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Archive for the ‘Macles’ Category

 

Pour Marcel Moreau, Buveur de Déluges

 

Il n’est pas de révolte statique. Tout rythme est un commencement de révolte. Nous avons perdu non seulement tout sens de la réalité, mais, ce qui est plus grave, nous ne reconnaissons plus sa musique. Je parle de la réalité saignante, désirante, imaginante, jouante, jouissante.

 

Lorsque les idées deviennent générales, communes, je veux dire communément partagées, c’est-à-dire vulgaires, et qu’elle ne se composent que de clichés bien-pensants qui piaffent d’impatience au désir frauduleux de se calcifier en règles, en règlements, sinon en lois, voire en sacrements, FUIS. Fuis l’homme qui les porte à plus forte raison s’il les colporte.

 

Ne te laisse jamais cerner ou miner. (suite…)

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[En réponse à une autre question ouverte]

 

Il n’y a ni sujet, ni matière.

Une table, une chaise, une voix qui va. Cela suffit. Le tableau est un luxe. Soudain, le Social est mis entre parenthèses pour une circulation qui n’a rien de mécanique.

Le sommeil est merveilleux, mais l’éveil, lorsqu’il survient, et que les yeux répondent à toutes les sollicitations qui lui assaillent la rétine, est l’unique miracle proprement humain. Je songe à l’œil qui s’ouvre au début de chaque épisode de la série gnostique Lost.

Un homme se présente devant ses semblables. Leur âge n’importe pas. Il leur tend la main. Leur propose une transaction. S’ils acceptent, l’échange, la transmission, la conversation, le débat, la rencontre, deviennent possibles. La chose est assez rare pour qu’on la souligne. Où, sinon dans certaines classes, à de certains instants, est-elle encore imaginable? La joie d’apprendre peut alors rayonner, quoi qu’il se passe au-delà des fenêtres et de la porte de l’amphithéâtre. Pas de flics à La Sorbonne! Comprenons : aucune sorte de police, l’uniforme en serait-il séduisant. Le maître apprend autant que l’élève, car la parole qui se déploie simultanément pense, mieux, peut-être, qu’à tête froide, ainsi que le notait Kleist. Rien ne doit y être assujetti à une autre injonction que le plaisir de se retrouver , ensemble, pour que s’affûtent davantage les sens, le goût et l’esprit. Tous les ordres extérieurs sont priés de demeurer à l’extérieur. L’idéologie est la seule étudiante à qui je refuse l’accès à mes locaux. (suite…)

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Les droites européennes, de plus en plus illettrées, s’embrouillent dans leur abécédaire. Dans quelle cave des Bourses mondiales a-t-on enfermé et bâillonné l’esprit de liberté, explorateur, inventif et audacieux? La flexibilité élevée au rang de credo, l’agenouillement devant les lois du marché et la prosternation devant des courbes statistiques sont des acrobaties ignobles.

Les pères fondateurs de la gauche émancipatrice se retournent tous dans la fosse où leurs amnésiques descendants ne cessent de les reléguer. La mauvaise conscience n’est leur fort que lorsqu’elle rapporte électoralement. S’il leur était donné de se lever, d’un mot ces libertaires désireux d’un élitisme pour tous foudroieraient la lâche médiocrité de leurs indignes héritiers, leur haine envers l’intelligence et leur indifférence à l’égard ce qui élève l’humain! Où drogue-t-on, avec leur pragmatique complicité, depuis plus de deux siècles, la recherche du bonheur?

La religion n’est pas la bienvenue. Jamais elle ne doit l’être, ne serait-ce que d’un pouce, là où l’homme propose à l’homme des lois. Les auto-proclamés Humanistes sont incapables d’épeler la première lettre de ce mot.

La bien-pensance autoritaire et assurée d’elle-même des instituteurs verts est d’une puérilité inouïe et souvent irrationnelle. Mais il n’est pas étonnant qu’elle fasse recette dans les bacs à sable où l’on nous cantonne. In tempore non suspecto, Roger Caillois nous enjoignait à nous défier de la chlorophylle. Avec cet art du contrepied merveilleux qui le caractérise, il précisait qu’il n’était rien de plus assassin que cette pourvoyeuse abondante en bactéries et en miasmes.

L’instruction et la culture, le discernement, la place centrale que les hautes époques ont consacré à la beauté, sont des nostalgies.

Qui se rend à Venise pour admirer sa mairie? Qui séjourne dans la ville dont l’autre nom est Amour pour visiter le siège central de la Banco di Roma?

Tous les réfractaires ne se valent pas. Gémir est lâcheté. Vociférer est dangereux. Administrer des leçons à distance relève d’une facilité coupable. (suite…)

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Des parcs d’attractions

Les villes ne sont plus des villes. De plus en plus, elles se donnent pour de vastes parcs d’attractions, multipliant les animations, licites ou non, faisant foisonner les espaces de convivialité contrainte et les jours et les heures festifs.

Les badauds, las de résister, se prêtent assez vite à ces fééries pauvres. Tout est prévu pour distraire et attirer. Les vestiaires à discernement abondent. Accueillir le néant de façon décontractée relève de cette nov-éthique de l’échangisme citoyen.

Roger Caillois a décrit dans une prose merveilleuse les subterfuges dont use la nature pour parvenir à ses fins prédatrices. La forme adéquate, la couleur requise, l’odeur correcte, l’illusion pure, et nous voilà piégés, dévorés, déjà digérés. Des bouses en puissance, en somme.

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« – Mais je ne veux pas vivre parmi les fous, objecta Alice.

– Oh! tu n’y es pour rien, dit le Chat : nous sommes tous fous ici.

Je suis fou, tu es folle.

– Comment sais-tu que je suis folle, s’enquit Alice?

– Tu dois l’être, dit le Chat, sans quoi tu ne serais pas là. »

Lewis Carroll, Les Aventures d’Alice au Pays des Merveilles

L’épigraphe choisie par Grant Morrison livre la définition même du démocratique.

Qui refuse d’être comme, est aussitôt rattrapé et menotté au ban. La démence même a son moule. Original? Soit – mais d’une originalité strictement analogue à celle de ses voisins. J’évoque l’ère de la compatibilité souriante, comme ce moment où, du corps entier du Chat, ne demeurent que les babines hilares. (Je me souviens de ma terreur d’enfant lors de ce passage comme lors de nombreux autres.)

(suite…)

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Mauvaises pensées

J’alterne, dans le chaos, ces trois états : cauchemars vivaces, éveils hypnotiques, hyper-activité cérébrale.

Rêves récurrents, précis, profonds de morts, d’exécutions publiques, d’insurrections sinistres, de dictatures que l’on instaure et dont bien peu s’alarment. Tout passe au laminoir, aux lames noires. Je verse des larmes sèches, je pousse des cris aphones. Malgré que j’en aie, j’assiste impuissant au désastre. J’en suis le proche témoin (d’un mot qui, en grec, se dit martyr). Si proche qu’il advient que des bourreaux sans visage m’ouvrent en deux pour mon crime. Au retour, je mets longtemps à m’assurer que le sommeil m’a quitté, l’autre réalité me poissant l’esprit durablement. Je comprends mieux Philip K. Dick à présent.

Ô corps rendu indocile à mon vouloir, vieux corps déjà, très abîmé, et cependant étonnamment loyal, dénombre les fils de la pharmacopée qui te tirent vers les marches de la fatigue et des incertitudes. Les mots me manquent parfois, trop souvent, tandis que les pensées se bousculent. Dérèglement de la mécanique biologique et chimique. La léthargie résultant des poisons combinés, les meurtrissures invisibles mais délétères camisolent les forces profondes et paralysent l’action immédiate – cependant que les visions, les murmures et les connections opèrent un redoutable travail souterrain.

 © Armes & bagages (à paraître)

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Cross Plains

 

 Au milieu de nulle part,

Entre maïs et désert,

Un carrefour

Sur les mondes

Parfois

S’ouvre –

Ô les caprices de l’Histoire des Hommes!

 Dix ans durant,

Il s’est ouvert,

Jour après jour,

Sans que grand monde

S’en avisât.

 

L’Aquilonie, la Stygie, la Cimmérie

Désignent des royaumes

Qui conjurent le Vide –

Ô l’énigme des puissances de l’Imagination! -,

Des royaumes

Qui dévoilent ce qui

Rédime le Vide

De la vie.

 

Two-Gun Bob 

Merci, H. P. L., ami sincère et bienveillant! –

Marche seul

Marche seul et habité,

Toujours,

Sous la froide lune texane.

Les univers que ses doigts font

Naître du clavier mécanique

Sont une sorcellerie

Propitiatoire.

 

Une épée sombre,

Gravée

De la marque du Phénix,

Couverte de sang

Mental,

Les deux syllabes

D’un nom revenant

Et le baiser d’une balle

Agonisant

Huit heures :

Telle, la gloire du Poète ;

Telle, sa cicatrice de feu et d’acier

Sous le brûlant soleil texan.

 

(Pour Dan Ireland, Vincent D’Onofrio & Renée Zellweger)

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages (À paraître).

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59,2

 

 

Le Qo’ran n’est qu’un livre.

 

Isolée terriblement, en la sourate 59, la phrase qui clôt son deuxième verset invite notre intelligence à interpréter les signes qui apparaissent. Elle brille dans la nuit. Aux assassins, elle préfère les saints. La clairvoyance est fruit d’oiseau chapardeur. Je ne sache de lumière qu’intérieure, et incommunicable. Je ne connais pas même la lumière ; il m’arrive d’entrevoir des lueurs. Elles m’aiguillent sur un chemin où je tâtonne dans le silence et une incertitude pulsante.

 

L’Islam est soumission à Dieu, mais Dieu a voulu que nous fussions libres, comme il a voulu que nous lisions ce livre aussi librement.

 

Tout appelle la connaissance et la pensée, qui libèrent. Où le goût du savoir, où celui de la quête sans objet productif se transmettent-ils encore? Lisons, commentons, creusons sans fin. Que l’angoisse nous habite à égale proportion du rire, et soit racine de nos gestes. Seule la fièvre de qui va son chemin loin des idées calcifiées et instrumentalisées, mérite notre attention ; seule cette essentielle fragilité permet de décrypter les mots et le monde. Le divin n’est qu’une métaphore.

 

Un ancien hadith précise qu’un seul homme instruit est plus fort contre le Démon qu’un millier de fidèles.

 

© Christophe Van Rossom, Le rire de Démocrite 

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Je ne connais ni le ressentiment ni la nostalgie. Il se trouve en revanche que ma mémoire est bonne. Ayant dilapidé mon héritage chrétien durant l’adolescence,  j’ai constaté que mes colères, souvent, se sont avérées justes conseillères et, de longtemps, Monte-Cristo est devenu mon maître en matière de stratégie.

Les Hwarang ouvrent nos vies à la beauté autant qu’à une sagesse  martiale. L’Art de la Guerre est un art poétique. Yves Bonnefoy écrit en 1953 : « Je t’appellerai guerre et prendrai sur toi les libertés de la guerre. »

Les airs composés par le Capitaine Tobias Hume rythment mes pas. Il advient qu’au seul nom de Jean Parisot de La Valette, l’émotion m’étreigne soudain la gorge. La silhouette de Michel de Montaigne à cheval, son épée au côté, se détache sur l’ombre des temps. L’épée de Casanova rendant justice au Chevalier de Seingalt insulté est une signature. Les poings d’Arthur Rimbaud ont eux aussi écrit des Poèmes.

Sun Tzu ne quitte jamais ma poche ou ma table de chevet. Il m’apprend à vivre en rendant coup pour coup au néant ennemi. À opposer à son haleine putride le souffle soulevant du Vide. À trancher la tête du courtisan qui prend le risque de ne pas comprendre. À frapper au cœur toute adversité imbécile.

Nos bouches, nos gestes, nos attitudes se ressemblent tellement aujourd’hui. Tout est toujours si prévisible.

Je n’appartiens qu’au cercle tracé par mon sabre sur le sable que déplacent les vents.

Armes & bagages, à paraître.

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Il suffit que Rimbaud ait écrit pour que la Vie vaille que l’on se batte. Nul n’est obligé comme il le crut de déserter la Sainteté du Combat. Tout se paie de toute façon. Hölderlin devint fou. Mais je ne sache pas que nous parlions encore des régiments de limaçons qui furent leurs contemporains, au second puis au premier. Il n’est pas entièrement exact que l’Histoire ne retienne que le nom des vainqueurs. Il nous appartient à tous, à chaque moment, d’être là, éveillés, présents, actifs – loin de l’hypnose nécrotique des zombies protéiformes qui ne veulent de nous que la Ressemblance.

© Christophe Van Rossom, Armes & bagages (à paraître).

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