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Archive for the ‘Macles’ Category

 

Danielle de Niese en Cléopâtre

Cléopâtre, dans Giulio Cesare de Haendel, en 2007

 

Le chant sauve. Il y a donc lieu de saluer passionnément ceux et celles qui chantent.

 

La beauté aime la beauté. Le don appelle le don. Le Temps resplendit.

 

Avez-vous entendu chanter et vu chanter Danielle De Niese? Un dictionnaire vous est-il utile pour saisir le sens du mot enchantement?

(suite…)

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Qu’est-ce que la gnose ?

À cette question improbable,

Je réponds que c’est :

Préférer connaître à croire.

Jouer et déjouer.

Faire le pas de côté, sans tarder.

Laisser le Démiurge tirer les fils

Des marionnettes consentantes.

Écouter ce que le langage dévoile

Au revers du langage.

Porter la Parole comme feu.

Savoir que la Parole n’est

Pas le Langage.

Ne pas appartenir.

Ne pas consentir à ce qui est.

Voir, à chaque instant, la prison.

Rire de toutes les impostures,

Comme Jésus, assistant dans la foule,

Hilare, à son crucifiement.

Renverser, subvertir.

Donner le change en mage,

Pour mieux échapper.

Quitter toute foi

En une vie sociale.

Je veux dire :

Lire, méditer, aimer.

Vivre, non pas ici – mais .

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, à paraître.

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Dans la Chine ancienne, les Censeurs impériaux étaient des mandarins. Le travail de ces hauts fonctionnaires indépendants consistait à critiquer, au moyen de notes argumentées, la totalité des lois, décrets, décisions du Fils du Ciel. Leur dignité les protégeait de ses foudres. La sagacité, la rigueur, le savoir, l’intelligence étaient honorés. On savait leur travail organiquement nécessaire au choix final du Maître de 10.000 ans, lequel ne pouvait les ignorer. Cette dictature théocratique souffrait la contradiction davantage que nos démocraties égalitaristes, communautaristes et culpabilisantes.

 

© Christophe Van Rossom, Armes  & bagages  (à paraître)

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Nous pensons avec des mots qui s’articulent au sein de phrases. Que savons-nous des mots? L’étymologie se meurt. Comment croire à nos phrases?

Affirmer penser sans savoir ce que peuvent et ne peuvent pas les mots est le plus venimeux péché.

Pourquoi, dans notre histoire, a-t-on tant voulu éloigner la parole des sophistes? De quoi avions-nous peur?

Il faut laisser la part maudite de la langue s’exprimer en nous, avec nous, par nous.

Filet de bave sapide, un peu de vérité coule alors parfois de nos lèvres décousues.

 

(Pour Pascal Quignard)

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages (à paraître)

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La vie, la mort

Inuuniq,

La vie.

J’entends,

La nuit unique.

Aajuiliqtuq,

La mort.

Je crois entendre :

L’âge joui qui tue.

J’écoute votre langue en sa musique,

Ô mes amis Inuit,

Ô vous les Hommes,

Qui savez le sens du mot TERRE.

À moi qui ne la sais pas,

Qui n’ai jamais foulé cette neige,

L’unique paradis, elle parle haut,

Avec justice et dignité.

 

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, inédit.

 

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Tout est tellement étanche et prévisible.

Les petites saletés qui font les guerres ; le plaisir de blesser la chair et l’âme ; l’abjection polymorphe des bourreaux protéiformes ; les néo-nomothètes du Bonheur, du Bien et du Vrai. Ah! les imbéciles qui jubilent d’avoir gagné ; ah! le détestable on des hordes grégaires, leurs certitudes bovines et leur babillage chafouin ou tapageur! Ah! les misérables ménestrels qui mélodisent leur marche vers le rien!

Notre faiblesse devant cela. La nôtre, oui, car, comprenez-vous, Dieu n’a pas le Temps.
 
Que peut le plus digne des renards devant une forêt de bulldozers?
 
Il est enragé.
 
Jacques Crickillon, dans Babylone demain : « Le Monde est ce qu’il a fait de toi. »
 
Tout de même, j’aurai lu quelques livres, vu la Beauté & la Justice dont les Rares sont capables. J’aurai aimé. On n’aime jamais assez, souvent trop, parfois qui l’on ne devrait pas. Tout de même, j’aurai adoré le Temps. Compris au moins cela.
 
Et la conscience qui s’acharne. Elle parle haut ou susurre : Pourquoi, pauvre fou?
 
Ô le nombre des lâches, des renonçants et des silencieux qui rendent les catastrophes possibles!
 
Doit-on vraiment redouter de quitter tout cela?
 
Cette attente vaine devant le brasero des miradors?
 
Ce guet à la lisière des mondes?
 
Ce combat obstiné quand tu sais que tous périssent quand même ils n’appellent pas la mort sur eux?
© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, inédit.

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On lit La Recherche à vingt ans. On admire la beauté de sa langue et de son architecture. Peut-être la finesse de l’analyse des sentiments.

On la relit à quarante, on se met à comprendre ce que Proust a compris. Nous vieillissons et, pire, l’époque mue, mute, abandonne derrière elle tout ce que aimons. Déjà, nous ne sommes plus de ce monde. (suite…)

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Le jeu seul, où l’on perd souvent, ne déçoit pas.

Si peu gnostique que l’on soit, on ne peut croire longtemps au pouvoir des archontes et à l’illusion où il croient nous tenir.

Je manipule des petites figurines en plomb que je fais évoluer en enfer. Ceci n’est pas une image. Lorsque je joue avec la gravité légère d’un enfant, j’échappe à la prison.

La pensée libre me paraît moins suspecte que toutes les libres-pensées autoproclamées,  autosatisfaites, repues. Jouant, je l’exerce dans le plaisir. Jouant, je quitte toute défroque susceptible de me laisser cataloguer ou de me prendre au sérieux. Jouant, je me faufile dans l’une des sphères du Temps.

Le jeu est l’unique point commun entre l’art, le sacré, la poésie, l’érotisme, l’humour, « l’enfance retrouvée à volonté ».

J’entends les voix de Caillois et de Huizinga, délicatement recouvertes par la conversation infinie que Nietzsche a initiée avec Bataille.

Jean de La Fontaine range ses dés et hésite : les cartes ou le damier?

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages, inédit.

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Offrande

Aux mânes de Corax.

À Xénophane, seigneur des solutions improbables. Nous cuirons les anguilles dans l’eau froide, oui, mon maître.

Au rire de Démocrite devant la crasse, les crânes et les carcasses, les robes, les bijoux et les parfums. À sa barbe hirsute aux marges des remparts d’Abdère. Au vide, qu’il voit. Aux atomes, qui l’enchantent.

À la violence aristocratique du verbe d’Eschyle ; à ses arrêts ; à la sainte terreur qui préside. Je rends grâce à la parole imprécatoire. Peut-être les éphémères ne méritaient-ils pas le feu, en effet. Mais méritaient-ils la sanction de l’espoir ? (suite…)

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« Prose et poésie ne m’apparaissent plus (…) comme des entités dialectiques et idéales entre lesquelles l’esprit devrait choisir, mû par un tropisme exclusif, mais comme des variations d’intensité, de durée, de structure et de forme au sein d’un même flux de conscience, permettant l’expression d’un antimonde par miracle apparu dans un cerveau singulier comme mutation critique de ce biotope particulier de l’humanité : la cognition. Ou comme on disait avant : la Connaissance. La gnôsis. C’est-à-dire ce moment où la conscience se sépare du monde pour mieux s’en emparer, ce moment où elle se forge de nouvelles contraintes pour mieux se libérer, et expérimenter de nouvelles libertés pour entrevoir des règles plus complexes, non moins terrifiantes que leurs précédentes, bref ce moment étrange où le Serpent du Verbe se glisse dans votre cerveau et y injecte le venin sacré, ce moment où quelque chose – ce n’est plus vous mais ce n’est pas tout à fait un autre – surgit et parle (…) », relève M.G. Dantec, dans son Laboratoire de Catastrophe générale.

            C’est là un romancier qui parle. Un romancier, catalogué d’abord comme auteur de polar, puis comme auteur d’une littérature cyberpunk peu canonique, puis comme prophète déjanté, intenable, puis enfin, depuis la publication du premier tome de son Théâtre des Opérations, voici deux ans, comme un empêcheur de penser en rond de première, d’autant plus insupportable qu’il nous oblige à repenser de fond en comble nos certitudes. Et notamment parce que son travail consiste à donner au chaos infiniment complexe du monde contemporain et de la civilisation nouvelle qui vient, une forme qui tienne compte de tout ce qui la compose. Bref, un sale con, lui aussi. Or, voici qu’en un raccourci saisissant, Dantec rejoint et synthétise presque l’ensemble de la démarche que Crickillon a initiée depuis plus de trente ans, en un moment de sa pensée où il cherche à formuler l’avenir de son esthétique personnelle. (suite…)

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