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Archive for the ‘Préférences’ Category

À quelques heures d’une communication sur le dernier tome paru de Dernier Royaume, je retrouve fortuitement ce petit texte rédigé à un moment difficile, ce bref article que j’avais écarté pour ses faiblesses et sa superficialité. Peut-être n’est-il pas inopportun de le donner à lire aujourd’hui, alors que j’ai sur ma table de lecture La suite des chats et des ânes, Sur l’idée d’une communauté de solitaires et Critique du jugement.

« La société humaine : la ressemblance à mort.

L’anachorèse lettrée : la dissemblance vivante. »

Pascal Quignard

Le roman est le genre féminin.

Claire Methuen est une cousine d’Ann Hidden.

J’ai relu Les Solidarités mystérieuses après Les Désarçonnés. Toute œuvre est un massif. Un sommet la couronne, mais plusieurs sentiers y peuvent mener. Les livres de Pascal Quignard, depuis Vie secrète, sont politiques, de plus en plus politiques, de plus en plus farouches, de plus en plus félins. Nous ne le voyons guère.

La littérature est sans pourquoi. Les romans qui tentent d’exposer les motifs sont comme du sucre figé recouvrant le miel. L’étrange est la vie même ; la métamorphose, bien davantage qu’un mythe. (suite…)

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 Michel Lambiotte,

 

–       L’autre côté du hasard, Le Cormier, Bruxelles, 2010.

–       Vacance et lumière, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2011.

–       90 Poèmes (Choix et présentation d’Yves Namur), Le Taillis Pré, Châtelineau, 2011.

 

 

La physique contemporaine paraît unanime désormais sur un point : la lumière la plus éclatante est aussi la plus obscure. Insoutenable, par conséquent, ou, plus exactement, imperceptible par nos sens débiles et impatients. Yves Bonnefoy écrit qu’il est un sixième et plus haut sens. Il le nomme poésie – seule activité humaine qui soit susceptible en effet de se faire tendre langue approchant le front de l’énigme et assurance d’un monde ouvert à la mémoire du temps.

 

Je ne sache pas aujourd’hui, en Belgique, de poète plus attentif, plus scrupuleux à sonder l’instance de l’invisible que Michel Lambiotte. C’est que, très largement, les mots du poète se font regard pur, c’est-à-dire accueil muet, plutôt que parole ou main prédatrice. Yves Namur a ainsi raison de souligner qu’établie dans le voisinage de celles d’un du Bouchet ou d’un Verhesen, l’œuvre de Lambiotte emboîte bien souvent le pas à la démarche du peintre. Or ce dernier ne vise pas, à en croire Picasso, à répéter le visible, mais plutôt à témoigner de ce que l’on voit, et, le plus volontiers, au-delà des apparences. (suite…)

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Michel Lambiotte, De plus loin encore, suivi de En compagnie d’un ami, postface de Fernand Verhesen, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2003.

Auteur d’une œuvre qui compte à ce jour une quinzaine de volumes, Michel Lambiotte est assurément l’un de nos poètes les plus exigeants. Discret, il a même souhaité poser la plume, à l’exception d’un livre paru en 1981, pendant plus de quatre décennies. Or, force est de constater que, depuis une bonne demi-douzaine d’années, il est bien revenu à son travail sur les mots avec de nouveaux recueils1 dont il y a peut-être lieu, au moment où Yves Namur fait paraître De plus loin encore, son dernier livre à ce jour, de considérer les enjeux esthétiques et ontologiques, sinon métaphysiques avec attention.

Dans le voisinage d’un André du Bouchet ou d’un Jacques Dupin, à l’évidence familière de l’ombre portée par les hautes figures déchiquetées de Giacometti, Lambiotte élabore un espace littéraire en permanente tension. Le poème ici est surtout poème du poème. Ainsi que l’écrit Verhesen, il est “ expérience au sein même de l’écriture, et dans son cours comme dans son décours sans que l’un ou l’autre épuise jamais sa genèse. Pensante d’elle-même, cette écriture à la fois se reflète et se prononce. ” Qu’est-ce à dire ? Eh bien, avant tout, qu’on a affaire à ce que l’on pourrait dire un méta-poème. Un texte ayant établi son aire, par delà le surgissement des contraires, dans les interstices ou les intervalles. Entre le silence et la parole. Entre le proche et le lointain. Entre absence et présence. Entre lumière et obscurité. (suite…)

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(La torchère)

Il n’est pas de sagesse, il n’est qu’un chemin. Un chemin esseulé. Dans l’écart, la poésie le désigne ou, plus exactement, le fait surgir par chaque mot, chaque image, chaque couleur.

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Le noir perfore le noir. On n’écrit pas à l’encre blanche.

Lorsque, nouvel Ecclésiaste, Crickillon médite le temps, la mort, la vanité, un arc noir est brandi, une flèche sombre encochée. La force de qui les manipule en revanche est neuve et tout innervée d’une énergie créatrice souveraine.

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On quitte l’enfance lorsque l’on se met à parler. On la quitte irrémédiablement lorsqu’on commence à écrire. Avant, on griffonne, on dessine. Les traits, les couleurs et les formes constituent notre premier langage. Nous cherchons à nommer ce qui nous coupe de ce que nous désirerions être ou avoir. Il y a un regret mal circonscrit : le trou noir dont tout procède, dont nous procédons. L’écriture cherche l’amont et l’amont de l’amont.

***

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Cercle, de Yannick Haenel, L’Infini, Gallimard, Paris, 2007.

            Il existe un courage bizarre qui vous pousse à détruire vos habituelles raisons de vivre, écrit Yannick Haenel dès les premières pages de son nouveau roman, intitulé Cercle. C’est un courage d’abîme et de lueurs, le courage des solitudes brusques, celui qui accompagne les nouveaux départs.

            Un matin, en effet, au lieu de prendre son train de 8h07, Jean Deichel, le narrateur (clin d’œil de l’auteur à celui qui fut déjà l’évadé d’Introduction à la mort française) décide de renoncer à se rendre sur son lieu de travail et à retrouver ses anciennes habitudes. Une phrase, qu’il se répète comme un mantra, le hante et le convainc qu’une autre existence est à portée de main : c’est maintenant qu’il faut reprendre vie. Dès lors, semblable à un Ulysse moderne (les échos à Homère comme à Joyce sont ici nombreux), Deichel va se mettre à errer dans Paris. D’extase en extase, il redécouvre le monde, de même qu’il se met à nommer et à formuler. Tout proche du vide, il est désormais en mesure de s’emplir des présents que la ville, les femmes, les livres, l’art et la culture font pleuvoir sur lui. Au fond, il a cessé d’être un mort-vivant pour commencer à vivre. (suite…)

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Vertiges, de W.G. Sebald, Actes Sud, Arles, 2001. Traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau.

Vertiges est, à ce jour, le troisième livre de W.G. Sebald traduit en français. Paru initialement dans sa langue d’origine en 1990, il fait suite aux Emigrants[1], recueil de récits, à la fois émouvants par leur contenu et neufs dans leur facture, qui avait fait date à l’occasion de leur sortie en 1999, ainsi qu’aux Anneaux de Saturne, publié la même année, chez Actes Sud également. Bavarois, Sebald vit depuis de longues années en Angleterre, où il enseigne la littérature.

Point commun entre ces trois livres : l’usage d’illustrations, de photographies et de documents qui émaillent le texte. C’est que Sebald est un amoureux du fait avéré, ce qui le conduit du reste à multiplier les détails précis ou à avancer, preuve à l’appui, des dates, sinon des heures. L’effet de réel ainsi produit, est, avouons-le déconcertant de prime abord et reste perturbant au fil de la lecture. Passionné absolu du réel et des hasards incroyables que la vie sème sur nos routes, Sebald cherche avec fièvre comment traduire dans la langue la densité de certains instants vécus, aussi bien que la surprise qu’ils recèlent quelquefois. Car il s’agit bien, pour ce néo-proustien, de porter un regard sur la vie qui dise tout à la fois sa profondeur et son énigme, tout en tâchant de la dénouer autant que possible. Comment ? Eh bien, par exemple, en traquant ce qui autorise à mieux la cerner. C’est-à-dire des moments que bien souvent la « grande Histoire » ne retient pas, des anecdotes de prime abord peu significatives.

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L’Embardée ou Les Quartiers d’hiver, de Jean-Paul Goux, Actes Sud, Arles, 2005.

Dans un panorama littéraire hanté par l’autofiction et le cynisme d’épicerie, par la fascination pour les situations les plus glauques ou à l’inverse la génuflexion devant la beauté simple d’un bouquet de fleurs des champs ou la fumée bleutée des volutes d’une cigarette, il est réjouissant de constater que perce encore quelquefois le souci de donner le jour à une grande prose, on ne peut plus digne de figurer, dans la différence assumée, aux côtés de celles de Julien Gracq ou de Claude Simon. C’est en tout cas, à n’en point douter, la magistrale leçon que nous offre le nouveau roman de Jean-Paul Goux, paru il y a peu aux éditions Actes Sud. (suite…)

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– Les planches courbes, d’Yves Bonnefoy, Mercure de France, Paris, 2001.

– L’enseignement et l’exemple de Leopardi, William Blake & co. Edit., Bordeaux, 2001.

– Le Cœur-espace (1945, 1961), Farrago Editions Léo Scheer, Tours, 2001.

– Breton à l’avant de soi, Farrago Editions Léo Scheer, Tours, 2001.

– Le Théâtre des Enfants, William Blake & co. Edit., Bordeaux, 2001.

– Poésie et architecture, William Blake & co. Edit., Bordeaux, 2001.

 

« La pensée de Chestov, écrit Yves Bonnefoy, cette énigme, s’explique, et par ce retour à l’origine : il est simplement le témoin de l’espérance qu’il y ait sens et valeur à être. Pensée certes plus difficile à garder vivante et active qu’il ne le fut de croire au simple miracle. » On peut légitimement penser, cependant, que le poète n’ait cessé quant à lui d’animer, avec ses instruments propres, la flamme d’une semblable aventure spirituelle.

 

Après la sortie de sa traduction d’Othello en Folio/Théâtre, sont parus coup sur coup, ces derniers mois, une demi-douzaine de textes de l’auteur de L’Arrière-pays. Nous voici ainsi donnée l’opportunité de rappeler toute la richesse de la trajectoire de l’une des voix les plus importantes de la littérature d’aujourd’hui. Car, soulignons-le d’entrée de jeu, Bonnefoy est, au-delà de son œuvre poétique, l’auteur de textes critiques sur la poésie d’une rare exigence, ainsi qu’en attestent son Breton à l’avant de soi ou L’enseignement et l’exemple de Leopardi, par exemple, mais aussi de récits en rêve à l’image des textes rassemblés sous le titre Le Théâtre des Enfants. Il est également l’un des plus grands spécialistes de l’histoire des formes et des idées. Sa conférence Poésie et architecture, disponible désormais en un volume – où elle précède une réflexion sur la langue grecque et un poème de Callimaque, en particulier – en atteste pour sa part ces jours-ci. (suite…)

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Louis-René des Forêts, … ainsi qu’il en va d’un cahier de brouillon plein de ratures et d’ajouts…, Ostinato, fragments inédits accompagnés de vingt-quatre dessins originaux de Farhad Ostovani, William Blake & Co. Edit., Bordeaux, 2002.

 

A l’origine : un projet. Celui des Editions William Blake & co. de réunir au sein d’un même volume des dessins du peintre Farhad Ostovani, déjà salué par Yves Bonnefoy, et un texte de Louis-René des Forêts. Malheureusement, le décès de l’écrivain devait empêcher de le mener à bien. Sous un titre qui évoque à merveille l’humilité et le rythme de l’écriture de des Forêts, on trouvera néanmoins ici, un bien bel ensemble puisque y dialoguent des fragments inédits du grand œuvre de l’auteur de La Chambre des Enfants et des croquis de d’un mûrier, tout vibrants de la sève même de la vie, signés par Ostovani. Au plaisir de la lecture s’ajoute ainsi l’émotion de suivre un grand artiste d’aujourd’hui dans une quête qui n’a décidément rien à voir avec une affirmation péremptoire de plus de mirages formels qui  s’enchantent de leurs propres virtualités. (suite…)

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A Kénalon I, de Jacques Crickillon, Le Taillis Pré, Châtelineau, 2004.

 

Le premier mot coûte. Une vie. / Les suivants consument. Le dernier efface, écrit Crickillon dès les premières lignes d’un nouveau livre qui s’avère lui-même le portail d’un nouveau cycle poétique. C’est dire ce que fut, depuis la parution de La Défendue en 1968, l’enjeu de toute son existence : écrire et vivre poétiquement, car les deux sont indissociables pour un poète qui a tant soit peu conscience, comme Rilke, de sa tâche. Et c’est dire aussi l’ampleur des dangers à quoi l’on s’expose, car il est devenu désormais impossible d’écrire avec son temps. Comme il l’a superbement formulé autrefois, le poète n’appartient plus. Il lui faut donc œuvrer contre, et en marge. A Kénalon I est donc rien moins que poésie de divertissement, visant aux effets et à la joliesse ; c’est un livre de combattant, le carnet de bord d’un créateur armé, flirtant sans cesse, entre beauté et risque extrême, avec la folie ou la mort. Pour les conjurer, il s’en remet bien sûr à Lorna, sa compagne de barbarie, ses lecteurs fidèles ne s’en étonneront pas. Mais il a le front aussi de parier (comme Mallarmé le fit lançant les dés au rebord du néant) sur la puissance d’un seul mot, d’un nom, pour structurer son projet et, mieux, le faire naître de ce vocable pancréator. (suite…)

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