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« Dieu ne veut pas que j’écrive, mais moi je dois. »

Franz Kafka

 

I

C’était les années d’université, je me souviens. Le temps était ouvert, vacant. Je voyageai beaucoup. Je lisais avec passion. Lorsque j’approchais des auditoires, c’était, le plus souvent, pour débaucher l’un ou l’autre camarade. Dehors appelait. J’aimais ce dévoiement. J’aimais les longues conversations qui suivaient, au Bois de la Cambre tout proche, ou alors dans l’un de ces vieux estaminets du cœur de la ville, peu fréquentés l’après-midi. Je ne comprenais pas que l’on pût perdre autant de temps dans la grisaille et l’odeur rance. Quatre années nous étaient offertes avant que l’on fût tenu à davantage d’obligations. Il fallait vivre. L’amertume de la bière colorait le feu des mots. En particulier, je lisais des auteurs belges, ce que la Belgique de l’époque n’encourageait nullement. Lire la suite »

« Tout exemple cloche. »

Michel de Montaigne

Cercle, de Yannick Haenel, L’Infini, Gallimard, Paris, 2007.

            Il existe un courage bizarre qui vous pousse à détruire vos habituelles raisons de vivre, écrit Yannick Haenel dès les premières pages de son nouveau roman, intitulé Cercle. C’est un courage d’abîme et de lueurs, le courage des solitudes brusques, celui qui accompagne les nouveaux départs.

            Un matin, en effet, au lieu de prendre son train de 8h07, Jean Deichel, le narrateur (clin d’œil de l’auteur à celui qui fut déjà l’évadé d’Introduction à la mort française) décide de renoncer à se rendre sur son lieu de travail et à retrouver ses anciennes habitudes. Une phrase, qu’il se répète comme un mantra, le hante et le convainc qu’une autre existence est à portée de main : c’est maintenant qu’il faut reprendre vie. Dès lors, semblable à un Ulysse moderne (les échos à Homère comme à Joyce sont ici nombreux), Deichel va se mettre à errer dans Paris. D’extase en extase, il redécouvre le monde, de même qu’il se met à nommer et à formuler. Tout proche du vide, il est désormais en mesure de s’emplir des présents que la ville, les femmes, les livres, l’art et la culture font pleuvoir sur lui. Au fond, il a cessé d’être un mort-vivant pour commencer à vivre. Lire la suite »

« Celui qui cherche à disparaître

Qu’il se dissimule

Dans les chambres insondables de la lumière. »

John Milton

« La beauté n’est que la promesse du bonheur. »

Stendhal

« Ce n’est que s’ils parviennent à offrir l’ivresse aux dieux que les hommes peuvent prétendre à les attirer sur terre. »

Roberto Calasso

« On peut sans aucun doute penser que la splendeur de la vie entoure quiconque, et toujours dans sa plénitude entière, accessible mais voilée, dans la profondeur, invisible, très éloignée. Mais elle est là, sans hostilité, sans réticence, sans être sourde. Si on l’appelle avec le mot juste, avec le nom juste, alors elle vient. C’est l’essence de la magie, qui ne crée pas, mais appelle. »

Franz Kafka

Éric Brogniet, Christophe Van Rossom et Nicolas Rozier prendront la parole pour évoquer le projet du Tombeau pour les Rares.

Cette séance exceptionnelle se déroulera le dimanche 25 mars, de 15 à 16 heures (réservation obligatoire au 02/515-64-21 ou au 02/515-64-22)

À cette occasion, Christophe Van Rossom lira notamment quelques extraits de sa suite intitulée Baudelaire, toujours. Lire la suite »

Christophe Van Rossom évoquera le travail graphique de Pierre-Yves Soucy.

Poète est, par essence, celui qui crée, celui qui fait. Il y a, il devrait y avoir forcément toujours, dans sa démarche quelque chose qui touche à l’étreinte contrariée de ce que Rimbaud nomma « la réalité rugueuse ». Lorsque Pierre-Yves Soucy laisse les mots pour aborder l’univers des formes et des couleurs, c’est toujours, intensément, le terrien qui en lui s’avance le premier. Lire la suite »