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Posts Tagged ‘Armes & bagages’

Les droites européennes, de plus en plus illettrées, s’embrouillent dans leur abécédaire. Dans quelle cave des Bourses mondiales a-t-on enfermé et bâillonné l’esprit de liberté, explorateur, inventif et audacieux? La flexibilité élevée au rang de credo, l’agenouillement devant les lois du marché et la prosternation devant des courbes statistiques sont des acrobaties ignobles.

Les pères fondateurs de la gauche émancipatrice se retournent tous dans la fosse où leurs amnésiques descendants ne cessent de les reléguer. La mauvaise conscience n’est leur fort que lorsqu’elle rapporte électoralement. S’il leur était donné de se lever, d’un mot ces libertaires désireux d’un élitisme pour tous foudroieraient la lâche médiocrité de leurs indignes héritiers, leur haine envers l’intelligence et leur indifférence à l’égard ce qui élève l’humain! Où drogue-t-on, avec leur pragmatique complicité, depuis plus de deux siècles, la recherche du bonheur?

La religion n’est pas la bienvenue. Jamais elle ne doit l’être, ne serait-ce que d’un pouce, là où l’homme propose à l’homme des lois. Les auto-proclamés Humanistes sont incapables d’épeler la première lettre de ce mot.

La bien-pensance autoritaire et assurée d’elle-même des instituteurs verts est d’une puérilité inouïe et souvent irrationnelle. Mais il n’est pas étonnant qu’elle fasse recette dans les bacs à sable où l’on nous cantonne. In tempore non suspecto, Roger Caillois nous enjoignait à nous défier de la chlorophylle. Avec cet art du contrepied merveilleux qui le caractérise, il précisait qu’il n’était rien de plus assassin que cette pourvoyeuse abondante en bactéries et en miasmes.

L’instruction et la culture, le discernement, la place centrale que les hautes époques ont consacré à la beauté, sont des nostalgies.

Qui se rend à Venise pour admirer sa mairie? Qui séjourne dans la ville dont l’autre nom est Amour pour visiter le siège central de la Banco di Roma?

Tous les réfractaires ne se valent pas. Gémir est lâcheté. Vociférer est dangereux. Administrer des leçons à distance relève d’une facilité coupable. (suite…)

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Je ne connais ni le ressentiment ni la nostalgie. Il se trouve en revanche que ma mémoire est bonne. Ayant dilapidé mon héritage chrétien durant l’adolescence,  j’ai constaté que mes colères, souvent, se sont avérées justes conseillères et, de longtemps, Monte-Cristo est devenu mon maître en matière de stratégie.

Les Hwarang ouvrent nos vies à la beauté autant qu’à une sagesse  martiale. L’Art de la Guerre est un art poétique. Yves Bonnefoy écrit en 1953 : « Je t’appellerai guerre et prendrai sur toi les libertés de la guerre. »

Les airs composés par le Capitaine Tobias Hume rythment mes pas. Il advient qu’au seul nom de Jean Parisot de La Valette, l’émotion m’étreigne soudain la gorge. La silhouette de Michel de Montaigne à cheval, son épée au côté, se détache sur l’ombre des temps. L’épée de Casanova rendant justice au Chevalier de Seingalt insulté est une signature. Les poings d’Arthur Rimbaud ont eux aussi écrit des Poèmes.

Sun Tzu ne quitte jamais ma poche ou ma table de chevet. Il m’apprend à vivre en rendant coup pour coup au néant ennemi. À opposer à son haleine putride le souffle soulevant du Vide. À trancher la tête du courtisan qui prend le risque de ne pas comprendre. À frapper au cœur toute adversité imbécile.

Nos bouches, nos gestes, nos attitudes se ressemblent tellement aujourd’hui. Tout est toujours si prévisible.

Je n’appartiens qu’au cercle tracé par mon sabre sur le sable que déplacent les vents.

Armes & bagages, à paraître.

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Il suffit que Rimbaud ait écrit pour que la Vie vaille que l’on se batte. Nul n’est obligé comme il le crut de déserter la Sainteté du Combat. Tout se paie de toute façon. Hölderlin devint fou. Mais je ne sache pas que nous parlions encore des régiments de limaçons qui furent leurs contemporains, au second puis au premier. Il n’est pas entièrement exact que l’Histoire ne retienne que le nom des vainqueurs. Il nous appartient à tous, à chaque moment, d’être là, éveillés, présents, actifs – loin de l’hypnose nécrotique des zombies protéiformes qui ne veulent de nous que la Ressemblance.

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages (à paraître).

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Danielle de Niese en Cléopâtre

Cléopâtre, dans Giulio Cesare de Haendel, en 2007

 

Le chant sauve. Il y a donc lieu de saluer passionnément ceux et celles qui chantent.

 

La beauté aime la beauté. Le don appelle le don. Le Temps resplendit.

 

Avez-vous entendu chanter et vu chanter Danielle De Niese? Un dictionnaire vous est-il utile pour saisir le sens du mot enchantement?

(suite…)

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Qu’est-ce que la gnose ?

À cette question improbable,

Je réponds que c’est :

Préférer connaître à croire.

Jouer et déjouer.

Faire le pas de côté, sans tarder.

Laisser le Démiurge tirer les fils

Des marionnettes consentantes.

Écouter ce que le langage dévoile

Au revers du langage.

Porter la Parole comme feu.

Savoir que la Parole n’est

Pas le Langage.

Ne pas appartenir.

Ne pas consentir à ce qui est.

Voir, à chaque instant, la prison.

Rire de toutes les impostures,

Comme Jésus, assistant dans la foule,

Hilare, à son crucifiement.

Renverser, subvertir.

Donner le change en mage,

Pour mieux échapper.

Quitter toute foi

En une vie sociale.

Je veux dire :

Lire, méditer, aimer.

Vivre, non pas ici – mais .

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

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Dans la Chine ancienne, les Censeurs impériaux étaient des mandarins. Le travail de ces hauts fonctionnaires indépendants consistait à critiquer, au moyen de notes argumentées, la totalité des lois, décrets, décisions du Fils du Ciel. Leur dignité les protégeait de ses foudres. La sagacité, la rigueur, le savoir, l’intelligence étaient honorés. On savait leur travail organiquement nécessaire au choix final du Maître de 10.000 ans, lequel ne pouvait les ignorer. Cette dictature théocratique souffrait la contradiction davantage que nos démocraties égalitaristes, communautaristes et culpabilisantes.

 

© Christophe Van Rossom, Armes  & bagages  (à paraître)

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Nous pensons avec des mots qui s’articulent au sein de phrases. Que savons-nous des mots? L’étymologie se meurt. Comment croire à nos phrases?

Affirmer penser sans savoir ce que peuvent et ne peuvent pas les mots est le plus venimeux péché.

Pourquoi, dans notre histoire, a-t-on tant voulu éloigner la parole des sophistes? De quoi avions-nous peur?

Il faut laisser la part maudite de la langue s’exprimer en nous, avec nous, par nous.

Filet de bave sapide, un peu de vérité coule alors parfois de nos lèvres décousues.

 

(Pour Pascal Quignard)

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages (à paraître)

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On lit La Recherche à vingt ans. On admire la beauté de sa langue et de son architecture. Peut-être la finesse de l’analyse des sentiments.

On la relit à quarante, on se met à comprendre ce que Proust a compris. Nous vieillissons et, pire, l’époque mue, mute, abandonne derrière elle tout ce que aimons. Déjà, nous ne sommes plus de ce monde. (suite…)

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Le jeu seul, où l’on perd souvent, ne déçoit pas.

Si peu gnostique que l’on soit, on ne peut croire longtemps au pouvoir des archontes et à l’illusion où il croient nous tenir.

Je manipule des petites figurines en plomb que je fais évoluer en enfer. Ceci n’est pas une image. Lorsque je joue avec la gravité légère d’un enfant, j’échappe à la prison.

La pensée libre me paraît moins suspecte que toutes les libres-pensées autoproclamées,  autosatisfaites, repues. Jouant, je l’exerce dans le plaisir. Jouant, je quitte toute défroque susceptible de me laisser cataloguer ou de me prendre au sérieux. Jouant, je me faufile dans l’une des sphères du Temps.

Le jeu est l’unique point commun entre l’art, le sacré, la poésie, l’érotisme, l’humour, « l’enfance retrouvée à volonté ».

J’entends les voix de Caillois et de Huizinga, délicatement recouvertes par la conversation infinie que Nietzsche a initiée avec Bataille.

Jean de La Fontaine range ses dés et hésite : les cartes ou le damier?

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, inédit.

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