hypnotique où nous glissions et plongions fabuleusement. Le temps s’était égaré dans les labyrinthes laissés en arrière, et ne s’étendaient autour de nous que les vagues en fleurs de la féerie et le charme retrouvé des siècles disparus – bosquets vénérables, fraîches prairies bordées de fleurs automnales aux couleurs éclatantes, et de loin en loin petites fermes brunes nichées parmi des arbres énormes au pied d’à-pics verticaux couverts d’églantiers odorants et d’herbe des prés. Le soleil même prenait un éclat prodigieux, comme si tout le pays baignait dans une atmosphère ou une exhalaison tout à fait exceptionnelles. Je n’avais jamais encore rien vu de pareil, sauf dans les perspectives magiques qui forment parfois l’arrière-plan des primitifs italiens. Sodoma ou Léonard ont conçu de ces étendues, mais seulement dans le lointain et à travers les cintres d’arcades Renaissance. Nous creusions notre chemin en chair et en os à l’intérieur du tableau, et il me semblait trouver dans sa nécromancie un savoir ou un héritage inné, que j’avais toujours cherché en vain. »

Howard Phillips Lovecraft,
Celui qui chuchotait dans les Ténèbres (1930)

T’es-tu déjà posé la question de savoir ce que tes livres pensent de toi? Les dieux ne sont plus – mais les livres sont là, qui nous déterminent ; nous élèvent parfois ; nous  jugent toujours.

 

Pour Marcel Moreau, Buveur de Déluges

 

Il n’est pas de révolte statique. Tout rythme est un commencement de révolte. Nous avons perdu non seulement tout sens de la réalité, mais, ce qui est plus grave, nous ne reconnaissons plus sa musique. Je parle de la réalité saignante, désirante, imaginante, jouante, jouissante.

 

Lorsque les idées deviennent générales, communes, je veux dire communément partagées, c’est-à-dire vulgaires, et qu’elle ne se composent que de clichés bien-pensants qui piaffent d’impatience au désir frauduleux de se calcifier en règles, en règlements, sinon en lois, voire en sacrements, FUIS. Fuis l’homme qui les porte à plus forte raison s’il les colporte.

 

Ne te laisse jamais cerner ou miner. Lire la suite »

« Retiré dans la paix des déserts,

Je vis avec de doctes et rares livres dans les mains.

Je vis en conversation avec des morts.

J’écoute les morts avec les yeux. »

Francisco de Quevedo

« Pour peu qu’on tâche de se perfectionner, on voit les autres rapetisser, comme s’ils s’enfonçaient dans le sable. »

Jules Renard