Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘Jacques Crickillon’

« La nostalgie est une faute d’orientation. »

Jacques Crickillon

Read Full Post »

 
Le premier pas de l’intelligence consiste à se taire sur un sujet que l’on ne maîtrise pas largement ou sur une question que l’on n’a jamais pris le temps de mûrir et de méditer. Qui vit à l’écart a toute latitude pour s’accorder ce temps. Pour lire et pour penser, loin des bas calculs et des ambitions misérables. Il s’agit là d’un choix sacrificiel ou ascétique.  Démocrite s’installe soudain dans l’ombre des arbres et dans la proximité rafraîchissante du cimetière d’Abdère. Il empile à ses côtés de nombreux livres. Il observe le ciel et les étoiles. Se met à voir avec une acuité nouvelle. Il rit abondamment et ne regrette rien. (suite…)

Read Full Post »

« Prose et poésie ne m’apparaissent plus (…) comme des entités dialectiques et idéales entre lesquelles l’esprit devrait choisir, mû par un tropisme exclusif, mais comme des variations d’intensité, de durée, de structure et de forme au sein d’un même flux de conscience, permettant l’expression d’un antimonde par miracle apparu dans un cerveau singulier comme mutation critique de ce biotope particulier de l’humanité : la cognition. Ou comme on disait avant : la Connaissance. La gnôsis. C’est-à-dire ce moment où la conscience se sépare du monde pour mieux s’en emparer, ce moment où elle se forge de nouvelles contraintes pour mieux se libérer, et expérimenter de nouvelles libertés pour entrevoir des règles plus complexes, non moins terrifiantes que leurs précédentes, bref ce moment étrange où le Serpent du Verbe se glisse dans votre cerveau et y injecte le venin sacré, ce moment où quelque chose – ce n’est plus vous mais ce n’est pas tout à fait un autre – surgit et parle (…) », relève M.G. Dantec, dans son Laboratoire de Catastrophe générale.

            C’est là un romancier qui parle. Un romancier, catalogué d’abord comme auteur de polar, puis comme auteur d’une littérature cyberpunk peu canonique, puis comme prophète déjanté, intenable, puis enfin, depuis la publication du premier tome de son Théâtre des Opérations, voici deux ans, comme un empêcheur de penser en rond de première, d’autant plus insupportable qu’il nous oblige à repenser de fond en comble nos certitudes. Et notamment parce que son travail consiste à donner au chaos infiniment complexe du monde contemporain et de la civilisation nouvelle qui vient, une forme qui tienne compte de tout ce qui la compose. Bref, un sale con, lui aussi. Or, voici qu’en un raccourci saisissant, Dantec rejoint et synthétise presque l’ensemble de la démarche que Crickillon a initiée depuis plus de trente ans, en un moment de sa pensée où il cherche à formuler l’avenir de son esthétique personnelle. (suite…)

Read Full Post »

A Kénalon I, de Jacques Crickillon, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2004.

 

Le premier mot coûte. Une vie. / Les suivants consument. Le dernier efface, écrit Crickillon dès les premières lignes d’un nouveau livre qui s’avère lui-même le portail d’un nouveau cycle poétique. C’est dire ce que fut, depuis la parution de La Défendue en 1968, l’enjeu de toute son existence : écrire et vivre poétiquement, car les deux sont indissociables pour un poète qui a tant soit peu conscience, comme Rilke, de sa tâche. Et c’est dire aussi l’ampleur des dangers à quoi l’on s’expose, car il est devenu désormais impossible d’écrire avec son temps. Comme il l’a superbement formulé autrefois, le poète n’appartient plus. Il lui faut donc œuvrer contre, et en marge. A Kénalon I est donc rien moins que poésie de divertissement, visant aux effets et à la joliesse ; c’est un livre de combattant, le carnet de bord d’un créateur armé, flirtant sans cesse, entre beauté et risque extrême, avec la folie ou la mort. Pour les conjurer, il s’en remet bien sûr à Lorna, sa compagne de barbarie, ses lecteurs fidèles ne s’en étonneront pas. Mais il a le front aussi de parier (comme Mallarmé le fit lançant les dés au rebord du néant) sur la puissance d’un seul mot, d’un nom, pour structurer son projet et, mieux, le faire naître de ce vocable pancréator. (suite…)

Read Full Post »

Né en 1940, Jacques Crickillon est à ce jour l’auteur d’une trentaine de livres. Poète avant tout, il est aussi critique – les familiers de Lectures savent la qualité des œuvres qu’il recommande et la pertinence de ses commentaires – et professeur d’histoire des littératures au Conservatoire royal de Bruxelles.

Considérée dans son ensemble, son œuvre poétique et narrative prend à chaque livre nouveau un peu plus des allures d’océan. Et force est de reconnaître que voilà en effet un travail littéraire – l’un des plus importants des lettres belges de langue française de ce temps – qui possède bien des attributs océaniques : force et violence, splendeur sans fin des ressources et puissance de déferlement, profondeur aux dangers quelquefois abyssaux, soudaineté des changements de climat, faune et flore d’une incomparable richesse… Mais solitude immense aussi, que ne rachètent que quelques îles secrètes, où le poète, explorateur dans l’âme de toutes les dimensions possibles de la création artistique, ne manque pas une occasion d’aborder. Car l’un des plus grands attraits de cette poésie et de cette prose, depuis plus de trente ans maintenant, réside peut-être bien dans sa faculté suprême à nous mettre face à face avec un sentiment étrange qui tient de la révélation enthousiaste autant que du silence que commande l’entrevision d’une convulsive beauté. (suite…)

Read Full Post »


Comment nous attarder à des livres auxquels, sensiblement, l’auteur n’a pas été contraint ?

Georges Bataille, Le Bleu du Ciel

Situation de la critique aujourd’hui

Préalablement à toute interrogation interne sur la fonction de la critique aujourd’hui, il paraît indispensable, sauf à progresser, comme on aime à le faire trop souvent, avec cette naïveté qui consiste à imaginer que les choses vont de soi, de soulever une première question : celle de la réalité même de cette activité aux yeux de ce que l’on dira, simplement, un public. Ma réponse pourra sembler brutale, mais je crois, fondamentalement, que la critique aujourd’hui n’existe plus parce qu’il n’y a plus de lecteurs. Certes, des textes critiques se publient encore, et en quantité, et d’une réelle qualité parfois, mais qui les lit ? (suite…)

Read Full Post »

« La nostalgie est une faute d’orientation. »

Jacques Crickillon

 

Read Full Post »

Je me souviens, c’était il y a une dizaine d’années d’ici. J’avais lu quelques poèmes de Jean-Paul Michel ; j’avais reçu et dévoré les proses composant Bonté seconde, puis je m’étais précipité sur ses œuvres poétiques complètes, publiées en deux volumes chez Flammarion, et je recevais, aussi, l’essai sur Hölderlin. Période faste. Je lisais, je prenais des notes. Je relisais. Mes cahiers s’emplissaient d’observations, de commentaires, de digressions. Je ne lisais pas un poète : j’écoutais un ami. Je recueillais avec gratitude une coupe de fruits tendue comme un présent. Cela chantait et pensait. Cela pensait et chantait. Hölderlin conversait avec nous, et Dante, Rimbaud, Hopkins, Spinoza, Baudelaire, Lautréamont, Blake, Leopardi, Nietzsche, Mallarmé. Et tant d’autres. Ce furent, ce sont encore d’inoubliables banquets. (suite…)

Read Full Post »

« Newer Posts