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Posts Tagged ‘Nietzsche’

« Vous n’êtes pas des aigles : vous n’avez pas éprouvé le bonheur jusque dans la terreur de l’esprit.

Il faut être un oiseau pour gîter au-dessus des abîmes. »

Nietzsche

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Depuis quatre décennies maintenant, l’œuvre de Marcel Moreau apparaît comme une école – école sensuellement buissonnière, salubrement pessimiste et passionnément dionysiaque – de vie, d’exigence d’une autre vie que celle dans laquelle la société des loisirs aussi bien que le monde du travail nous encasernent. Elle est aussi une approche par les gouffres de ce que nous sommes, de ce que nous pouvons. Union sulfureuse du perfectionnisme et de l’intempérance, elle se veut en outre une rigoureuse et farouche exploration des failles qui nous bâtissent non moins que de nos sursauts. Aventure de l’écriture qui se médite elle-même, elle se fait également le palimpseste somptueux de ses propres découvertes, réalisées au cours d’une existence entière vouée à une spéléologie à la fois intime et universelle, à l’élaboration d’une psychologie sismique. C’est enfin un chant et une danse où la musique, le style et le rythme épousent la pensée en une charnelle étreinte, tout en la propulsant chaque fois plus loin. Car l’écriture, pour Moreau n’est pas un aboutissement ; elle est à la fois une source et un navire, en même temps que l’astrolabe qui permettra de faire le point sur la navigation. Roborative apologie de l’individu contre toutes les menaces visibles, larvées ou voilées qui l’entourent, l’œuvre de Moreau, édifiée en marge de toutes les influences, ne cherche pas à séduire. Elle entend nous soulever, nous élever à deux vertus qui lui paraissent cardinales : l’ivresse et l’insoumission. (suite…)

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« Pourquoi si dur? demandait un jour le charbon de cuisine au diamant. ne sommes-nous pas proches parents? »

Pourquoi si mous? O mes frères, c’est à moi de vous interroger, n’êtes-vous pas… mes frères?

Pourquoi si mous, si lâchement amollis, si accommodants? Pourquoi tant de négation, d’abnégation et de reniement dans votre coeur? Si peu de fatalité dans votre regard?

Si vous ne voulez pas être destins, inexorablement, comment, avec moi, pourriez-vous jamais… triompher?

Et si votre dureté se refuse à jeter des éclairs, à trancher, à tailler dans le vif, comment, avec moi, pourriez-vous jamais… créer?

Car tous ceux qui créent sont durs. Et ce doit être votre félicité que d’imprimer votre main sur les millénaires comme dans la cire…

Félicité, que graver vos caractères sur la volonté des millénaires comme dans l’airain – plus durs que l’airain, plus nobles que l’airain. Ce qui est le plus noble est seul tout à fait dur.

Cette nouvelle loi, ô mes frères, je vous l’impose : Faites-vous durs! »

Friedrich Nietzsche

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« Formule de notre bonheur : un seul «oui», un seul «non», une ligne droite, un but… »

Nietzsche

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Il n’est de poésie qui vaille que du Nom exact.

Le Nom exact d’Etre est Chance.

C’est calomnier la chance d’être que se plaindre.

Fasse taire, oiseau de malheur, la calomnie née de ta fatigue,

Ou de quelque méprise superficielle.

Etre est Beauté.

Il n’est de gloire qu’à Saluer.


« Une pensée n’est juste, comme on dit qu’une voix est juste, que si elle est un chant. », estimait Roger Munier.

Saluée dès les premiers livres par des voix aussi diverses que celles de Roland Barthes, Louis-René des Forêts, Jean-Luc Nancy, André du Bouchet, Pierre Bergounioux, Mathieu Bénezet ou Michel Foucault, l’œuvre poétique de Jean-Paul Michel – à la fois pensée comme chant et chant comme pensée, pour employer une formule avec laquelle il définit la poésie de Hölderlin – le prouve avec éclat. Qu’elle ait suscité l’intérêt de philosophes autant que de poètes ou de prosateurs n’est donc pas fortuit.

Aujourd’hui, alors qu’elle couvre déjà pas moins de trois décennies, et que viennent de paraître à quelques années d’intervalle Bonté seconde, un cahier d’hommages, d’entretiens et d’inédits dirigé par Tristan Hordé à l’enseigne de Joseph K, mais surtout, chez Flammarion, Le plus réel est ce hasard, et ce feu et de Défends-toi, Beauté violente ! qui rassemblent l’essentiel de sa poésie jusqu’en 2000, un regard d’ensemble sur le massif qu’elle constitue est donc désormais pleinement possible. (suite…)

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Né en 1940, Jacques Crickillon est à ce jour l’auteur d’une trentaine de livres. Poète avant tout, il est aussi critique – les familiers de Lectures savent la qualité des œuvres qu’il recommande et la pertinence de ses commentaires – et professeur d’histoire des littératures au Conservatoire royal de Bruxelles.

Considérée dans son ensemble, son œuvre poétique et narrative prend à chaque livre nouveau un peu plus des allures d’océan. Et force est de reconnaître que voilà en effet un travail littéraire – l’un des plus importants des lettres belges de langue française de ce temps – qui possède bien des attributs océaniques : force et violence, splendeur sans fin des ressources et puissance de déferlement, profondeur aux dangers quelquefois abyssaux, soudaineté des changements de climat, faune et flore d’une incomparable richesse… Mais solitude immense aussi, que ne rachètent que quelques îles secrètes, où le poète, explorateur dans l’âme de toutes les dimensions possibles de la création artistique, ne manque pas une occasion d’aborder. Car l’un des plus grands attraits de cette poésie et de cette prose, depuis plus de trente ans maintenant, réside peut-être bien dans sa faculté suprême à nous mettre face à face avec un sentiment étrange qui tient de la révélation enthousiaste autant que du silence que commande l’entrevision d’une convulsive beauté. (suite…)

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Jacques Cels, Un architecte du sens, Editions Luce Wilquin, Collection L’Oeuvre en Lumière, 2009.

Extrait de l’avant-propos de l’ouvrage

On peut légitimement redouter le pire. Dans nos sociétés occidentales, où les conforts – matériel, d’abord, et spirituel ensuite – se sont substitués à toute idée de recherche personnelle et collective d’exigence d’une vie portée à un plus haut point d’intensité, de lucidité et d’humanité réelle, les espaces de création vrais se font rares. Si le monde va mal, les médias ne cessent d’en accumuler les preuves accablantes, pourquoi en irait-il autrement de la littérature, ce miroir que l’on promène le long de la route que représente notre vie ? Confirmant les analyses d’un William Marx, dans son bel essai intitulé L’adieu à la littérature (Minuit, 2005), l’essayiste Tzvetan Todorov écrivait de son côté récemment : La littérature a un rôle vital à jouer ; mais pour cela il faut la prendre en ce sens large et fort qui a prévalu en Europe jusqu’à la fin du XIXème siècle et qui est marginalisé aujourd’hui, alors qu’est en train de triompher une conception absurdement réduite. Le lecteur ordinaire, qui continue de chercher dans les œuvres qu’il lit de quoi donner sens à sa vie, a raison contre les professeurs, critiques et écrivains qui lui disent que la littérature ne parle que d’elle-même, ou qu’elle n’enseigne que le désespoir. S’il n’avait pas raison, la lecture serait condamnée à disparaître à brève échéance. (Tzvetan Todorov, La littérature en péril, Café Voltaire, Flammarion, Paris, 2007, p.72) (suite…)

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Je me souviens, c’était il y a une dizaine d’années d’ici. J’avais lu quelques poèmes de Jean-Paul Michel ; j’avais reçu et dévoré les proses composant Bonté seconde, puis je m’étais précipité sur ses œuvres poétiques complètes, publiées en deux volumes chez Flammarion, et je recevais, aussi, l’essai sur Hölderlin. Période faste. Je lisais, je prenais des notes. Je relisais. Mes cahiers s’emplissaient d’observations, de commentaires, de digressions. Je ne lisais pas un poète : j’écoutais un ami. Je recueillais avec gratitude une coupe de fruits tendue comme un présent. Cela chantait et pensait. Cela pensait et chantait. Hölderlin conversait avec nous, et Dante, Rimbaud, Hopkins, Spinoza, Baudelaire, Lautréamont, Blake, Leopardi, Nietzsche, Mallarmé. Et tant d’autres. Ce furent, ce sont encore d’inoubliables banquets. (suite…)

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Ultima coda, de Jacques Crickillon, L’arbre à Paroles, Amay, 2008.


On paie cher d’être immortel, écrit Nietzsche dans Ecce Homo : pour cela il faut mourir plusieurs fois de son vivant.

Contrairement à ce que son éditeur avance, Ultima coda n’est pas le dernier livre du poète de Kénalon, pas davantage que ne l’était le somptueux Phase terminale, ouvrage d’artiste copublié sous coffret par l’Académie et les éditions du Taillis-Pré.

Ce qui est exact en revanche, c’est que, l’époque médiocre avançant vers un désastre que Crickillon n’a cessé de dénoncer avec une vigueur sans pareille depuis des décennies, chaque livre de poésie offert au monde est une épreuve terrible. Pire : une forme d’ordalie athée. Il est la traversée d’un feu froid : celui d’une indifférence généralisée aux notions autrefois sacrées de souci d’élévation et de beauté. De souci d’art. (suite…)

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Le monde est vicieux,

Tu dis ? Tu t’étonnes ?

Vis ! et laisse au feu

L’obscure infortune…

Arthur Rimbaud, Age d’Or

Au nom de qui ou de quoi devrais-je aimer ceux qui se mirent dans l’abîme?

Ceci est rien moins qu’une déclaration d’intention cynique.

Quelques cailloux suffisent pour fonder. (suite…)

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